Ennahdha et Au cœur de la Tunisie ont-ils tiré le tapis sous les pieds du Mouvement du peuple et du Courant démocratique concernant la formation du gouvernement ? Quel avenir politique et quelle marge de manœuvre pour ces deux partis qui se dirigent, semble-t-il, vers l’unification de leurs blocs parlementaires ?


Le compromis de dernière minute qui a eu lieu entre Ennahdha et Au cœur de la Tunisie ayant permis à Rached Ghannouchi de rafler la majorité absolue des voix et devenir le nouveau président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a dissipé le flou autour des négociations engagées entre les différents partis politiques, notamment ceux qui sont représentés dans le nouveau Parlement. Si le Courant démocratique (Attayar) et le Mouvement du peuple (Al-Chaâb) étaient au cœur de ces négociations portant notamment sur la formation du gouvernement, le dernier rapprochement entre les partis de Rached Ghannouchi et Nabil Karoui a changé la donne. Ce rapprochement pourra se transformer rapidement en une alliance contre-nature pour faire avancer la formation du gouvernement, dont les tractations semblent être au point mort.
En effet, depuis quelques semaines et à l’issue de l’annonce des résultats des élections législatives, un flou total s’est emparé de ce processus marqué par un double défi pour aboutir, d’une part, à l’élection du président du Parlement, et parvenir, d’autre part, à la formation d’un gouvernement. Mais mercredi dernier, la dernière manœuvre politique qui a abouti à un compromis de dernière minute sous le dôme de l’ARP entre les partis de Rached Ghannouchi et Nabil Karoui ont carrément changé la donne non seulement en ce qui concerne les pourparlers sur l’élection du nouveau président de l’Assemblée mais aussi quant à la poursuite des concertations autour de la formation de la nouvelle équipe gouvernementale. S’agit-il de promesses gouvernementales faites par le parti Ennahdha au Cœur de la Tunisie, ou simplement une proposition de ce dernier pour pouvoir participer à la formation du gouvernement ? Quoi qu’il en soit, ce compromis, même s’il n’a pas encore la forme d’une véritable alliance politique entre les deux partis, ennemis d’hier, amis d’aujourd’hui, a apporté des éléments de réponse à l’actuelle situation politique marquée, en effet, par une complication et des divergences.
Des divergences ont éclaté notamment entre Ennahdha, d’une part, et le Mouvement du peuple et le Courant démocratique d’autre part concernant la formation du gouvernement. Si ces deux derniers ont posé à Ennahdha des conditions inflexibles dont notamment un chef du gouvernement indépendant et d’importants portefeuilles ministériels, le parti de Rached Ghannouchi a montré un refus catégorique à cet égard, chose qui lui a coûté de recourir à son «ennemi juré» et au «parti suspecté de corruption» (termes utilisés par les dirigeants d’Ennahdha pour qualifier Au cœur de la Tunisie lors des dernières campagnes électorales). En effet, pour Ennahdha, tendre la main à Nabil Karoui se présentait comme un mal nécessaire, une bouée de sauvetage, pour éviter un échec cuisant de Rached Ghannouchi aux élections de la présidence du Parlement, mais pour trouver une issue au blocage des négociations sur la formation du gouvernement.

Quelles répercussions sur la formation du gouvernement ?
Ennahdha et Au cœur de la Tunisie ont-ils tiré le tapis sous les pieds du Mouvement du peuple et du Courant démocratique concernant la formation du gouvernement ? Quel avenir politique et quelles marges de manœuvre pour ces deux partis qui se dirigent, semble-t-il, vers l’unification de leurs blocs parlementaires ?
En tout cas, pour le Mouvement du peuple et le Courant démocratique, c’est une question de principes et non pas de calculs politiques, car, comme ils l’expliquent, Ennahdha a exigé un soutien inconditionnel à la candidature de son leader historique au poste de président de l’ARP avant toute discussion autour de la formation du gouvernement. Cette divergence et ces points de discorde entre Ennahdha, le Mouvement du Peuple et le Courant démocratique, et le rapprochement, en contrepartie, entre les deux formations politiques de Rached Ghannouchi et Nabil Karoui auront-ils des répercussions sur le processus de formation du gouvernement ? Une question qui en pose une autre : les deux processus de formation du gouvernement et de l’élection de la présidence du Parlement sont-ils liés, ou, au contraire, sont-ils menés séparément ?
Pour répondre à cette question, il faut revenir aux origines du compromis trouvé entre Ennahdha et Au cœur de la Tunisie. Car il serait difficile de croire que ce compromis portait uniquement sur l’élection de Rached Ghannouchi en tant que président de l’Assemblée, contre l’élection de Samira Chaouachi, députée de Au Cœur de la Tunisie, en tant que sa vice-présidente. Cet accord porterait, en effet, sur la participation du parti de Nabil Karoui à la formation du gouvernement et au choix du prochain chef du gouvernement, même si Yiadh Elloumi, dirigeant au sein de ce parti, nie ce fait en expliquant qu’il s’agissait simplement d’un rapprochement pour distribuer les responsabilités au sein du Parlement.

Rééquilibrer le Parlement
Dans ce cas de figure, si Au cœur de la Tunisie est représenté dans la nouvelle formation gouvernementale, on pourra s’attendre à un retrait des deux partis le Courant Démocratique et le Mouvement du Peuple qui ont, à maintes reprises, montré leur refus catégorique de participer à un gouvernement qui inclut Au cœur de la Tunisie, «à cause des soupçons de corruption dont il fait objet».
Donc vers où mènera cette situation politique ? Quelle sera la position de ces deux partis qui faisaient pourtant le poids dans les négociations sur la formation du gouvernement ? En tout cas, pour Attayer et Al-Chaâb, seule une forte alliance pourra se présenter comme une excellente alternative pour essayer d’équilibrer le paysage parlementaire au vu de l’éventuelle alliance entre Ennahdha, Qalb Tounes et la Coalition Al-Karama, d’autant plus qu’ils partagent les mêmes objectifs et les mêmes visions pour la réforme du pays. L’idée n’est pas étrangère à ces deux partis. Le membre du parti le Mouvement du Peuple, Hafedh Zouari, avait annoncé que des transactions avancées sont en cours entre son parti et le Courant démocratique, pour former un seul bloc parlementaire, au sein de l’ARP. Il a ajouté que le Mouvement du peuple a déjà tranché la question et est d’accord pour cette alliance, tandis que le Courant Démocratique a approuvé l’idée, en attendant de l’examiner au sein de son bureau politique. Il faut rappeler, dans ce sens, que ces deux partis ont montré leur prédisposition à se positionner dans l’opposition.
A l’issue des élections législatives, Ennahdha a obtenu 52 sièges dans le nouveau Parlement. Le mouvement mène, depuis, des concertations marathoniennes avec les différentes parties pour la formation du prochain gouvernement. Il revendique jusqu’ici que le prochain chef du gouvernement soit issu de ses structures, conformément aux dispositions de la Constitution. Une position rejetée par le Mouvement du peuple (16 députés) et le Courant démocratique (22 députés) et le parti de l’actuel chef du gouvernement, Tahya Tounes (14 députés).

Charger plus d'articles
Charger plus par Mohamed Khalil JELASSI
Charger plus dans Actualités

Laisser un commentaire