L’eau, capital le plus précieux de la Tunisie est gaspillée et se trouve de plus en plus sous pression. Les autorités tunisiennes devraient augmenter les tarifs de l’eau pour atténuer la pression sur cette ressource, préconisent deux experts du bureau de la Banque mondiale (BM) en Tunisie, Antonious Verheijen, responsable des opérations pour la Tunisie, Moyen-Orient et Afrique du Nord et Carolina Dominguez, spécialiste de l’eau et de l’assainissement.

« Une meilleure gestion de la demande d’eau peut aider à atténuer la pression, par exemple par l’augmentation substantielle des tarifs de l’eau pour toute consommation qui va au-delà d’un certain volume (tel est le cas de l’électricité) », ont recommandé les deux auteurs d’un blog titré « Gaspillage de la ressource la plus précieuse du pays : discréditer les faux arguments autour des tarifs dérisoires de l’eau » et publié sur le site de la BM https://blogs.worldbank.org/fr/arabvoices/wasting-tunisias-most-precious-resource-debunking-false-arguments-behind-dirt-cheap.

D’après eux, les tarifs ont augmenté, depuis 2003, de façon irrégulière et dans des proportions insuffisantes. « Les tarifs de l’eau n’ont pas été alignés sur l’inflation, encore moins les coûts de traitement (y compris le dessalement coûteux) et de distribution, en perpétuelle croissance. Il est triste de constater qu’en termes relatifs, l’eau coûte aujourd’hui moins cher qu’en 2003. La décision de principe que le gouvernement a prise en octobre 2018 pour augmenter les tarifs de l’eau est restée lettre morte ».

Ils ont lancé, à cet effet, un appel aux nouveaux dirigeants du pays pour qu’ils « assument les responsabilités qui sont les leurs et qu’ils remédient à ce qui est devenu l’anomalie la plus confirmée dans le pays : le gaspillage de la ressource la plus précieuse, accessible pour pratiquement rien ».

« Le maintien des tarifs de l’eau à des niveaux dérisoires exacerbe les inégalités et spolie le pays de cette ressource non renouvelable. La consommation d’eau étant mesurable, une des solutions à laquelle il conviendrait de réfléchir consiste à appliquer des tarifs différenciés, selon que l’on soit petit ou gros consommateur », recommandent les auteurs de la BM.

Ils sont revenus, à cet effet, sur l’étude menée par la BM en 2018, qui a montré que l’impact négatif de l’ajustement des tarifs aux seuils de rentabilité était très négligeable. La même étude a également fait ressortir que les 20 % des ménages les plus riches consomment quatre fois plus d’eau que les 20 % les plus pauvres et tirent donc meilleur profit des subventions publiques.

Les deux experts sont allés jusqu’à qualifier d' »‘absurde » l’argument de la Société Nationale d’Exploitation et de Distribution des Eaux (SONEDE) concernant les pénuries d’eau potable. La société explique cette pénurie par l’insuffisance des ressources hydriques au niveau des réservoirs et des comportements de surconsommation alors que les précipitations ont atteint un niveau record l’hiver dernier en Tunisie et « les réservoirs n’ont jamais été aussi bien alimentés depuis cinq ans ».

« Le ministre de l’agriculture a lui-même déclaré que les réservoirs ont été remplis à plus de 80 % de leurs capacités. Ce n’est pas la première fois que les Tunisiens se retrouvent confrontés à de graves pénuries d’eau. Mais c’est la première fois que cela arrive pendant une année à pluviométrie favorable ».

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