Finalement, les autorités ont pu entrer dans le vif du sujet après un laisser-aller de plusieurs années. L’affaire d’agressions sexuelles contre des élèves, à Sfax, par leur enseignant a beaucoup aidé le ministère de l’Education à prendre le taureau des cours particuliers par les cornes.
L’opinion publique était favorable à l’application stricte de la réglementation en vigueur en cette matière. Aussitôt dit, aussitôt fait. Du coup, les cours dispensés hors de l’enceinte des établissements scolaires sont déclarés illicites et passibles de lourdes sanctions pénales pouvant aller jusqu’à la révocation en cas de récidive.

Un climat de chasse aux sorcières s’est installé partout et ceux qui continuent d’exercer cette activité le font en s’entourant de toutes les précautions. Les élèves qui suivent ces cours sont tenus de garder le secret et de ne pas attirer l’attention au moment d’entrer dans le domicile où se tiennent les cours de soutien.

C’est, donc, la peur au ventre que les enseignants récalcitrants poursuivent ce travail, considéré, pour l’heure, comme hors la loi. Ils prennent ces risques pour plusieurs raisons. Soit qu’ils sont contraints de trouver des ressources matérielles supplémentaires, soit parce qu’ils considèrent qu’il y a, déjà, un lien moral qui les relie à leurs élèves. De plus, il y a une demande de la part de certains parents.

Le ministère, de son côté, semble déterminé à mener à son terme cette campagne anti-cours particuliers. Toutefois, il est important de prendre en considération certains paramètres. Il est vrai que le phénomène n’a pas cessé d’être décrié par les parents. Mais il est tout aussi vrai que ces derniers jugent que leurs progénitures ont besoin de cet apport d’appoint parce que, selon eux, les leçons données en classe restent insuffisantes d’autant que la tendance, aujourd’hui, est à la recherche de l’excellence. Ce qui n’est pas donné à l’heure actuelle dans nos établissements publics.

Impliquer le privé
Par ailleurs, il existe des établissements privés plus ou moins aménagés où des enseignants peuvent donner des cours de soutien de 8h00 du matin à 8h00 du soir et 7j/7. Ils sont appréciés par les parents qui y trouvent leur compte. Ils peuvent choisir l’horaire, les jours où leurs enfants devront avoir des cours notamment dans les matières principales. Ces établissements gagneraient à se multiplier moyennant des dispositions pratiques que le ministère pourrait adopter sans trop de restrictions et en veillant à en encourager ceux qui appliquent les mesures et veillent à fournir un service de qualité.

Les autorités ont intérêt à ne pas bousculer ces centres qui cherchent à créer un environnement favorable permettant de rationaliser et de canaliser le fléau. Les cours à domicile resteraient, malgré tout, à éviter. Le meilleur moyen serait que le ministère prenne ces expériences en compte en les encadrant et en leur fournissant les conseils nécessaires pour s’acquitter au mieux de cette responsabilité.

C’est, en même temps, une opportunité réelle de création de postes d’emploi pour les diplômés en chômage. Ces derniers seraient, toutefois, aux côtés des aînés pour un meilleur encadrement. Car il ne suffit pas d’avoir un diplôme du supérieur pour pouvoir enseigner. Le suivi pédagogique de la part des autorités resterait l’unique garantie. Sur un autre plan, il y a lieu de s’occuper de manière sérieuse de la situation actuelle des cours particuliers et de la stratégie à adopter pour en faire un atout et non pas un handicap. Il est possible de valoriser ce phénomène en le récupérant et en en faisant une force de plus.

Si l’aspect matériel a tant prévalu, c’est parce qu’il y a eu des dérives qui ont conduit à ce qu’on accorde la priorité au côté commercial.

C’est pourquoi on s’interroge sur le refus des enseignants de donner des cours sous la supervision directe du ministère. D’abord, parce que les horaires ne conviennent pas et les tarifs pratiqués encore moins. Il faudrait que le ministère revoie tout le système et mette à la disposition de ceux qui sont intéressés tous les moyens. On pense aux espaces, aux horaires, aux tarifs, etc. Limiter les cours de soutien aux journées de vendredi ou de samedi après-midi constitue un frein devant les élèves qui désirent s’inscrire. Les parents, eux non plus, ne s’accommodent pas de ces rythmes. Ils veulent un service à la carte qui réponde à leurs emplois du temps et à leurs nombreux engagements.

De plus, les enseignants qui seraient appelés à donner ces cours ne sont pas «appâtés» par les prix fixés par le ministère d’autant qu’il y a des retenues au profit de plusieurs agents de l’établissement où se déroulent les cours.

Ce n’est qu’en aménageant des espaces appropriés à l’intérieur des établissements scolaires ou dans des institutions lui appartenant que l’on pourra contribuer à résoudre le problème récurrent des cours de soutien anarchiques. De même, il serait utile de tout faire pour motiver les initiatives privées fiables et crédibles capables d’apporter un plus.

A.CHRAIET

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