La 30e édition des JCC (Journées cinématographiques de Carthage) a vécu. Cette manifestation, on le sait, a pour but de «mettre en avant les cinémas d’Afrique subsaharienne et du monde arabe». Et à la lumière de cette «session Néjib Ayed», une réflexion s’impose.

D’abord, interrogeons-nous sur la périodicité de ces journées: peuvent-elles continuer à se tenir annuellement eu égard, notamment, à la faible représentation des cinémas d’Afrique noire francophone et anglophone ? Peut-on continuer à qualifier cette manifestation de panafricaine si l’on sait que la compétition officielle de fiction de cette édition comporte un seul long métrage d’Afrique subsaharienne sur les 12 programmés; il s’agit de «Atlantique» de la Franco-Sénégalaise Mati Diop.

Soit un maigre taux de 8%, le reste venant du monde arabe. Idem pour la compétition des courts métrages de fiction où un seul film sur 12 est panafricain : «Mthunzi» du SudAfricain Tebogo Malebego. Il est donc clair que la production cinématographique insuffisante en nombre de l’Afrique noire impacte la spécificité des JCC qui, partant, s’avèrent de plus en plus tournées vers le monde arabe.

Voilà qui, non seulement remet en cause les fondamentaux et l’esprit même du festival, mais affaiblit aussi la compétition officielle. Que faire alors ? Deux solutions, à notre avis, sont possibles: il s’agit soit de retourner à la formule biennale, soit de renforcer et de tonifier la compétition officielle en l’ouvrant aux cinématographies de l’Amérique latine, du Sud et de l’Asie. Ce qui, d’ailleurs, fait partie des fondamentaux des JCC, créées en 1966 par Tahar Cheriaâ.

Son objectif primordial étant de se focaliser sur les cinémas militants du tiers-monde. Ce tapis rouge superflu Or, justement un festival à l’esprit militant telles les JCC peut-il s’accommoder du fameux «Tapis rouge» sur lequel de «célèbres inconnu(e)s» (car nous n’avons pas vu de stars sur ce tapis lors de cette édition) viennent parader vulgairement accoutré(e)s aux dépens des professionnels du cinéma non invités ?

Certes, les avis différent : certains sont pour la suppression «du red carpet», d’autres sont contre car il génère, à leurs yeux, le show et la fête. Toutefois, le fait est là : les JCC célèbrent plutôt le cinéma militant que le bling bling et les paillettes. Elles ont été même créées afin de contrer le cinéma dominant, notamment hollywoodien, ainsi que l’idée même du show-bizz et du star-system. Ainsi et dans un souci de cohérence avec les fondamentaux des JCC, il est clair que l’usage du tapis rouge, initié en 2008, devrait être supprimé afin d’opérer un réel retour aux sources.

Et ceux qui estiment que la fête n’est créée que par le seul tapis rouge ont tort, car la fête, et c’était le cas avant son existence, était générée par les films, les rencontres, les échanges et les débats. La fête c’était aussi l’animation tous azimuts sur l’avenue Bourguiba, grâce à l’affluence et l’attroupement du public devant les salles de cinéma du centre-ville. Ce qui a manqué à cette édition surtout que «Le Colisée» n’était pas de la fête en raison des travaux de réfection qui s’y déroulent. Le centre-ville a été quelque peu déserté au profit de la Cité de la culture où se déroulaient les premières projections des films en compétition et autres séances et événements.

Qu’on se rappelle, également, que l’ouverture et la clôture des JCC se déroulaient dans cette salle, ce qui créait une grande animation en générant, par là, une atmosphère de fête et d’effervescence si particulière à la manifestation. Sa marque déposée. Un retour à cette tradition s’impose. Par conséquent.

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