La production du tapis a baissé de 90%, passant de 650 mille m2 en 1981 à 45 mille m2 en 2015, causant ainsi la perte d’environ 2.500 emplois dans les régions intérieures, révèle une étude élaborée par le Centre technique de création, d’innovation et d’encadrement du tapis et du tissage.

Cette situation est due à la faiblesse du tissu institutionnel, des revenus des artisans, à la dégradation de la qualité du produit, à la faiblesse de l’affluence du consommateur à ce produit.
Les résultats de l’étude montrent que les réalisations quantitatives et qualitatives de cette branche sont considérables. En effet, près de 1000 unités de production structurées ont été mises en place à travers toute la république, favorisant l’embauche de 24 mille artisans et artisanes et huit mille stagiaires, outre le recrutement en main-d’œuvre qualifiée et encadrée et la création de nouveaux modèles de tapis et de tissage.
La reprise du rythme de production du tapis et du tissage dépend de la révision de certaines composantes fondamentales dont le manque de main-d’œuvre qualifiée, la dégradation de la qualité du produit, l’absence d’innovation, de création et d’initiative privée, d’investissement et de baisse de production, sachant que cette dégradation a causé la prolifération du phénomène de la contrefaçon.
D’où la nécessité de mettre en place un dispositif de formation conforme aux spécificités des activités et un système de création et d’innovation du produit, des outils et des appareils de production, d’approvisionnement des artisans en matière première de qualité et conforme aux normes ainsi que la modernisation des techniques de marketing et de commercialisation du produit.

Le déclin
Face à cette situation, le ministère du Tourisme et de l’Artisanat a élaboré un plan de relance pour promouvoir le rôle des activités artisanales dans la création d’emplois et de revenus. Cette relance ne peut être assurée qu’à travers des unités pilotes capables de tirer ces activités vers le haut par un encadrement adéquat, une formation qualifiante et une production innovante répondant aux exigences des marchés.
Ce plan prévoit la création de 60 unités durant les années 2017-2017 et 2019, réparties sur 13 gouvernorats, favorisant la création de 3500 emplois. Concernant toujours la branche tapis, les lacunes qui ont causé son déclin sont axées sur l’approvisionnement en matière première en quantité et en qualité. La qualité était non conforme aux normes en l’absence de points de vente d’approvisionnement de proximité. D’où l’obligation de se rabattre sur des intermédiaires offrant une gamme limitée et souvent de mauvaise qualité.
Le déclin de cette branche est dû, également, à l’absence d’analyse des attentes des marchés et des préférences des consommateurs pour adapter les produits et orienter la production aux exigences des marchés.

Solutions
La relance des activités du tapis et du tissage demeure tributaire de la résolution des difficultés d’approvisionnement de la matière première, de la consolidation des techniques de commercialisation et de promotion du produit. Ces solutions et bien d’autres ont été examinées par les acteurs opérant dans la branche du tapis et du tissage: producteurs, fournisseurs de matières premières, commerçants et distributeurs.
Il s’agit aussi de confier le contrôle de qualité de la matière première utilisée dans le tapis et le tissage au Centre technique du tapis et du tissage dans le cadre d’un comité, de créer une structure d’approvisionnement des artisans dans le cadre d’un partenariat public-privé, de faciliter l’accès des unités de transformation des matières premières destinées aux tapis et tissages aux programmes de mise à niveau, classer le tapis tunisien en tant que patrimoine mondial en collaboration avec le ministère de la Culture.
Volet commercialisation, les professionnels du secteur et les spécialistes de la branche tapis et tissage insistent sur la révision du cahier des charges des magasins recommandés, le renforcement du contrôle de qualité des produits artisanaux dans le cadre de l’organisation des circuits de distribution.

Les menaces du commerce parallèle
Épine dorsale du secteur de l’artisanat, le tapis traditionnel (fait main), qui souffre déjà de problèmes d’écoulement et de commercialisation, observe une réticence de la part des jeunes à s’investir dans cette activité et à prendre la relève de leurs prédécesseurs. Ceci, outre les chiffres alarmants avancés concernant la chute de sa production. Cette baisse résulte aussi du manque d’encouragement des jeunes à s’intégrer dans le secteur de l’artisanat
D’après les professionnels, la résolution du problème de commercialisation des produits de l’artisanat réside dans l’application de la Loi concernant la lutte contre la contrebande et le renforcement des actions de contrôle pour dissuader les contrevenants.
Les artisans ne cessent de tirer la sonnette d’alarme depuis la révolution de 2011. La situation est devenue beaucoup plus difficile surtout que la contrebande des produits artisanaux devient envahissante et menace la survie des artisans.
Malgré les nombreuses alertes lancées sur les dangers sanitaires que représentent les produits de contrefaçon introduits illégalement en Tunisie, le commerce parallèle se banalise et les produits de l’artisanat tunisien sont abandonnés.

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