«Khanka» de Mira Hamdi, Nolwenn Pitterschmitt et Hayet Darwich et «Tilt Frame» de Boyzie Cekwana sont deux performances particulièrement attendues par le grand public dans le cadre de la 7e édition de «Dream City», toujours en cours jusqu’à aujourd’hui. Deux artistes et deux œuvres qui se sont complétées, entrecroisées, et même enrichies mutuellement durant le processus de leur création. Bilel El Mekki, responsable de production, nous dévoile les coulisses d’un travail artistique accompli de bout en bout.

Bilel el Mekki, pouvez-vous nous en dire plus sur votre mission au sein de l’Art Rue et de «Dream City» ?
Je suis responsable de production à l’Art Rue tout comme d’autres collègues. Chacune et chacun d’entre nous gère un projet dans le cadre de l’Art Rue. Je me suis occupé du projet de Boyzie Cekwana, un chorégraphe africain. Il a été invité en 2017 pour travailler sur une œuvre contextuelle sur «Dream City» : c’était une résidence d’immersion qui lui a permis de rencontrer de nombreuses personnes de la société civile, spécialement l’association Damj. A travers l’association Damj, il a pu connaitre des gens appartenant à la communauté Lgbtqi+ et ses défenseurs. Boyzie a été bien intégré et suite à cela, grâce au soutien de ses membres, ils ont construit la structure du projet déjà bien envisagée : le projet «Tilt Frame» tourne autour du vécu et des maux de personnes Lgbtqi+ en Tunisie.

Pour les spectateurs qui n’ont pas pu la voir ou qui envisageraient éventuellement de la découvrir d’ici la fin du festival, pouvez– vous dévoiler davantage d’informations sur «Tilt Frame» ?
Cette œuvre a été inventée autour d’une performance ou d’une installation qui a déjà été présentée, donnée. Et c’est un travail qui a été fait au départ dans le cadre de «Dream City 2017» : on a vu ensuite la nécessité de pouvoir continuer, d’atteindre une prise de conscience. De la manière dont il envisageait les choses, l’artiste tenait encore à accompagner des individus à travers une œuvre esthétique et artistique. La nécessité de continuer sur le programme de «résidence artistique» s’est imposée par elle-même. Les participants avec qui il a travaillé sont devenus des performeurs à part entière. Et maintenant, on a présenté le fruit de tout ce travail.

 

C’est donc une œuvre qui prend forme dans la continuité ?
C’est une œuvre qui continue à évoluer. La plupart des œuvres le sont et leurs membres travaillent d’ailleurs ensemble. L’œuvre de Boyzie continue depuis 2 ans, jusqu’à maintenant. C’était un processus de création ayant pris forme en plusieurs phases, entrecoupées, avec une sortie de résidence au milieu. Et c’est au fur à mesure, qu’on a découvert le talent de Mira Hamdi.

Mira Hamdi est l’une des fondatrices de la performance «Khanka». Comment cela a-t-il commencé avec cette artiste ?
C’est dans ce contexte-là qu’on a découvert Mira. En 2017, cette dernière avait une partie où elle lisait ses textes avec Cyrine et Lilia ben Romdhane aussi. Son écriture a conquis le public et a attiré l’attention de Boyzie Cekwana qui a proposé d’intégrer ses textes dans son travail à lui. Ces mots étaient une force brute, une puissance. Il y avait un vécu derrière chaque mot qu’elle disait et qu’elle performait. Ensuite, on s’est dit pourquoi ne pas l’accompagner elle aussi dans un cadre artistique complètement indépendant du festival où elle pourra forger son talent dans le cadre d’une autre résidence avec d’autres artistes. Le but ce n’était pas de lui apprendre à développer son talent d’écrivaine, loin de là, elle était déjà très douée : la force de ses mots impactait : ses propos étaient subtils, un peu provoc sur les bords mais pas dans l’offense : chaque mot était dans sa place. On s’est dit pourquoi ne pas arranger des rencontres afin d’affiner le côté dramaturgique et de concrétiser toute une œuvre, une performance complète. Il fallait qu’elle côtoie des artistes expérimentés comme Fatma Ben Saïdane, Souad Labizze, et travailler entre autres sur la féminisation de l’écriture sur le plan des termes, de la pousser dans l’opposition directe à une société et d’aider Mira à trouver aussi des mécanismes pour convaincre son auditoire. Ella a travaillé avec une dramaturge belge flamande Hildegard Devuyst. Sur l’Art Rue il y a une connexion intéressante pour créer. Hayet Darwich et Nolwenn Piterrschmitt ont rejoint l’aventure après. Sans oublier la sortie de résidence qui a été présentée en mai.

D’une manière concise, quels sont donc les principaux objectifs d’un responsable de production ?
Répondre aux problèmes de logistique, de besoins d’artistes, d’espaces, tout en se basant sur un budget prévisionnaire. De faire en sorte que le projet artistique voit le jour et se fasse parfaitement dans un espace public d’où le but du festival «Dream City», l’appropriation artistique de l’espace public : gérer les autorisations, les institutions, les autorités, balayer les restrictions. Assurer la coordination générale. Accompagner les artistes jusqu’au bout.

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