Appel à l’aide d’une malade du cancer du sein pour pouvoir bénéficier de l’immunothérapie.

Apprendre que l’on souffre d’un cancer représente, sans aucun doute, l’une des pires nouvelles auxquelles se confrontent bon nombre de personnes. En dépit d’une forte personnalité, d’une bonne résilience psychologique et de la foi, avoir un cancer est une vérité qui bouleverse, de fond en comble, la vie des malades. Le cancer du sein, et malgré les avancées médicales et scientifiques, les techniques thérapeutiques et l’amélioration de la qualité des soins appropriés, rime souvent avec mammectomie ou ablation du sein. C’est du moins ce quivient à l’esprit des malades une fois la nouvelle annoncée.

Amani Ben Mahmoud figure parmi les Tunisiennes qui souffrent de cette maladie. Agée actuellement de 36 ans, cette jeune femme menait une vie qui promettait d’être aussi belle que longue, et ce, en dépit de ses grandes responsabilités familiales. Depuis près de vingt ans, Amani veille sur sa mère, atteinte d’un handicap lourd, à la fois mental et moteur, dû à une chirurgie du cerveau qui a mal tourné. Malgré la douleur de voir sa maman dans un piteux état, Amani avait la foi  : elle n’a cessé—et ne cesse d’ailleurs pas—de se battre pour vivre une vie digne et pour croire en un lendemain meilleur. Jeune, radieuse, elle avait décroché, en 2001, le titre de Miss Bizerte; un titre qui confirmait sa beauté et sa splendeur.

Mais depuis trois ans, la vie de Amani—ses rêves, ses espérances, ses projets pour l’avenir—a été chamboulée. N’ayant aucun antécédent familial susceptible de susciter son inquiétude, elle n’avait jamais dépisté le cancer du sein jusqu’au jour où elle avait ressenti une douleur au sein gauche ! «Il s’est avéré que j’avais une tumeur qui était localisée, d’abord, au-dessous du sein et qui ne cessait de prendre du volume au point de passer au sein proprement dit», se souvient-elle. Elle avait donc consulté un médecin qui l’avait orientée vers un cancérologue. Le doute a été amplement confirmé : elle était atteinte d’un cancer du sein !

Surmonter le choc !

«Au début, je n’avais pas accepté la nouvelle. J’avais informé ma famille sur mon état de santé. Et afin d’avoir plusieurs avis, je n’avais pas hésité à consulter plusieurs cancérologues chevronnés. J’avais même envoyé mon dossier médical à un professeur français dans l’espoir de trouver une solution qui me garantirait la préservation de mon sein gauche», indique-t-elle.

Il faut dire que les avis des médecins étaient controversés, ce qui désorientait Amani. Elle ne savait plus sur quel pied danser ! Les médecins tunisiens lui avaient recommandé de procéder à la chirurgie en effectuant une ablation du sein, suivie d’une chimiothérapie ; chose qu’elle n’était aucunement prête à accepter… Quant au professeur français, il lui avait recommandé de passer à la chimiothérapie afin de réduire la taille tumorale déjà volumineuse et de procéder, ultérieurement, à l’extraction de la tumeur, une fois amoindrie. «Je ne voulais pas perdre mon sein. Pour moi, c’était perdre une partie de ma féminité, de ma beauté… J’avais décidé donc de suivre les conseils du professeur français en me soumettant à la chimiothérapie. La Cnam m’avait accordé huit séances mais je n’ai eu droit qu’à six ! Au bout de six séances, la taille tumorale avait baissé d’un cran, en passant de 7 centimètres sur cinq, à seulement 1,7 centimètre sur un centimètre. Cette évolution m’avait redonné l’espoir en un rétablissement certain. La chimio avait porté ses fruits et il était possible de réduire davantage la taille tumorale et de substituer ainsi l’ablation totale du sein par la ponction de la tumeur et des tissus environnants», explique-t-elle.

Or, et contre toute attente, le médecin traitant avait décidé d’interrompre les séances de chimiothérapie et opter, au plus vite, pour une ablation du sein. « Je me souviens que j’étais sidérée par cette décision. Pourquoi ne pas bénéficier des deux ultimes séances qui me revenaient de droit et réduire davantage la taille tumorale ? D’ailleurs, il m’était possible de me faire opérer dès le début et j’avais refusé afin de préserver mon sein. Accepter cette solution au moment où la tumeur avait diminué de volume me semblait insensé ! », renchérit-elle.

L’impasse !

Déçue, démotivée et obstinée plus que jamais, Amani avait décidé de décliner cette solution qu’elle considérait comme une sentence ! Du coup, elle a dû, contrainte, interrompre son traitement. Entre-temps, elle a essayé de combattre la maladie à sa manière : une bonne hygiène alimentaire, le recours à des produits naturels réputés pour leur apport en matière de lutte contre l’évolution des cellules cancéreuses…Deux ans se sont écoulés jusqu’au jour où la tumeur avait repris de plus belle, causant une perforation au niveau du sein. La taille tumorale était passée de 1,7 centimètre sur un centimètre à 4 ou 5 centimètres. Le cancer devenu métastasique avait même atteint les poumons.

Sur recommandation du médecin, il fallait au plus vite passer à l’ablation du sein. «Je n’avais, par conséquent, plus le choix : il fallait passer à la mammectomie, c’est du moins ce qui m’avait été recommandé. Je me suis fait opérer. Je n’aurais, désormais, qu’un seul sein et une cicatrice verticale qui me rappellerait, à chaque fois, que j’avais jadis, et comme toutes les femmes, une paire de seins », indique-t-elle. Pis encore : après l’opération, un autre cancérologue s’était indigné de ce choix. «  Il ne fallait pas opérer du moment que le cancer avait atteint les poumons », lui avait-il crié, perplexe.

