La récente bagarre qui a éclaté devant un lycée à Sakiet Ezzit (Sfax) entre groupes de lycéens est un nouveau pas franchi dans la violence en milieu scolaire. Mais que se passe-t-il donc dans nos établissements éducatifs ?


Une bagarre générale a éclaté récemment entre des groupes de lycéens devant le lycée Mongi Slim à Sakiet Ezzit. Un témoin oculaire de cette scène de guérilla urbaine relate les faits : «Des lycéens d’un établissement voisin ont opéré une expédition punitive dans le but de se venger à cause d’une dispute due à la dakhla du bac sport de l’an dernier».

Le visionnage de la vidéo postée sur les réseaux sociaux montre un spectacle d’une violence inouïe. Des élèves de deux lycées voisins en sont venus aux mains et aux pieds en se tapant dessus violemment sans que personne n’en sût le pourquoi ni le comment. Certains élèves étaient même munis de barres de fer pour s’assurer de gagner la bataille de la rue. Les plus jeunes, l’air inquiet, se sont cloîtrés timidement dans l’enceinte de l’école en attendant le retour au calme.

A la manière du célèbre roman de Louis Pergaud «La guerre des boutons» qui raconte la guerre sans merci que se sont livrée deux villages l’un contre l’autre dans les années soixante en France sur fond de tensions et rivalités, on pourrait penser que ce phénomène désastreux s’invite intra-muros dans les villes tunisiennes.

Quand la réalité dépasse la fiction
On a fait alors intervenir dans le raisonnement général celui de Laroussi Amri, sociologue pour connaître les retombées de cet épisode fâcheux sur la sécurité dans nos écoles et l’avenir des jeunes écoliers empêtrés dans un malaise social qui touche plusieurs foyers de la société tunisienne.

Le phénomène de la violence en milieu scolaire a pris un tournant dangereux avec ce grave épisode qui s’est déroulé à Sakiet Ezzit et qui nécessite une réaction des autorités de tutelle face à ce fléau.

Le tribalisme tel qu’il existe en Tunisie se manifeste par ce genre de comportement farouche et violent chez cette jeunesse désinvolte et rebelle. Quelles sont les raisons qui poussent certains jeunes à agir de la sorte au mépris de l’ordre et de la loi ?

«Il faut appeler toutes les parties autour d’une table de concertation qui doit être organisée par le ministère de l’Education, première instance concernée par ces événements tragiques . Un débat sérieux devra également impliquer plusieurs parties prenantes: parents, élèves et éducateurs pour mettre le doigt là où ça fait mal. Il faut trouver des solutions radicales pour mettre fin à ce type de drame scolaire d’un nouveau genre», a affirmé le sociologue.

On préconise des solutions mais…
Et de renchérir : «Il faut confronter les élèves impliqués afin de déterminer les causes de cette bagarre. Il est nécessaire également d’identifier les dysfonctionnements qui ont permis ce débordement violent. S’il y a délit qui dépasse les compétences des instances scolaires et les règlements qui organisent la vie scolaire, il faut solliciter à ce moment les autorités judiciaires pour se saisir de l’affaire».

Toujours selon le sociologue, parler de rivalités entre groupes d’élèves ne permet pas de diagnostiquer le mal, il faut chercher du côté des motivations profondes, des frustrations, des enjeux et des conditions d’expression de cette violence. «Déjà, on sait que les jeunes vivent un malaise profond du fait qu’ils ne se sentent pas impliqués dans le processus de transition et de développement de leur pays. Le désintérêt de la part des gouvernants à leur égard est très significatif. Il faut se demander ce qu’on a fait pour que nos jeunes ne cèdent pas à la violence et à toute sorte de débordement. En tout état de cause, la violence ne peut pas être tolérée».

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