Le Club Africain n’est pas seulement un club, il est un destin. Sans changer de cap ni d’identité, le Club Africain, fier de ses acquis, de ses spécificités et de ses valeurs, a continué, malgré les pierres d’achoppement et les tuiles de parcours, à paver son itinéraire et à consolider son temple, puisant dans les mêmes principes et s’épanchant aux mêmes sources.

Fondé le 4 octobre 1920, le Club Africain a récemment soufflé sa 99e bougie. Tout au long d’un siècle d’existence jalonné de succès et de conquêtes, le club de Bab Jedid, institution populaire et historique, a aussi bataillé sur d’autres terrains, et a conquis des trophées autres que sportifs, puisant dans le creuset national et dans le patrimoine populaire pour mûrir et grandir.

Avec, pour premier président, feu Béchir Ben Mustapha, le CA a forgé sa propre identité sur fond de sacrifices, de turbulences et de souffrances aussi, prenant son essor tout au long d’un siècle d’existence riche en réalisations. Dès sa création, le CA a porté les couleurs rouge et blanc symbolisant le drapeau national. Chose qui a été vivement contestée par l’occupant français.

Il faut rappeler à cet effet que le CA était également le premier club tunisien dont le comité directeur était 100% tunisien avec les Béchir Ben Mustapha, Jameleddine Bousnina, Chedly Ouerfelli, Abdelmajid Chahed, Hassen Nouisseri, Mahmoud Mallouche, Ezzedine Belhadj, Fradj Abdelwahed, Ahmed Zeglaoui et Ahmed Dhahak.  Club bardé de titres et de consécrations, le CA a brillé à l’échelle locale et internationale.

On retiendra surtout une coupe des clubs champions d’Afrique remporté au forceps, une coupe des clubs afro-asiatique venue remplir l’armoire à trophées, une coupe arabe des vainqueurs de coupe, la Ligue des champions arabes, deux coupes nord-africaines des clubs champions, trois coupes du Maghreb des clubs champions et une coupe du Maghreb des vainqueurs de coupe, sans oublier les nombreux titres de champions et les coupes de Tunisie tombés dans l’escarcelle qui ont permis au CA de rayonner sur la scène locale. N’oublions pas aussi de mentionner que le CA a aussi glané deux titres durant l’époque du protectorat, lors de la colonisation française.

Conscience nationale

Honneurs aux champions. Qui dit CA dit forcément le club de Sadok Sassi, alias Attouga, l’emblématique gardien de but international qui a le plus porté le maillot clubiste. Attouga a arboré la tunique du CA à 416 reprises, un record du genre. Quant à Mohamed Hedi Bayari, il reste à ce jour le meilleur buteur de l’histoire du Club Africain avec 127 buts. Né pour évoluer dans l’adversité, le Club Africain est un club atypique qui a vu le jour dans un contexte où les Tunisiens focalisaient sur la création d’associations sportives, au début du XXe siècle.

Mettant à profit des événements majeurs, comme l’annonce du principe d’autodétermination et d’indépendance pour les pays soumis (dans les 14 points du président américain Wilson), ainsi que le développement d’une conscience nationale, les pionniers du CA se sont engouffrés dans la brèche pour forcer leur destin et celui de l’association de 1920. A l’époque, Tunis et sa médina avaient une unité territoriale et identitaire. Et ce n’est que plus tard, à la suite de la création du Club Africain que la vieille ville de Tunis fut divisée, le quartier de Bab Jédid ayant été le premier à forger sa propre identité autour de ce club. L’histoire s’est ainsi écrite à «Makhzen essouf». Le CA fut autorisé à exercer le 4 octobre 1920 après la tenue de l’assemblée générale constitutive, dans un café, à Bab Jedid.  Le premier siège social du club fut «Makhzen essouf» (dépôt de laine), situé dans le quartier El-Morkadh (place aux Chevaux).

