• Ennahdha revoit ses calculs, réaffirme son soutien inconditionnel à Kaïs Saïed, continue à séduire (sans aucune assurance ou promesse sérieuse de la part du Professeur) son électorat et tire la sonnette d’alarme : «Il n’est pas question que le parti Au Cœur de la Tunisie de Nabil Karoui gagne les législatives, car ce sera l’échec de l’expérience démocratique».

• En attendant, le parti mobilise ses jeunes, notamment les mécontents, en développant un nouveau discours selon lequel il s’alliera, cette fois, avec seulement ceux qui ont pour programme la réalisation des objectifs de la révolution

Comment appréhender le remue-ménage sans précédent qui s’est installé, ces derniers jours, au sein d’Ennahdha, à la faveur de la défaite cuisante de son vice-président, Abdelfattah Mourou, lors du premier tour de l’élection présidentielle anticipée, une certaine journée du 15 septembre 2019, qu’il est permis, désormais, de qualifier d’historique puisqu’elle a consacré la chute du système politique post-révolution et la déliquescence du paysage politique imposé depuis maintenant près de 9 ans, en attendant la journée du dimanche 6 octobre prochain qui, peut-être, à travers les résultats auxquels aboutiront les élections législatives tant attendues, la mort définitive du système post-révolution et peut-être aussi la disparition des partis politiques qui dominent la scène nationale, au niveau du pouvoir et de l’opposition, depuis la fameuse journée du 14 janvier 2011 ?

Comment saisir les messages que Rached Ghannouchi, président d’Ennahdha et candidat à la députation au nom du parti de Montplaisir sur la circonscription de Tunis I, ne cesse de répercuter, appelant d’abord les militants de son propre parti à sauver ce qui peut l’être encore au sein de la maison nahdhaouie, où couve une fronde qui attendra peut-être la soirée de dimanche prochain pour éclater et emporter sur son passage (défaite aux législatives oblige) les légalistes qui refusent toujours d’admettre que l’échiquier politique s’est radicalement transformé avec l’irruption de Kaïs Saïed, l’homme qu’on pourrait qualifier de politicien non identifié ou d’acteur impossible à classer et implorant, ensuite les petits partis, les personnalités et aussi les «indépendants» qui se sentent encore proches des approches nahdhaouies à se mobiliser, à serrer les rangs autour d’Ennahdha et à comprendre que leur avenir dépend de la victoire des candidats nahdhaouis au palais du Bardo dans l’objectif de pouvoir former le prochain gouvernement ou au moins former un bloc parlementaire qui permettra au parti de contracter une alliance honorable avec le parti qui pourrait «créer la surprise et gagner plus de sièges que nous au Parlement», comme le souligne clairement Rached Ghannouchi dans ses différentes apparitions médiatiques.

Et le parti qu’il faut, à tout prix (par les moyens démocratiques bien sûr), empêcher de remporter les législatives, c’est le parti «Qalb Tounès» (Au cœur de la Tunisie), le parti de Nabil Karoui, le parti que les sondages d’opinion interdits de publication sur les médias officiels mais répercutés quotidiennement sur les réseaux sociaux donnent comme celui  qui remportera le plus grand nombre de sièges au palais du Bardo et sera, par conséquent, appelé, via son président (au cas où il ne serait pas élu président de la République et qu’il quitterait la prison d’El Mornaguia) à former le prochain gouvernement.

Vendredi 27 septembre, Rached Ghannouchi s’est trouvé dans l’obligation de tenir à ses militants et à ses potentiels électeurs le 6 octobre prochain le langage de la vérité, de la franchise, de la transparence et de la  clarté mêlés à la crainte, à la  peur, à la  méfiance de voir tous les calculs dessinés  par le parti tomber à l’eau ou s’écrouler comme un château de cartes, le  premier édifice à tomber étant la défaite du candidat nahdhaoui au palais de Carthage.

Rached Ghannouchi a été tranchant lors d’un  point de presse:  «Il  est inacceptable, inadmissible, impensable que l’élection de Kaïs Saïed à la présidence de la République (la victoire de Saïed est acquise à 1000% au sein des rangs nahdhaouis) soit concomitante avec le triomphe du parti «Qalb Tounès» aux législatives, car ce sera tout simplement la fin de la démocratie». En  plus clair, les nahdhaouis qui ont perdu leur première bataille, celle de l’échec de  Mourou à se qualifier pour le second tour de la  présidentielle et gagner ensuite le droit de s’installer au palais de Carthage au cours des cinq prochaines années (les nahdhaouis, disaient Ghannouchi, Harouni et B’hiri, ne participent pas aux élections pour se contenter du premier tour) ne sont  pas prêts à accepter que leur parti rate aussi les législatives du 6 octobre, se classe derrière le parti de Nabil Karoui et perde, peut-être, au cas où son bloc parlementaire serait insignifiant, ses certitudes quant à l’élection qu’ils se donnent acquise de leur président à la présidence de la future Assemblée des représentants du peuple.

Les alternatives de sauvetage

Mais que faut-il faire pour éviter que la gifle retentissante reçue par le vice-président du parti le 15 septembre dernier ne se répète pas le 6 octobre prochain et ne touche pas les candidats au palais du Bardo ?

Quel électorat Ennahdha compte-t-elle piocher pour récupérer au moins les 200 mille fidèles nahdhaouis qui ont boudé «l’avocate» et ont accordé leurs voix à Kaïs Saïed et aussi séduire les quelque 400 mille autres votants qui ont choisi Il Professore ?

Sauf qu’en échange du soutien inconditionnel que Ghannouchi offre à Kaïs Saïed lors du second tour de la présidentielle, on ne sait pas encore quelles assurances le parti nahdhaoui a-t-il reçues de la part de Saïed. Plus encore, personne n’est, aujourd’hui, en mesure d’affirmer que Kaïs Saïed maîtrise, domine ou peut orienter ses électeurs, et ce n’est pas la fameuse interview d’Al Watania diffusée jeudi soir qui pourrait éclairer notre lanterne quant à ce que les électeurs de Kaïs Saïed (plus de 600 mille voix) vont décider le 6 octobre prochain, au cas bien sûr où ils participeraient au vote.

Toujours aux côtés des vainqueurs, Ennahdha, le parti fort et garant de la stabilité, comme le souligne son président, répète ses certitudes, refuse d’admettre que la configuration post-6 octobre 2019 pourrait lui être défavorable et continue à miroiter les promesses et à pronostiquer les alliances qu’il conclura avec les vainqueurs, mais «avec les vainqueurs qui réaliseront les objectifs de la révolution».

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