• Au moment des faits, le directeur général de la Sûreté nationale, Mohamed Imed Ghodhbani, avait été limogé de son poste quelques jours avant l’odieux attentat.

• La nomination de certains hauts cadres sécuritaires à cette époque laissait perplexe et n’obéissait nullement aux critères de la compétence. Pis encore, un directeur ou un directeur général ne pouvait passer plus d’une année à son poste et les services spécialisés n’étaient plus hermétiques.


Serions-nous devant la plus grande fuite de documents ultra-secrets qui étaient en possession de Mustapha Khedher, cet ancien militaire que le collectif de défense des martyrs Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi accuse d’être à la tête d’une « organisation secrète » en liaison avec le parti Ennahdha ? La publication d’une correspondance classés « top secret », envoyée par le directeur général de la sécurité publique au directeur général de la sûreté nationale, l’informant qu’un groupe terroriste préparait une attaque contre l’Assemblée nationale constituante ou le Musée national du Bardo a été sévèrement démentie hier par le ministère de l’Intérieur.

Selon le collectif des avocats, le document en question a été envoyé le 08 mars 2015, soit une dizaine de jours avant l’attentat  qui a eu lieu au musée du Bardo, causant la mort de 24 personnes dont 21 touristes. «L’alerte en question n’a pas empêché les terroristes de mettre à exécution leur plan d’attaque en raison notamment de la déliquescence de l’appareil sécuritaire à cette époque», souligne encore le collectif des avocats, mais encore démenti par le ministère de l’Intérieur.

Mais où était passé le Big Boss de la DGSN ?

Une source sécuritaire rappelle qu’au moment des faits, le directeur général de la sûreté nationale, Mohamed Imed Ghodhbani, avait été limogé de son poste quelques jours avant cet odieux attentat.

Le document se rapportant aux menaces terroristes qui planaient sur le siège de l’ANC et le musée du Bardo était destiné, toujours selon le collectif des avocats,  à un haut responsable déjà limogé de son poste ! Or dans un communiqué publié le 3 mars 2015, le ministère de l’Intérieur avait annoncé le limogeage de Mohamed Imed Ghodhbani de son poste de directeur général de la sûreté nationale.  

Ce poste restera vacant jusqu’à sa réactivation et la désignation de l’ancien directeur général de la Sécurité présidentielle, Abderrahmane Belhaj Ali, en décembre 2015. La nomination de certains hauts cadres sécuritaires à cette époque laissait perplexe et n’obéissait nullement aux critères de la compétence. Pis encore, un directeur ou un directeur général ne pouvait passer plus d’une année à son poste et les services spécialisés n’étaient plus hermétiques au point que la maison du ministre de l’Intérieur Lotfi Ben Jeddou à Kasserine a été prise d’assaut par des terroristes dans la soirée du mardi 27 mai 2014. Quatre policiers chargés de surveiller les lieux ont été tués.

Pour rappel, l’ancien patron de la DGSN, Mohamed Imed Ghodhbani, a été  nommé par l’ancien ministre de l’Intérieur Lotfi Ben Jeddou, en remplacement de Wahid Toujani, l’autre haut cadre qui n’a pu empêcher, à son tour, l’assassinat par balles du martyr  Mohamed Brahmi le 6 mars 2013 devant son domicile. Les services de la CIA avaient pourtant informé les services spécialisés en Tunisie en temps opportun du projet de cet assassinat.

L’une des sources sécuritaires explique que certaines nominations au département de l’Intérieur étaient douteuses et ont causé de graves ruptures dans la chaîne de commandement opérationnel. 

« Monsieur le procureur de la République, poursuivez ou classez  sans suite, c’est la seule alternative que vous offre le droit dans un délai raisonnable. Un délai raisonnable que vous avez épuisé. En retenant ce dossier, c’est la justice que vous retenez », lance l’avocat  et expert en droit international, Slim Loghmani dans une vidéo dédiée à la campagne lancée par ladite commission sur les réseaux sociaux.

Cette campagne est adressée au procureur de la République que la commission accuse de renvoyer aux calendes grecques l’affaire de l’appareil secret du parti Ennahdha.

En lançant ce pavé dans la mare, l’intention  est bien claire. En cas de classement sans suite, l’affaire sera internationalisée. Mais attention à la manipulation, une seconde correspondance fuitée hier laisse planer le doute quant à la crédibilité de ce document selon la confirmation de certains experts relevant du ministère de l’Intérieur. Dans ce second document daté du 9 mars 2015, c’est-à-dire au moment où ce poste est toujours vacant, le directeur général de la DGSN met en garde le ministre de l’Intérieur contre l’existence de « complicité sécuritaire, judiciaire et politique dans l’affaire », ce qui est aberrant, soulignent-ils.  Jamais, un directeur général ne rédigera de tels propos qui devraient être transmis directement et non par écrit.

C’est au patron de la DGSN de prendre toutes les mesures sécuritaires qui s’imposent en coordination avec d’autres directions et non le ministre, font savoir certains cadres du ministère de l’Intérieur qui mettent aujourd’hui en doute la véracité de ce document.

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