Les pères fondateurs

Et outre Mohamed Soudani et Jameleddine Bousnina, les pères fondateurs sont Salah Soudani, Béchir Ben Mustapha, Mahmoud Mallouche, Chedly Louerghi, Abdelmajid Chahed, Hassen Nouisri, Mohamed Badr, Mohamed Abdelaziz Agrebi, Abderrazek Karabaka, Manoubi Haouari, Fradj Abdelwahed, Mohamed Ayad, Ahmed Dhahak, Mohamed Ezzeddine, Arbi Negli, Ahmed Zeglaoui, Ahmed Mestaoui, Abdelwahab Bouallègue, Mohamed Machouche, Ahmed Ben Miled, Béchir Ben Amor et Abderrahmen Kalfat. Les pères fondateurs ne manquèrent pas d’imposer un bureau entièrement tunisien, présidé par Béchir Ben Mustapha. Une première dans l’histoire sportive tunisienne et un précédent sur lequel d’autres équipes ont construit leur création. Depuis sa naissance, le CA s’est identifié à la cause nationale.

Peut-on ne pas citer, parmi ses fondateurs, le Dr Ahmed Ben Miled, appelé «médecin du peuple», compagnon du grand Mohamed Ali Hammi, fondateur de la première centrale syndicale tunisienne.

Outre Jameleddine Bousnina, qui fut un écrivain et le premier journaliste sportif tunisien de langue arabe, la dimension culturelle était présente au CA dont une bonne partie des dirigeants était formée d’hommes de lettres et d’art. Le CA articulait, d’ailleurs, ses activités sur trois axes : le sport, la musique et le théâtre.

Ainsi Ahmed Dhahak, Jameleddine Bousnina et Belhassen Ben Chedly ont-ils contribué à la mise en place, en 1934-35, de la troupe de la Rachidia, temple du patrimoine musical tunisien.

Au cours de ces années 30, le club disposait déjà de sa propre troupe théâtrale. Dans les années cinquante, le CA était derrière la présentation de certaines pièces de théâtre, écrites, entre autres, par Ahmed Kheïreddine, grande figure du théâtre tunisien.

Mohamed Abdelaziz Agrebi et Abderrazek Karabaka, grandes figures artistiques tunisiennes, ont également été parmi les pionniers clubistes. La grande cantatrice Chafia Rochdi finançait d’ailleurs certaines activités du club.

Creuset et patrimoine populaire

Il est donc clair que, parallèlement au rectangle vert, le CA a bataillé sur d’autres terrains, et a conquis des trophées autres que sportifs. Il a puisé dans le creuset national et dans le patrimoine populaire pour mûrir et grandir. De Béchir Ben Mustapha à Chérif Bellamine, en passant par Mustapha Sfar, Moncef Okbi, Dr Salah Aouij, Azzouz Lasram, Fathi Zouhir, Ridha Azzabi, Ferid Mokhtar, Ferid Abbès, Ridha Mzabi et Hamadi Bousbii, que de défis et de conquêtes. Le «peuple clubiste» puise toujours, dans ses valeurs, cette force et cet orgueil de rebondir et de se surpasser.

Né dans l’adversité, à un moment critique de l’histoire de notre pays, le Club Africain a levé haut et fort l’étendard national et a puisé dans ce terreau l’orgueil et la force de relever les défis et de franchir les paliers. De par la charge référentielle de son nom, la signification première de ses couleurs, les strates de son identité et la densité culturelle de son projet, le Club Africain avait, dès sa naissance, valeur de symbole, fruit de la détermination de quelques hommes visionnaires et militants, dont la conviction et l’acharnement à conférer au levier sportif un destin national et à prolonger et enraciner cet esprit de conquête  qui ont marqué les époques et les générations. Oui, le Club Africain n’est pas seulement un club, il est un destin. Sans changer de cap ni d’identité, le Club Africain, fier de ses acquis, de ses spécificités et de ses valeurs, a continué, malgré les pierres d’achoppement et les tuiles de parcours, à paver son itinéraire et à consolider son temple, puisant dans les mêmes principes et s’épanchant aux mêmes sources. Aujourd’hui, jour de mémoire et de célébration, malgré les difficultés qu’il rencontre sur le plan financier,  le Club Africain franchit son 99e printemps, le pas certain et le front haut, plus que jamais adulé par tout un peuple dont la fidélité, sans commune mesure, frôle la légende et prend toujours à contre-pied même les plus avertis. Le peuple clubiste a donné ses lettres de noblesse à cette notion roturière de supporters. L’amour a divers sens, entre autres, le Club Africain. Silence! Laissons le Club Africain parler à travers nos cœurs.

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