La corruption est un fléau mondial qui ne cesse de sévir en touchant tous les pays et en affectant tous les secteurs d’activités. À cause d’une telle ampleur et d’une telle gravité, la corruption fait l’objet de nombreuses recherches et suscite l’intérêt de plusieurs organismes internationaux et nationaux qui tentent d’examiner ses causes, identifier les parties prenantes et analyser ses retombées.


Lors de la période post révolutionnaire, le débat ne cesse d’être réorienté dans la sphère publique tunisienne vers ses vrais maux qui rongent la société et à trouver les vrais remèdes à un mal porteur de dangers et à un fléau endémique qui nuit à l’Etat de droit et qui risque de saper notre démocratie naissante, à savoir la corruption.
La lutte contre la corruption et le blanchiment d’argent est une œuvre très sensible, dont les objectifs fixés par l’Etat, les organismes nationaux et la société civile s’inscrivent dans un processus ardu et de longue haleine pour qu’enfin la Tunisie trouve la voie de la prospérité et réinvente un système économique générateur de richesses et garant d’équité parce que sain, transparent, incorrompu et incorruptible.
D’après une étude élaborée par l’Association tunisienne des contrôleurs publics (ATCP) sur la lutte contre la corruption, le blanchiment d’argent et le terrorisme, «la corruption est un fléau qui ronge l’administration tunisienne et un phénomène qui selon près de 77% des Tunisiens n’a cessé d’augmenter durant ces dernières années. Ce fléau a réussi durant les dernières années à dilapider la somme de 450 millions de dinars tunisiens, soit l’équivalent du coût d’une cinquantaine de kilomètres d’autoroute pour ne citer que cet exemple».
Selon Transparency International, la Tunisie, qui a été classée 59e sur 177 pays en 2010 sur son indice de perception de la corruption, a vite régressé à la 79e place en 2014. «Ces résultats sont très significatifs dans la mesure où ils mettent en exergue l’amplitude que prend ce fléau qui ne cesse de se répandre et de sévir durant cette phase transitoire, avec toutes les menaces qu’il représente pour l’économie tunisienne, la sécurité et l’avenir de cette démocratie naissante», indique-t-on.
Dans le même contexte, une étude du Global Financial Integrity citée dans un rapport récent de la Banque mondiale, la corruption coûte à la Tunisie plus de 2% du PIB, son coût total est estimé à 1,2 milliard de dollars par an durant la période entre 2000 et 2008, soit 110 dollars par habitant. Quant aux pertes de l’économie tunisienne dues à la corruption, elles sont chiffrées à un milliard de dinars.

Traits caractéristiques
Le Conseil de l’Europe, l’Union européenne et le gouvernement tunisien ont élaboré conjointement un rapport sur la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption. Ce rapport renferme un diagnostic du cadreanti-corruption qui se veut une base solide pour la rationalisation de l’assistance technique internationale en Tunisie dans le domaine de la criminalité économique. Il servira également de point de référence aux autorités et à toutes les autres parties prenantes qui sont engagées à œuvrer pour l’avancement des réformes en matière de criminalité économique en Tunisie.
Ce rapport esquisse les traits caractéristiques du phénomène de la corruption. En effet, selon les autorités tunisiennes, la corruption a des effets négatifs surtout sur l’économie pliée, la sécurité, la confiance interne et externe et l’investissement. Les manifestations les plus courantes de la corruption se présentent principalement sous diverses formes de pots-de-vin, concussion, détournements commis par les dépositaires de fonctions publiques, blanchiment d’argent, commission, piston ou faveur, trafic d’influence, paiement indu pour un service public.
Les faits de corruption sont perçus comme étant les plus répandus dans les secteurs suivants: les douanes (63%), les partis politiques (60%), le secteur de la sécurité (56%), les collectivités locales (56%), les administrations publiques (51%), le secteur de la santé (51%), le secteur de l’équipement (48%), la justice (47%), l’enseignement (35%) et la recette des finances (34%).
Certains interlocuteurs ont également cité les marchés publics, les services de santé, le secteur foncier, le secteur minier, les services administratifs et le monde associatif.
La corruption et la mauvaise gestion coûtent au pays 4% de son PIB. A l’issue de la conférence Tunisia 2020, tenue en Tunisie en 2016 pour relancer l’économie par l’investissement privé, les investisseurs étrangers se sont accordés à dire que la corruption est un frein à l’investissement.
Un tiers des entreprises privées, interrogées dans le cadre d’une enquête annuelle sur le climat des affaires réalisée auprès de 1200 entreprises en 2015, ont déclaré qu’elles ont été obligées de payer des pots-de-vin pour faciliter leurs transactions avec les administrations tunisiennes. 32% de ces entreprises estiment que la douane tunisienne figure parmi les administrations publiques les plus corrompues.
La corruption a concerné aussi les services publics (15%), les marchés publics (12%), ainsi que l’inspection et le contrôle (13%). Alors que 29% des enquêtés affirment avoir été contraints de payer des pots-de-vin, 8% des entreprises concernées ont affirmé qu’elles ont été obligées de payer des pots-de-vin au système judiciaire et 14% d’entre elles à l’administration fiscale. La valeur des pots-de-vin payés s’élève à environ 0,62% du chiffre d’affaires.
Dans le même ordre d’idées, Chawki Tabib, président de l’Instance nationale de lutte contre la corruption (Inlcc), affirme que «malheureusement, aucun secteur n’est épargné. Outre la petite corruption que l’on retrouve partout, le phénomène est aussi très répandu dans les marchés publics, le recrutement dans la fonction publique, les autorisations administratives. Nous avons ainsi beaucoup travaillé à créer des «îlots d’intégrité» dans le secteur de la santé, des douanes et les collectivités locales».
En y intégrant le commerce informel et la contrebande, qui est une de ses formes les plus répandues, le coût de la corruption est estimé à 54% du PIB. «Ce chiffre en lui-même est alarmant. L’impact de la corruption est énorme sur nos équilibres financiers, sans oublier que, de par son ampleur, c’est aussi un frein voire un repoussoir pour l’investissement étranger», précise le président de l’Inlcc.

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