Selon le ministre du Tourisme, le visiteur ne s’intéresse plus uniquement au tourisme balnéaire, il veut découvrir la culture du pays et son patrimoine.

«Après avoir atteint 8 millions 500 mille touristes en 2019, en attendant de boucler notre objectif de 9 millions d’ici la fin de l’année, nous comptons prendre toutes les mesures nécessaires pour booster le tourisme culturel en 2020», a souligné hier René Trabelsi, ministre du Tourisme et de l’Artisanat.

S’exprimant à l’ouverture d’un colloque organisé à Tunis par l’Office national du tourisme tunisien (Ontt) et MCM (Marketing Communication Media) sur « le tourisme culturel: ce qu’il faut changer », le ministre a regretté qu’à ce jour il y ait malheureusement des sites importants qu’il n’est pas recommandé de visiter, étant donné leur état.

« Le nouveau profil de visiteur ne s’intéresse plus uniquement, au tourisme balnéaire, il veut découvrir la culture du pays et son patrimoine. La Tunisie est un pays qui dispose d’un riche patrimoine sous-exploité », a-t-il dit.

Trabelsi a indiqué qu’aujourd’hui, les financements existent pour booster le tourisme culturel, rappelant que récemment l’ambassade des Etats-Unis en Tunisie a alloué un budget d’environ 500 mille dollars pour la restauration du site archéologique d’El Jem, outre les financements de l’Union européenne (UE) et de l’agence de coopération allemande (GIZ) pour la restauration d’autres sites.

Il a, par ailleurs, appelé les tour-opérateurs et les agences de voyages à intégrer des circuits culturels dans leurs excursions, faisant remarquer que le tourisme culturel peut jouer un rôle important, notamment pendant la basse saison.

« On souhaite que 50% des touristes qui viennent en Tunisie visitent au moins un site et pour cela beaucoup restent à faire à tous les niveaux (accueil, services, sécurité, environnement…) », a-t-il dit, soulignant l’urgence de mettre en place une stratégie complète pour dynamiser le tourisme culturel en Tunisie.

Pour sa part, Nabil Bziouech, directeur général de l’Ontt, a indiqué que le tourisme culturel représente de nos jours un marché en pleine expansion, signalant que le nombre de musées dans le monde est passé de 22 mille en 1975 à 55 mille aujourd’hui.

« Au-delà du balnéaire, la Tunisie doit s’ériger en une destination où l’on se cultive sans s’ennuyer », a-t-il dit, soulignant que «l’on ne peut avancer sur cette voie quand les horaires d’ouverture et de fermeture des musées sont alignés à ceux de l’administration ou encore quand certaines excursions touristiques consacrent beaucoup plus de temps au shopping qu’au musée du Bardo qui abrite l’une des meilleures collections de mosaïques dans le monde ».

A cette occasion, Bziouech a proposé au ministre du Tourisme et de l’Artisanat la mise en place d’une stratégie réelle et d’un plan d’action qui engage l’ensemble des intervenants.

De son côté, Soumaya Gharsallah-Hizem, chercheuse à l’Institut national du patrimoine (INP) et ancienne directrice du musée du Bardo, a souligné dans son intervention que la Tunisie compte 937 monuments historiques classés dispersés sur le territoire, 38 musées publics gérés par le ministère des Affaires culturelles dont 10 sont fermés au public, 27 musées publics gérés par d’autres ministères, environ 50 musées privés, 24 monuments historiques ouverts au public dont 5 sont fermés pour travaux et 14 sites archéologiques ouverts au public.

Parmi les problèmes qui empêchent d’évoluer, l’intervenante a cité l’absence de politique publique en matière de patrimoine, d’enquêtes et d’évaluation, les organigrammes obsolètes et la centralisation.

Dans ce contexte, elle a rappelé que depuis 2009, un projet de loi sur les musées pour les autonomiser et les rendre plus fiables attend d’être voté.

«Même les plus grands musées comme le Bardo et Carthage ne sont toujours pas autonomes. Comment voulez-vous donc qu’on assure leur entretien et la qualité des services?», s’est-elle interrogée.

La chercheuse a aussi cité l’absence de stratégie de communication, signalant que les musées et les monuments n’ont aucune visibilité sur les réseaux sociaux, outre le manque de moyens humains et techniques surtout et de politique de gestion structurée.

« L’INP dispose de 52 chercheurs, 22 architectes et 6 ingénieurs pour gérer tout le patrimoine alors qu’il emploie 1.500 personnes (recrutements sauvages et non ciblés) », a-t-elle dit. Selon Soumaya Gharsallah-Hizem, la situation actuelle du patrimoine et du tourisme culturel prête à l’amertume, puisque 85% des musées et des sites archéologiques ouverts au public et placés sous la tutelle du ministère de la Culture ne répondent pas aux standards internationaux.

Vladimir Rojanski, attaché de coopération à l’UE, a présenté le programme d’appui à la diversification du tourisme, au développement de l’artisanat et à la valorisation du patrimoine culturel « Tounes Wejhatouna «, soulignant que ce programme est actuellement en phase de démarrage et sera lancé officiellement au début de l’année prochaine.

Financé à hauteur de 51 millions d’euros avec une contribution de l’UE de 45 millions d’euros, la mise en œuvre de ce programme se poursuivra pendant 5 ans et vise à contribuer au développement économique durable et inclusif de la Tunisie.

Le programme s’articule autour de trois grands axes, à savoir la diversification et le renforcement de la qualité de l’offre touristique, en collaboration avec la GIZ, le renforcement des chaînes de valeur dans les domaines de l’artisanat et du design et la valorisation du patrimoine culturel dans l’offre touristique.

Dans le cadre de cette troisième thématique, les axes d’intervention identifiés sont la rénovation d’une quinzaine de bâtiments, le réaménagement et la mise en valeur du musée de Carthage.

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