«La Presse» a été le premier média à avoir donné l’alarme… depuis quelques années. Peine perdue !

Et ce qui devait arriver arriva : un jeune homme attablé avec ses copains dans un night club de la capitale a été récemment battu à mort par une équipe de videurs relevant de l’établissement. Ce meurtre a choqué tout un peuple, tellement les vidéos du drame relayées par les réseaux sociaux étaient d’une rare férocité Nul besoin de savoir comment le bonheur de la victime qui fêtait joyeusement, ce soir-là, son anniversaire a tourné court. Pour nous, les raisons et mobiles du crime pertinente peu devant cette question capitale : pourquoi les assassins se sont comportés si férocement?
Question d’autant plus importante que tout le monde sait que dans de pareilles circonstances et quels que soient le déroulement des péripéties de l’incident et la gravité des faits commis par le client, la loi recommande de maîtriser ce dernier, tout en alertant la police qui viendra le récupérer, comme si de rien n’était. Dans le cas du drame cité ci-haut, cette loi a été tout simplement bafouée, violée et ignorée; pas moins de… six videurs, selon les premiers éléments de l’enquête, s’étant relayés pour tabasser la victime et l’écraser jusqu’à mort s’en suive ! Les Vikings sont passés par là…

Un secteur pourri et oublié

Maintenant, qui condamner ? Bien évidemment, les tueurs en premier lieu pour avoir abusé de brutalité et placé très haut la barre de la violence. Mais ils ne sont pas les seuls à devoir en payer le prix, dans la mesure où la responsabilité est partagée, avec l’implication cumulée des tenanciers de ces lieux publics d’un côté, et de l’Etat, de l’autre. En effet, aux premiers, on reproche la facilité et la hâte avec lesquelles ils recrutent les videurs. Ces derniers sont triés sur le volet parmi les pratiquants de la boxe, de la lutte, de l’haltérophilie et autres sports de combat (judo, karaté…). Des athlètes qui, en retraite ou encore en exercice, répondent au profil demandé, à savoir une carrure impressionnante, une allure de gladiateur, un air toujours sévère et une prompte démonstration de force dès que cela tourne au vinaigre. Quant aux conditions essentielles qui vont de la tenue correcte au bon comportement avec les clients, elles sont reléguées au dernier plan !
Certains propriétaires de ces boîtes poussent l’inconscience au point d’enrôler des… repris de justice dont les uns se sont assagis, alors que d’autres ont toujours maille à partir avec la police ! Il est vrai que le recrutement de ces videurs est, aux yeux d’employeurs sans scrupules,plus rentable : salaires maigres et absence de charges sociales vis-à-vis de la Cnss et des entreprises d’assurances.
Et c’est là que surgit la responsabilité de l’Etat. Car, laisser l’eau couler sous les ponts sans réagir, c’est ouvrir la porte à tous les abus. Et pourtant, il y a sept ans, nous avions soulevé, en exclusivité, cette question sensible, sur ces mêmes colonnes, en appelant de tous nos vœux à assainir le secteur pourri et oublié des agents de sécurité civils, surtout que ces derniers étaient devenus de plus en plus nombreux à exercer aux portes des hôtels, des boîtes de nuit, des restaurants touristiques et des établissements huppés de la gastronomie. Et si nous avions insisté, dans ledit article, sur cette recommandation, c’est justement parce que l’image du pays était en jeu et la sécurité des clients locaux menacée. Mieux vaut prévenir que guérir, dit-on. Dès lors, nous estimons que l’Etat est désormais dans l’obligation d’instituer une réforme urgente dans ce secteur, à l’instar de la loi introduite dans celui des agents de sécurité en uniforme.

Mohsen ZRIBI

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