Cette année, la surproduction des oranges, si elle a pu profiter aux petites bourses, ne doit pas, pour autant, occulter une amère réalité, non seulement dans les villes où ces fruits sont présentés comme de bonne qualité (navelles, maltaises, sanguines, etc.) et, qui plus est, sont encore chères, mais aussi dans nos campagnes où cette superproduction, de moindre qualité, sert à autre chose.

En effet, il y a quelques jours, sur facebook, nous avons été choqués par une vidéo-reportage discrète filmant un pseudo-pressoir à ciel ouvert, sans commentaire et sans lieu indiqué! Peut-être du côté du Cap Bon où ce fruit gavé de jus et de soleil fait la réputation mondiale de cette région.

Mais de quoi s’agit-il au juste?

Au tout début, on voit un chemin sinueux en terre battue, avec des traces de pneu. Puis, sur les bas-côtés, des peaux d’oranges écrasées puis encore et encore jusqu’à ce que ce sont des monticules de pâtes d’oranges au fur et à mesure de l’avancée de celui qui filme. Et puis des tonnes de ces pâtes de fruits qui obstruent la vue de chaque côté de ce chemin qui s’agrandit. Comme s’il s’agissait d’une peinture fauve ou d’un champ de tournesols à la Van Gogh ou un champ de moutarde sauvage du côté de Dijon ! D’un ocre-jaune ou rougeâtre quand l’auteur de cette vidéo fait de gros plans, laissant voir même les peaux crevassées, déchiquetées des oranges sanguines.

Et tout d’un coup, au détour de ce chemin, une aire très spacieuse et le bruit de plusieurs camions à bennes qui pétaradent et enfument les lieux. C’est une usine ? Non, avec la fumée noire qui se dissipe peu à peu, il s’agit d’une unité à ciel ouvert, d’un pressoir gigantesque et complètement rouillé.

Sans doute un vieux pressoir mécanique à raisins de quelque viticulteur qui a dû louer sa machine bringuebalante et qui sert de broyeur à ces tonnes d’oranges déversées au fur et à mesure. Et tout ce jus d’orange qui coule à flots dans des gangues et de vastes et profondes étuves d’une saleté répugnante. La caméra, avant qu’elle ne s’arrête subitement, insiste sur le déversoir trop plein de jus qui va se répandre même hors des cuves et va s’infiltrer à travers les grilles de sortes d’égouts de récupération où jonchent les gravats et la pâte blanche à même la terre…

Des images insupportables d’une vieille mécanique à l’orange de laquelle ce jus récupéré en centaines d’hectolitres, et dans des conditions d’insalubrité totale, ira dans vos verres, vos bouteilles et vos paquets mêlés à de l’eau impure et à des produits chimiques pour les conserver le plus longtemps possible.

Il n’est pas trop tard de faire les jus d’orange soi-même.  Mais veillez à la qualité de ce produit. Et si d’aventure, vous les buvez dans des lieux divers (restaurants, cafés et même certains hôtels de bas de gamme ou sur les plages) veillez à ce qu’ils soient du pur jus sinon les empoisonnements ne se feront pas attendre.

Quant aux paquets de jus, lisez-les attentivement. Par exemple s’il est écrit «jus à l’orange», ne l’achetez pas. Si cela est : «jus d’orange» ou «pur jus d’orange», vérifiez quand même dans les inscriptions (minuscules et souvent illisibles car il y faut une loupe) au cas où vous auriez des doutes. Il existe plusieurs marques étrangères aussi. Elles sont même plus chères que celles que nous produisons. Nous sommes l’un des pays du monde qui possèdent les meilleures oranges qui soient.

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