La montée des startups en Tunisie constitue actuellement une transformation radicale du modèle de l’entreprise classique. Avec le startup Act et la mise en place d’un label pour cette catégorie d’entreprises bien particulière, la Tunisie a certainement réalisé un grand pas dans la consécration d’une image moderne de l’entrepreneuriat axé sur l’innovation et l’économie du savoir. Une démarche dans laquelle les banques classiques ont intérêt à en tirer profit pour proposer des services innovants à leur clients mais aussi la Bourse des Valeurs Mobilières de Tunis (BVMT) qui peut en bénéficier pour créer une nouvelle dynamique de l’investissement sur le marché financier.

Bilel Sahnoun, PDG de la BVMT, a déclaré, lors de l’Open Financial Day organisé le 13 avril 2019 par la Jeune Chambre Economique de Tunis, que l’industrie financière s’est trouvée obligée de subir la transformation digitale par peur de disparaître devant ces nouveaux acteurs qui sont les startups ou encore les fintechs.

“Les frontières entre les métiers sont en train d’être abolies. Les opérateurs télécoms font le travail des banquiers. Les fintechs ont tout dématérialisé et se positionnent sur de nouvelles activités du marché financier. Ceci oblige les entreprises traditionnelles à se digitaliser, mais elles n’ont pas les moyens. Elles sont en train de recourir à des fintechs pour réussir leur transformation digitale. C’est une autre opportunité pour ces dernières de se positionner face à cette demande très importante”, affirme-t-il.

Au niveau du financement, M. Sahnoun a indiqué que les startups intéressent désormais les sociétés à capital risque alors qu’auparavant ils ne comptaient que sur leurs fonds propres. Mais si l’intérêt est là, deux contraintes se présentent. Il cite notamment l’évaluation des risques, puisque le taux de réussite peut être inférieur à 10%, ce qui est considéré comme trop élevé.

La deuxième contrainte relève de l’exit. Le capital risque qui est obligé de se retirer dans un horizon de 5 à 10 ans correspondant à la durée du fonds, se trouve face au dilemme de ne pas trouver qui prendra le relais. “C’est exactement là où la Bourse peut intervenir pour préparer cet exit et permettre la levée de fonds”, a-t-il rétorqué.

Réforme et refonte

Pour se préparer à cette démarche, le PDG de la BVMT a souligné que trois chantiers ont été lancés. En premier lieu, la réforme du cadre réglementaire – qui date de 1994 – avec assistance de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD) pour qu’il soit conforme aux standards internationaux. En deuxième lieu, la refonte du marché alternatif –instauré depuis 2007 – s’adressant aux PME. Selon M. Sahnoun, ce marché a été très mal géré le confondant avec le marché principal et se trouvant avec des petits porteurs qui ne savent pas mesurer le risque. Il a précisé qu’il faudrait orienter ce marché vers des investisseurs qualifiés et de réserver l’exit du capital investissement via ce marché. Une plateforme d’échange sera mise en place pour informer les investisseurs sur les participations qu’ils détiennent dans l’ensemble des PME et surtout les startups.

En troisième lieu, le premier responsable de la Bourse de Tunis a affirmé qu’un programme dénommé “Invest in PME” a été lancé avec le financement de la coopération britannique et le pilotage de la Banque Africaine de Développement (BAD). Il s’agit d’un programme pilote qui va accompagner 120 PME sur les deux années qui viennent sur les levées de fonds non bancaires, à travers la réalisation de diagnostics et de Business Plan adéquats pour répondre aux exigences du marché financier.

M. Sahnoun n’a pas manqué d’évoquer la question de la réglementation de change, considérant qu’elle est un frein et n’encourage pas les capitaux étrangers à s’introduire sur le marché tunisien. Il a estimé qu’il ne suffit pas de changer cette réglementation mais de tout déréglementer. Ceci dit, il n’a pas omis d’appeler les startups matures à saisir l’opportunité de s’introduire sur la Bourse de Tunis pour lever des fonds à la mesure du possible et ensuite s’introduire sur d’autres places boursières à l’international.

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