Pour pouvoir investir sans risque, les investisseurs ont besoin d’une vision à long terme pour ce qui concerne les avantages et incitations octroyés. Une stratégie d’attraction des investissements est nécessaire pour que l’homme d’affaires sache quels sont les taux d’imposition au cours des prochaines années, les avantages auxquels il a droit et les mesures incitatives prévues pour stimuler la création de projets

Faire de la Tunisie un hub des investissements directs étrangers n’est pas une utopie mais un vœu qui peut être réalisé au cours de la prochaine période à condition d’améliorer le climat des affaires. En effet, tous les experts économiques sont d’accord pour souligner que le cadre juridique, aussi avantageux soit-il, n’est pas en mesure, à lui seul, d’attirer les investisseurs si les différentes composantes du climat des affaires ne sont pas mises à niveau. Depuis la révolution, on a constaté que l’environnement des investissements a connu une dégradation inquiétante. D’où le retard de réalisation de plusieurs projets dont les travaux ont été entamés avant d’être suspendus. La situation sécuritaire s’est, certes, améliorée dans toutes les régions du pays, mais l’on constate de temps à autre des actes de vandalisme et la destruction des équipements de travail laissés dans les chantiers. Le phénomène des vols s’est également amplifié aussi bien au niveau des unités industrielles que des périmètres agricoles !

C’est dire que sur le plan sécuritaire, du travail reste encore à faire, notamment pour ce qui concerne le tissu industriel et agricole. Au niveau du secteur touristique, la situation est plutôt stable après avoir renforcé la sécurité autour des hôtels et des unités touristiques. Mais la vigilance demeure nécessaire pour éviter tout acte terroriste qui pourrait avoir des effets néfastes sur un secteur qui vient de se lever d’une crise aiguë qui a failli le mettre en faillite. Plusieurs investisseurs ont peur d’investir dans le secteur touristique, de peur de perdre leurs capitaux. L’aspect sécurité est donc fondamental dans l’investissement tunisien ou étranger.

Vision à long terme
Pour pouvoir investir sans risque, les investisseurs ont besoin également d’une vision à long terme pour ce qui concerne les avantages et incitations octroyés. Une stratégie d’attraction des investissements est nécessaire pour que l’homme d’affaires sache quels sont les taux d’imposition au cours des prochaines années, les avantages auxquels il a droit et les mesures incitatives prévues pour stimuler la création de projets. Cette stratégie devrait bénéficier d’une action promotionnelle à large échelle — en Tunisie et à l’étranger — pour mettre les investisseurs potentiels au courant des mesures prises en leur faveur. Le manque d’informations économiques pertinentes peut avoir des effets négatifs sur la décision de l’homme d’affaires qui souhaite fructifier ses capitaux.

Tous les pays du monde cherchent à attirer les investisseurs étrangers compte tenu des répercussions positives que peuvent avoir les nouveaux projets sur l’économie nationale, la création de nouveaux postes d’emploi et la génération de richesses exportables. Pour atteindre leurs objectifs ambitieux dans ce domaine, ces pays ont pris plusieurs mesures audacieuses dont des avantages fiscaux et financiers, une simplification des procédures administratives et douanières, une infrastructure de base étendue et solide, des équipements collectifs modernes et à la portée. La Tunisie a adhéré, elle aussi, à cette démarche en entamant un important programme d’amélioration du climat des affaires en vue de séduire les capitaux étrangers intéressés par le site tunisien qui n’est pas encore arrivé au stade de hub.

Ce qui reste à faire
La Tunisie est appelée à parachever ses programmes entrant dans le cadre de l’amélioration du climat des affaires pour le rendre plus compétitif et stimulant. Toutes les régions tunisiennes sont capables d’attirer les investisseurs à condition de fournir toutes les commodités dont le chef d’entreprise a besoin comme des zone industrielles protégées et dotées des équipements nécessaires, à savoir l’éclairage public, les réseaux d’évacuation des eaux pluviales et usées, les routes et pistes et les espaces verts qui font défaut, actuellement, dans certaines zones. Des groupements de maintenance et de gestion doivent être créés ou activés pour que la zone industrielle soit bien entretenue et propre. C’est que certaines zones ne sont pas bien protégées et ne disposent pas d’une clôture destinée à protéger les unités de production des actes de vandalisme et de l’accès des intrus, notamment pendant la nuit.

Sans courir le risque d’être un paradis fiscal, la Tunisie – à l’instar de beaucoup d’autres pays d’ailleurs – a le droit de faire bénéficier les investisseurs étrangers et tunisiens d’un taux d’imposition réduit sur les sociétés. Des crédits bonifiés à taux d’intérêt faible pourraient également être octroyés en vue d’encourager les hommes d’affaires à créer leurs projets. Les avantages fiscaux et financiers constituent un élément stratégique dans la décision de l’investissement. Selon le récent code d’investissement, les investisseurs qui choisissent de créer leur projet dans l’une des zones de développement régional ont droit à ce type d’avantages. Mais il serait judicieux de recruter des compétences qui se trouvent dans ces régions dont le taux de chômage est élevé en comparaison de la moyenne nationale.

C’est surtout le nord-ouest, le centre et le sud-ouest qui sont les plus touchés par le chômage. Les jeunes décident parfois d’émigrer, même de façon clandestine, pour tenter leur chance en Europe car leur région manque d’entreprises où ils peuvent travailler et améliorer leurs revenus. C’est pourquoi il est recommandé d’inciter les investisseurs à se diriger vers ces régions pour y installer leurs projets. A noter qu’après la révolution, plusieurs chefs d’entreprise ont fermé la porte de leurs unités de production pour les délocaliser vers d’autres pays plus sécurisés et offrant des avantages substantiels. Quelques années plus tard, l’on constate que la reprise des investissements en Tunisie est timide dans la mesure où plusieurs investisseurs sont encore hésitants au sujet de l’investissement dans notre pays. L’Agence de promotion de l’investissement extérieur (Fipa) mène un travail important à l’étranger pour mettre en exergue les atouts de la Tunisie dans ce domaine, mais sur le terrain, du travail reste encore à faire afin de séduire les détenteurs de capitaux.

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