C’est souvent dans une ambiance tendue et délétère que certains médecins travaillent, la peur au ventre de se faire insulter violemment ou de se faire rouer de coups par les personnes qui se trouvent en face d’eux.

Dans les hôpitaux, les médecins vivent tous les jours avec cette peur au ventre d’être agressés sur le lieu de leur travail. Depuis la révolution, le nombre d’agressions perpétrées contre le personnel médical et paramédical n’a cessé d’augmenter d’une année à l’autre. C’est le service des urgences qui est le théâtre du plus grand nombre d’actes d’incivilité et d’agressions physiques et verbales ciblant le cadre paramédical et les médecins. Allant des propos obscènes à la gifle et au coup de poing en pleine figure en passant par des attaques à l’arme blanche, cette violence émane souvent de délinquants paumés qui débarquent, dégoulinant de sang, dans le service après avoir pris part à une rixe dans le quartier.
Désirant passer avant les autres et ne voulant pas attendre leur tour arrive, ces patients d’un soir font preuve également d’incivilité en se montrant très agressifs avec les infirmiers et les infirmières. C’est dans cette ambiance tendue et délétère conjuguée à des conditions de travail très difficiles, que certains médecins travaillent, la peur au ventre de se faire insulter violemment ou de se faire rouer de coups par les personnes qui se trouvent en face d’eux.
Les exemples ne manquent pas dans les hôpitaux publics tunisiens. Le 2 janvier dernier, parce qu’il leur a annoncé le décès de leur proche, un jeune médecin interne du centre de traumatologie et des grands brûlés de Ben Arous a été tabassé par la famille du défunt qui lui ont reproché ne pas avoir fait le nécessaire pour le sauver. Ce médecin, qui s’en est sorti avec un nez cassé, a du passer sur le billard. Le 11 mars dernier, c’est la cheffe de service ORL à l’hôpital Rabta qui est violemment prise à partie par l’accompagnatrice d’un malade qui l’agrippe par les cheveux et la jette violemment à terre. Motif de la dispute ? Le médecin a exigé de voir la lettre de liaison du médecin anesthésiste avant d’admettre le malade dans son service. Cette procédure somme toute normale et classique pratiquée dans les hôpitaux suscite souvent des réactions agressives chez les malades et leurs accompagnateurs qui la prennent mal.

La série noire se poursuit
Aujourd’hui, la liste des agressions contre les médecins ne cesse de s’allonger provoquant un sentiment d’impuissance et de colère au sein du milieu médical profondément inquiet de la tournure que prennent les choses dans les services des établissements.
Chaque nouvel épisode agressif fait rejaillir de nouveau le sentiment d’insécurité chez nombre de blouses blanches qui ne se sentent pas suffisamment protégés sur le lieu de leur travail.
Pas plus tard que cette semaine, deux agressions violentes ont eu lieu dans le service des urgences de l’hôpital régional de Gafsa. Sous l’emprise de la drogue, un énergumène a séquestré un médecin en s’enfermant avec lui dans son bureau pour ensuite l’agresser verbalement en lui tenant des propos obscènes sans que personne ne puisse intervenir. Le praticien se souviendra sûrement toute sa vie de cette journée cauchemardesque.
La banalisation de la violence dans tous les milieux rend plus complexe la lutte contre ce phénomène dans les établissements hospitaliers.
Au-delà de la simple dimension pénalisante et des mesures ponctuelles basée essentiellement sur la sanction des personnes coupables de violence, c’est toute une approche globale et multidisciplinaire basée sur la sensibilisation ainsi qu’une meilleure gestion matérielle des salles d’attente et des patients dans les services qui doit être adoptée et mise en œuvre à l’échelle de tout le territoire afin de traiter le mal à la racine.

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