Après l’ablation du sein, Amani devait choisir entre plusieurs traitements jugés comme étant appropriés. Les médecins n’étaient pas unanimes quant à l’efficacité de la radiothérapie dans son cas à elle. «Quant à moi, je voulais continuer à bénéficier de la chimio, laquelle avait déjà donné des résultats surprenants. J’avais une chance de 1% pour que la chimio puisse m’aider à lutter contre la prolifération du cancer. L’un des cancérologues exerçant à l’hôpital Salah Azaïez m’avait prescrit douze séances, à raison d’une séance hebdomadaire. Je n’en ai fait que six. J’étais dans une situation psychologique précaire. Je n’ en pouvais plus», raconte-t-elle, dans un aveu de faiblesse et d’accablement.

L’immunothérapie : l’ultime chance

Malgré la fatigue psychologique et un corps qui a, de plus en plus, du mal à perpétuer son combat, Amani s’était faite une ponction, en avril dernier, pour retirer le maximum d’essaimes qui pesaient lourd sur ses poumons, l’empêchant de respirer et de mener son quotidien normalement. Aujourd’hui, l’œdème pulmonaire s’est réinstallé dans son appareil respiratoire. Les médecins témoignent d’une réticence voire d’un désespoir quant aux éventuelles solutions susceptibles d’aider la jeune femme à continuer à vivre. Sauf que ce n’est point son cas ! «Je veux vivre et je ne cesserai de lutter malgré la fatigue, les douleurs et les difficultés respiratoires qui me rendent la vie difficile. Oui, je veux vivre ! Je ne veux pas mourir ! Je veux continuer à vivre, poursuit-elle plus déterminée que jamais, pour mes proches, pour mes parents, pour ma mère et pour tous ceux qui m’aiment ! Et je lance un appel insistant à l’aide ! Aidez-moi, je veux vivre ! ».

Allongée dans son lit, Amani effectue journellement des recherches sur le Net dans l’espoir de trouver une solution miraculeuse à son problème, un problème de vie ou de mort… «En Amérique, la science vient de produire un nouveau médicament appelé Vitrakvi, conçu essentiellement pour guérir les cas métastasiques. L’immunothérapie, semble-t-il, l’une des avancées médicales les plus efficientes de nos jours pour donner une seconde chance aux malades en phase terminale. J’en ai parlé avec mon médecin sauf qu’elle m’a dit que ce n’était pas indiqué pour mon cas et qu’elle n’avait plus de solutions pour moi. Elle m’a même dit que le Vitrakvi ne servirait à rien ! Pourtant, poursuit-elle, pour confirmer ou infirmer l’éventuelle efficacité de l’immunothérapie, il faudrait effectuer un bilan génétique, lequel n’est toujours pas réalisable en Tunisie». Amani espère de tout cœur que des personnes bienveillantes, des ONG nationales ou internationales pourront lui venir en aide et lui permettre d’effectuer le bilan génétique et, probablement, bénéficier du traitement par immunothérapie. «Je lance un appel insistant—un appel humanitaire—pour m’aider à saisir une seconde chance pour vivre ! Je vous en prie : ne me laissez pas tomber ! », insiste-t-elle, sur une note d’espoir.

Immunothérapie : Indiquée pour les stades avancés et même précoces
L’immunothérapie représente un traitement anticancéreux novateur, en pratique depuis plus d’une décennie. Contrairement aux traitements anticancéreux classiques, notamment la chimiothérapie et à la radiothérapie, l’immunothérapie ne combat pas directement les cellules cancéreuses. Son principe consiste en le renforcement du système immunitaire, lequel est affaibli par la tumeur. L’objectif étant de réactiver la fonction des lymphocytes 1 ; une fonction de défense par excellence bloquée par les cellules cancéreuses.  L’idée étant donc d’habiliter l’organisme à attaquer, à affaiblir et même à éliminer les cellules cancéreuses considérées par les anticorps comme des corps étrangers voire des menaces.
Le système immunitaire acquiert ainsi un statut de médicament anticancéreux naturel. Cette thérapie vise soit les cellules tumorales soit les cellules immunitaires. Dans le premier cas, notamment dans les années 90, des anticorps monoclonaux se chargeaient d’attaquer l’anomalie de la molécule tumorale. Dans le second cas, et depuis 2010, l’on cible plutôt les acteurs du système immunitaire que l’on réactive via des anticorps immuno-régulateurs ou encore via des molécules chimiques. Selon le Pr. Léon Bérard, oncologue médical, il s’agit d’une «  véritable révolution thérapeutique qui devrait toucher à terme de nombreux types de cancers, grâce au développement de nombreux médicaments, visant à utiliser les propres défenses immunitaires du patient pour lutter contre la tumeur ». Et d’ajouter que «  l’immunothérapie est utilisée en pratique courante dans le traitement des stades avancés des mélanomes et des cancers du poumon. Elle est développée dans de nombreuses autres tumeurs tels que les cancers du rein, les cancers de la vessie, les cancers ORL, la maladie de Hodgkin, des cancers du sein…et devrait à terme jouer un rôle majeur dans la prise en charge de la majorité des tumeurs y compris dans les stades précoces ». D.B.S.
* Source : https://www.centreleonberard.fr

 

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