La presse écrite se porte mal. La Tunisie a décidément mal à sa presse. Sur les difficultés, voire  la crise de tout un secteur, la plupart des journaux sont sous oxygène depuis déjà plusieurs années. Concurrence d’internet, circuit de distribution à bout de souffle, nouvelles habitudes de consommation de l’information, les écueils sont nombreux.

Le journal «La Presse» est une vieille Dame de 83 ans. Son premier numéro est paru le 12 mars 1936.  Privé à l’origine, il devient, après l’indépendance de la Tunisie, un quotidien public.

Les difficultés financières que traversent actuellement nos deux journaux, «La Presse» et «Essahafa», interviennent au moment où le pays connaît sa pire crise économique. Le malaise de la presse écrite touche pratiquement tous les journaux de la place. Le nombre de titres a fortement baissé et le tirage global a sensiblement chuté. Depuis 2011, le secteur a perdu presque le tiers de ses effectifs. Les raisons du déclin sont connues : modification des habitudes de lecture, bouleversement du modèle économique avec l’arrivée d’Internet et, enfin, obsolescence du système de distribution. Au coût de l’impression, s’ajoute aussi celui du papier. Un coup dur supplémentaire pour la presse écrite, plus que jamais confrontée à la pénurie de papier.

Les médias publics, parmi lesquels figure Snipe-La Presse-Essahafa, ont de plus en plus de mal à trouver le financement, l’appui et le soutien nécessaires. C’est la raison pour laquelle le syndicat de base et le personnel se sont mobilisés, en organisant hier un sit-in de protestation devant le ministère des Finances, afin de se défendre face à la détérioration de la situation financière de l’entreprise et protester contre le sort qui lui est réservé. La revendication est claire, elle n’est pas nouvelle aussi : réactiver l’indemnité et l’appui financiers et respecter les promesses données. Si notre entreprise est parvenue à réduire considérablement ses dettes, elle a encore besoin d’un fonds d’appui de l’Etat, notamment pour favoriser les moyens d’investir dans son développement.

Malgré ces écueils et même dans un monde saturé de connexions et tissé de rencontres avec le smartphone, le goût du papier reste. Nos lecteurs, qui nous sont toujours fidèles, ressentent encore le besoin de prendre le temps de la lecture. «La Presse» et «Essahafa», deux journaux de référence, indépendants, ambitieux, ouverts à tous les courants de pensée, dans une tradition longue de plus de 83 ans, ne sont pas en crise existentielle. Même truffé d’embûches, le futur ne s’annonce pas incertain, encore moins lugubre. Mais sûrement vacillant et tortueux. Face à ce diagnostic lourd, journalistes, techniciens et administratifs ne sont ni apeurés, ni intimidés. En 2011, nous avons fait notre examen de conscience et nous sommes toujours prêts à persévérer, confiants dans la confection d’un produit crédible, neutre et de qualité. Avec une vision honnête, lisible, sans truquage, ni biais douteux. Malgré une surabondance d’informations gratuites, les rédactions de «La Presse» et d’«Essahafa» restent des éléments démocratiques décisifs.

Et comme cela est devenu inéluctable, il a bien fallu que les salariés de ces deux médias, leurs lecteurs et usagers aussi se manifestent et manifestent pour défendre les droits sur lesquels « les politiques », comme on dit, sont pour le moins discrets !

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