Jeudi 27 mars, la «Watania 2» nous rappelait au bon souvenir de Ali Riahi. Pas d’occasion spécifique. Ni centenaire, ni cinquantenaire. Simple commémoration d’une mort survenue il y a quarante-neuf ans exactement, dont se souviennent les anciens, qui ébranla tout un pays. Et qui garde toute sa trace, principalement aujourd’hui.

La «Watania 2» n’est pas la chaîne «maigrichonne» que certains disent. Un peu «hors mode», soit, pratiquement sans «shows», sans «plateaux», peut-être trop redevable à l’audience de «Choufli hal», mais assurément la plus soucieuse de culture, d’histoire et de mémoire.
Pour preuve, encore, cette dernière évocation de Ali Riahi. Une reprise à vrai dire. Cossue. Utile, surtout. Avec des témoignages et des analyses de maîtres, Saâda, Ben Algia et Salah El Mahdi entre autres, excusez du peu ! Avec le choix du meilleur d’un répertoire. Un zeste «machinal», certes, mais les chansons de Sid’ Ali se savourent jusque dans la précipitation.

On a savouré les toujours «vivantes», comme les délaissées. «Erraiejwilatech» dit-on dans le jargon courant. Et c’était là l’intérêt de l’écoute. «Fi dhaw el qoumeira»,par exemple, grand succès des débuts années 40, s’est comme «perdue de vue» avec le temps. Un délice que de la retrouver. Touche mélancolique de «boustanikar», pur charqui et dialecte raffiné : un enchantement! «Htart ach nahdilek», aussi. Pas si fréquente, dommage, sur nos radios. Pourtant très typique du style du compositeur, à la fois modale et locale, puisée dans le «maqam» oriental et tunisienne d’expression. Il a manqué le chef-d’œuvre de l’icône, à notre avis, la merveilleuse «Ghezali harab» dans laquelle Riahi se rachète magistralement vis-à-vis des «Touboues tounssia», de nos modes du terroir. Un phrasé «isbaiein» unique qui aurait fait pâlir ses plus chauds pourfendeurs rachidiens.

La Rachidia et Riahi, on y vient, précisément, à travers les témoignages. Ceux-ci rapportent que le rapport entre le chanteur et le célèbre Institut était, souvent, en «porte-à-faux».

Dans une première phase, le jeune Riahi vaquait en plein dans la musique égyptienne. C’était l’époque des disques et des pionniers de l’âge d’or. Abdou el Hamouli, Abou el Ala, Cheikh Sayyed, Abdelwahab, Oum Kalthoum, Zakaria, Salah Abdelhay, Ismahan et Mounira el Mahdia raflaient les cœurs, ici. Dont celui d’un artiste épris et convaincu, le tout jeune encore «Moutrib El Khadhra».La Rachidia, fief traditionaliste, nationaliste, par excellence, était loin, absolument à l’opposé de tout cela. Coupure, donc. Et des deux côtés.

Dans une seconde phase, au contraire, le chanteur «qui regrettait son manque de culture autochtone» a bien cherché à rejoindre la «Maison». Mais, mystère, en essuyant, toujours, un refus.

Témoins, maîtres et analystes discutent aussi de l’apport strictement musical de Ali Riahi. Ils s’expliquent, en substance, en quoi il fit école et pourquoi se maintient-il nonobstant les modes et les goûts.

L’école de Riahi était l’école «moderniste» des années 30. Très inspirée par l’Egypte, mais maghrébine par ses multiples ouvertures, berbère, turque, andalouse, méditerranéenne, etc. Jamoussi, Jouini et les poètes de Taht Essour en furent les précurseurs. Riahi les a rejoints naturellement. Mêmes influences, mêmes références.

L’ambition d’incarner quelque chose de fort, de durable et de nouveau, surtout. Le rappel à Riahi est utile essentiellement pour cette raison. La chanson tunisienne se reconnaît à ses cycles et à ses chefs de file historiques. A la tradition mystique des «ghanayas», aux créations «citadines» de Ahmed El Ouafi, à l’œuvre monumentale de la Rachidia, aux poètes et chanteurs de Taht Essour, à la nouvelle vague des années 80.

Elle se reconnaît, encore, aux grands créateurs innovateurs que furent et que demeurent Jamoussi et Jouini. Que fut et que demeure Ali Riahi. Les muses sont à l’arrêt, là. Les ambitions artistiques se «taisent». C’est dire l’avantage, l’urgence, voire, de nous les rappeler, de nous y rappeler, aujourd’hui.

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