Depuis le début de l’année 2019, la série de grèves qui sévit dans le pays ne cesse de prendre de l’ampleur. Elle touche désormais la majorité des secteurs en proie à de grandes difficultés sectorielles et structurelles. Tous les secteurs vitaux de l’économie nationale sont passés à la trappe : agriculture, commerce, transport, enseignement, médias. Lorsque la grève n’est pas décrétée, l’option du sit-in est privilégiée

La semaine passée déjà mouvementée en grèves et sit-in laisse place à une autre encore plus bouillonnante. Récemment, une personnalité politique tunisienne avait formulé l’idée selon laquelle les conséquences des grèves sur l’économie nationale sont pires que celles produites par les attentats ou les assassinats politiques. On n’imagine pas les conséquences dramatiques qu’elles produiront cette année encore sur l’économie tunisienne en panne de croissance.
Depuis le début de l’année 2019, la série de grèves qui sévit dans le pays ne cesse de prendre de l’ampleur. Elle touche désormais la majorité des secteurs en proie à de grandes difficultés sectorielles et structurelles. Quel est le secteur qui a échappé à la foudre de la grève ? La semaine passée et celle en cours connaissent un foisonnement du nombre de grèves. Des débrayages dans le secteur du transport : grève de la fédération générale des transports, pénurie d’essence et débrayage des taxis, une grève à venir des professionnels du lait, de la production à la distribution du 18 au 20 avril 2019. Des sit-in en série au ministère de l’Enseignement supérieur. Tous les secteurs vitaux de l’économie nationale sont passés à la trappe : agriculture, commerce, transport, enseignement, médias. Lorsque la grève n’est pas décrétée, l’option du sit-in est privilégiée. La mobilisation des salariés et des employés sur le terrain cause des dérapages plus manifestes que la grève, surtout lorsque celle-ci échoue. Hier matin, la grève des taxis n’a pas dérogé à la règle. Des villes ont été paralysées comme Bizerte, Gabès, Siliana, Zaghouan et Tunis, notamment du côté de Den-Den, Bab Saadoun et du terminal de l’aéroport de Tunis-Carthage fermé à la clientèle. Les grèves successives — certaines non autorisées — ont contribué à la mise à mal des intérêts des citoyens et des travailleurs.

Reparties en flèche 
Avant la révolution, l’esprit de grève était étouffé sous le poids de la dictature et ne se manifestait que par le port du brassard rouge. Aujourd’hui que l’esprit du travailleur s’est démocratisé en se libérant du joug de l’exploitation économique et sociale qui prévalait, la nouvelle donne n’a pas été mise à profit. Au contraire, l’abus du recours à la grève a grippé la machine économique qui ne trouve pas de solutions adaptées au nouveau contexte social post-révolution. Le jeu du chat et la souris entre le gouvernement tunisien qui manque de visibilité et de stratégie et la centrale syndicale prise en tenailles par les grèves à répétition donne le tournis. Cela fait huit années pleines que le gouvernement propose, l’Ugtt exige et le peuple compose à tous les temps son mal-être et son désespoir grandissant. La grève est en train de s’enraciner dans la culture du travailleur tunisien qui parfois a recours au sabotage quand ses doléances et ses revendications statutaires ou matérielles tardent à être satisfaites. Selon les statistiques du ministère des Affaires sociales, les grèves ont légèrement baissé en 2018 par rapport aux années précédentes. Même si on ne détient pas encore de statistiques pour cette année, on peut supposer qu’elles sont reparties en flèche. Mme Hajer Boubaker, attachée de presse au ministère des Affaires sociales, affirme que les statistiques sur les grèves et les sit-in se font semestriellement, ce qui empêche le rapprochement pour le moment.

Cercle vicieux
La grève des taxis, hier matin à cause de la hausse des prix des hydrocarbures, a perturbé le trafic routier. Une autre suivra si les doléances ne sont pas satisfaites. La Tunisie a pleinement consacré le syndicalisme et le droit de grève dans ses textes juridiques, mais on ne peut tolérer qu’on piétine ses fondamentaux. Le droit de grève est inscrit dans la Constitution tunisienne au niveau de l’article 36 : «Le droit syndical est garanti, le droit de grève aussi. Ce droit ne s’applique pas à l’armée nationale ni aux forces de sécurité intérieure ou la douane». Il fait partie des fondements de la démocratie en phase de transition. Cependant, le recours fréquent et régulier à la grève a mis à mal les institutions de l’Etat et perturbé le fonctionnement de ses structures. Si bien que le gouvernement se trouve dans l’incapacité de répondre favorablement aux doléances des professionnels grévistes ou de remédier aux désaccords professionnels. Un cercle vicieux dans lequel tout le monde s’enferme sans qu’aucune partie ne prenne l’initiative ou la décision de réhabiliter le travail et la productivité au niveau qui permette de renflouer les caisses de l’Etat et d’huiler la machine économique. En définitive, c’est le peuple qui par ricochet en paie les frais.


Mohamed Salem KECHICHE

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