Dans l’une de mes rubriques en 2016, j’avais plutôt la veine voltairienne que rousseauiste. J’y parlais de l’«humanité primitive»* qui, selon ce philosophe, est «une forme de barbarie sans foi ni loi». Et j’écrivais que «c’est une barbarie que nous devrions combattre, non seulement à l’intérieur de nos frontières» mais encore plus grave à travers la multiplication des «cellules dormantes» qui s’étaient propagées dans le pays, sortes de virus latents et dont déjà on craignait le réveil, d’un instant à l’autre.

Deux mois plus tard, le 8 juin 2016, j’écrivis une autre rubrique intitulée «Le jardin dévasté». Car la Tunisie ne vivait plus normalement. C’était à l’approche du mois de Ramadan où les citoyens sans plus le sou et démunis comme jamais ils ne l’avaient été, se préparaient vaille que vaille à cette discipline religieuse au goût du prêche et de l’éthique uniforme, en «bons musulmans».

Mais dans le pays, les gens de la terre nourricière, nos paysans qui ne savaient même plus différencier entre le grain et l’ivraie, c’est un tout autre problème.

Alors que pendant ce temps-là, du côté de l’ARP, on devisait sur «les idées généreuses et générales» (les grands mots!) et ce quelque chose comme un système de philosophie, d’économie sociale, de géographie et de statistiques (souvent tronquées) pour résoudre les problèmes  de nos régions. Que du bla-bla-bla vis-à-vis de cette révolution qui avait raté sa trajectoire.

La société civile qui avait fait son baptême durant les premières années, à travers moult manifestations, dans les rues de toutes les régions, sur la grande avenue de la capitale, avait peu à peu perdu de sa verve et de sa sensibilité dans le sens du «civisme», de la «civilité» et de la «civilisation» eu égard à son succès planétaire à ses débuts.

Au bout de presque neuf ans, où en est-on aujourd’hui, dans ce jardin Tunisie dévasté par la corruption effrénée, l’économie en panne et les prises de bec dans le monde politique et même religieux entre modérés et extrémistes.

Et à l’heure où nous écrivons cette rubrique, que va-t-il advenir après cette mascarade d’élections présidentielles —second round— avec des prétendants totalement inexpérimentés pour la magistrature suprême, ubuesques, surréalistes, des saltimbanques de parade et dont l’un d’eux massacrera le prestige du Palais le prenant pour un fondouk? Et ne voilà-t-il pas aussi — avant le court terme des législatives — que l’on s’arrache à coup de pubs mensongères ces héros de la dernière heure, pour leurs propres intérêts au détriment du bon peuple hagard et éberlué !

Un NK-Nessma qui a besoin de sortir de sa geôle pour s’aérer. Et un KS amoureux des ténèbres et qui a déjà donné le La pour la terreur extrême.

Et pour résumer cet Apocalypse-Now sur la Tunisie : un peu de brise, avant de broyer du noir…

A vous de choisir, chers lecteurs, lectrices, mais allez voter en masse pour le meilleur et non le pire.

(*) 13 avril 2016. «La société civile, face à l’humanité primitive»

Charger plus d'articles
Charger plus par Bady Ben Naceur
Charger plus dans Culture

Laisser un commentaire