La 6e édition des Journées musicales de Carthage comptait un aspect socialement engagé. Dans le cadre de cette 6e édition, un spectacle fermé au public a été dirigé par une chorale de femmes chanteuses et actuellement détenues dans une prison. Ces femmes ont été libérées de leur établissement carcéral le temps d’un concert présenté à leurs proches, à quelques invités et à des journalistes.

Des filles en caftan tunisien se sont alignées sur une petite scène. En haut, un projecteur de lumière a aveuglé momentanément une poignée de spectateurs présents à la salle des jeunes créateurs. Face à ces 10 jeunes femmes, sont assis 4 hommes musiciens munis de leur instrument dont une guitare électrique, un piano et des tambours. Le répertoire musical s’annonçait tunisien et arabe… «Taht el yasmina fe lile», «Ya msafer wahdek» et autres morceaux tunisiens connus ont retenti pendant un peu plus d’une heure face à des invités de prestige comme les représentants du Golfe en Tunisie, présents dans le pays pour favoriser le tourisme arabe ou des cadres du ministère de la Justice et des établissements carcéraux ainsi que de la direction de la Cité de la culture. Ces prisonnières sont venues se produire sur scène face aux regards émouvants de leurs proches. Quatre d’entres elles se sont succédé au-devant de la scène, interprétant chacune une chanson.

L’art derrière les barreaux
Ce club de musique et de chant de femmes détenues a vu le jour en prison. Les détenues, de différents âges, ayant des âges variés se sont initiées au chant, sous la houlette d’un chef d’orchestre. Plusieurs séances de pratique de chants sont organisées en prison, mais pas que… du théâtre, et des séances de projections ciné sont également organisées notamment celles effectuées l’année dernière dans le cadre des Journées Cinématographiques de Carthage, sans oublier l’incitation à la lecture. Les prisonnières, émues à l’idée d’avoir revu leurs proches et enfants dans la salle, nous ont accordé un peu de leur temps juste avant que des agents des forces de l’ordre ne les escortent : «La prison, ce n’est pas réellement ce qu’on croit ! Ce n’est pas aussi terrible qu’on le pense, plus depuis récemment en tout cas», déclare une détenue. Elle poursuit : «On nous apprend à faire différentes activités artistiques, culinaires et même sportives dans la journée. Cela nous forme et nous aide à tenir le coup face à la lenteur pesante du temps dans l’enceinte d’une prison. Pour résumer, on n’est pas totalement enfermées entre 4 murs : on est dans l’échange, on s’occupe artistiquement plutôt bien et c’est tant mieux». Elle a également exprimé sa joie à l’idée d’être présente là et de se produire sur scène face à sa maman émue jusqu’aux larmes. «On oublie presque qu’on est prisonnières !», poursuit une 2e détenue interrogée, ravie à l’idée de revoir ses deux petits enfants. «C’était un instant magique ! Tout comme le ressenti de satisfaction qu’on peut ressentir à l’intérieur de la prison, lorsqu’on accomplit divers exploits : j’ai récemment eu une attestation de réussite dans l’art culinaire. A chacun ses victoires, les nôtres tournent autour de l’art».
L’insertion des activités culturelles vise à convertir le mal-être des détenus en création et s’applique toujours de plus en plus dans les établissements carcéraux, selon les hauts responsables. Une initiative qui permet à la prisonnière, toujours doublement discriminée par la société, de ne pas perdre sa place et de ne pas perdre de sa valeur et de l’estime de soi face à son entourage ou au sein de la société, une fois libérée.

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