Il semble qu’Ennahdha est sur le point de lâcher du lest quant à l’exigence de son Conseil de la choura relative au choix d’un responsable nahdhaoui pour former le prochain gouvernement et le présider. Hier, et en attendant le dévoilement officiel du programme sur la base duquel les nahdhaouis négocieront avec leurs alliés, un vent de concessions soufflait du côté de Montplaisir sur la possibilité de cautionner le choix d’une personnalité indépendante à la tête de la future équipe ministérielle

Contrairement à ce que les médias ont annoncé, mercredi 30 octobre, la version définitive du programme de gouvernance qu’Ennahdha proposera aux partis politiques censés participer au futur gouvernement sera dévoilée aujourd’hui lors d’une conférence de presse qui se tiendra sous la présidence de Rached Ghannouchi, président du parti nahdhaoui et chef de la délégation des négociateurs, avec leurs alliés.

Hier, Ali Lâarayedh, l’un des vice-présidents d’Ennahdha et l’un des membres de la délégation des négociateurs, a dévoilé, lors d’une interview accordée à Radio Mosaïque, les grandes lignes du programme en question intitulé «Document de contrat sur un programme de gouvernement», remis déjà aux leaders du Courant démocratique, Mohamed Abbou et Mohamed Hamdi, ainsi qu’aux responsables du Mouvement Echaâb en attendant qu’ils fournissent leurs remarques, leurs rajouts ou leurs propositions aux dirigeants nahdhaouis dans une semaine. Et Ali Lâarayedh de rappeler les principales orientations contenues dans le document en question dont en premier lieu la lutte contre la corruption et la contrebande, la lutte contre la pauvreté et le soutien des franges fragiles, l’éradication du terrorisme, la réforme de la Caisse générale de compensation, la réforme des caisses de sécurité sociale, la réforme de l’enseignement, etc.

Et la nouveauté produite par Ali Lâarayedh réside dans le fait que le document de gouvernance proposé par Ennahdha ne se contente plus des généralités ou de ce qu’on appelle les axes fondamentaux, puisqu’il comprend cinquante mesures urgentes dont la mise en application au cas où elles seraient avalisées par les participants au gouvernement de coalition à former sous la direction d’Ennahdha et permettra d’entrevoir des solutions ou des débuts de solutions aux problèmes réels auxquels les Tunisiens sont confrontés quotidiennement.

Encore une indiscrétion révélée par Ali Lâarayedh : les négociations en vue de la formation du gouvernement ne commenceront pas par le choix des futurs ministres conformément aux exigences des partis engagés dans le processus des consultations.

«On discutera d’abord des programmes à mettre en œuvre et après accord on s’entendra sur la personnalité qui aura à conduire le ministère de l’Education ou celui de l’Investissement par exemple en prenant en considération en premier lieu ses compétences, son expérience et son savoir-faire, loin de son appartenance partisane», ce qui revient à dire que le principe des quotas partisans ne sera pas pris en compte et que primera exclusivement le critère de la compétence et de l’expertise.

Et pour être plus clair, Ali Lâarayedh fait allusion à la possibilité de voir des personnalités indépendantes répondant aux critères indiqués ci-dessus faire partie de la prochaine équipe ministérielle.

Il reste une inconnue à clarifier : cette équipe ministérielle qui sera formée sur la base exclusive de la compétence aura-t-elle la chance d’être dirigée par une personnalité elle aussi indépendante, une personnalité issue des négociations qui groupera Ennahdha avec ses futurs alliés ?

Ali Lâarayedh laisse la porte ouverte à la possibilité de voir la prochaine équipe ministérielle conduite par une personnalité indépendante dont le choix sera opéré par les partisans aux négociations, une fois un accord sur le contenu du programme d’action gouvernementale est trouvé et signé par ces mêmes négociateurs.

L’annonce de Laârayedh introduit un changement d’une importance cruciale dans la position d’Ennahdha dont le Conseil de la choura a décidé, lors de la dernière session, que la personnalité qui aura à former le gouvernement et à le conduire proviendra exclusivement d’Ennahdha, «le parti qui a remporté le plus grand nombre de sièges au palais du Bardo et qui assure donc la  responsabilité constitutionnelle de former le  gouvernement et de le présider».

Subsiste une petite nuance que Laârayedh n’a pas hésité à rappeler :  «Le Conseil de la choura n’a pas désigné officiellement cette personnalité».

En d’autres termes et en analysant les déclarations de certains leaders nahdhaouis opposés à ce que Rached Ghannouchi préside le futur gouvernement comme Mohamed Ben Salem qui vient d’affirmer qu’il n’est pas contre la désignation d’une personnalité indépendante à la tête du gouvernement, on pourrait comprendre qu’Ennahdha est en train de céder, mais à sa manière, à la campagne générale de  pression lui demandant à un rythme quotidien de renoncer à son projet de  faire accéder son président à la tête du futur gouvernement.

Et si Laârayedh utilise un langage diplomatique pour faire la promotion de  cette nouvelle position d’Ennahdha, Mohamed Ben Salem n’y va pas par quatre chemins pour affirmer que «ni Rached Ghannouchi ni les autres dirigeants nahdhaouis dont les noms ont été avancés pour présider le prochain gouvernement ne sont en mesure de gouverner le pays durant la période à venir».

Abbou campe sur ses exigences, Salem Labiedh pour des réformes urgentes

Maintenant qu’Ennahdha semble donner l’impression de comprendre les exigences de ses futurs alliés et peut-être de satisfaire leur caprice principal, à savoir une personnalité indépendante à la tête du gouvernement, qu’en est-il des réponses fournies par les futurs partenaires du parti de Montplaisir aux débuts de concessions exprimées par Laârayedh et Mohamed Ben Salem ?

Ainsi, pour Mohamed Abbou, secrétaire général du Courant démocratique, les choses sont claires: «Au cas où nos revendications ne seraient pas satisfaites (les ministères de  l’Intérieur, de la Justice et de la Réforme administrative), nous resterons dans l’opposition», souligne-t-il dans une interview accordée, hier, au quotidien Achourouk.

Il ajoute : «Nous savons  ce  que nous disons et si nous avons  parlé de la réforme administrative, c’est que nous savons que la corruption et la malversation gangrènent l’administration».

De son côté, Salem Labiedh,  membre du bureau politique du Mouvement Echaâb, appelle à la  formation d’un gouvernement qu’il  qualifie «de propre» et dirigé par une personnalité qui a la capacité de rassembler sur la base d’un programme dont  elle rendra des comptes au bout de six mois, sans oublier les réformes immédiates, sauf qu’il ne détaille pas ces réformes.

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