Personne n’avait cru que la situation allait dégénérer de la façon la plus meurtrière. Barbarie caractérisée! Au point de voir les forces de l’ordre mobilisées en renfort, usant de tous leurs moyens pour étouffer les voix et les faire renoncer à leurs revendications. Elles sont allées même jusqu’à tirer à la chevrotine sur des milliers de manifestants, tout en procédant illégalement à l’usage excessif et arbitraire des armes et des bombes lacrymogènes jugées alors périmées.


C’était le 27 novembre 2012 à Siliana, il y a maintenant sept ans. La région se révoltait, alors, contre le chômage, la pauvreté et l’exclusion, des maux qui perduraient des décennies durant. Ce jour-là, une grève générale fut décrétée, suite à l’appel de l’union régionale de l’Ugtt. Une imposante manifestation avait parcouru l’artère principale de la ville, gagnant le siège du gouvernorat de la place. Impressionnante était la marée humaine qui agissait comme un seul homme, scandant à haute voix le départ du gouverneur. C’était, à l’époque, leur souci majeur, du fait des promesses non tenues, à plusieurs niveaux. Soit le droit à l’emploi et au développement. Peu à peu, l’adrénaline monte, la colère s’empare des protestataires, provoquant ainsi un tollé général.

Mais, personne n’avait cru que la situation allait dégénérer, de la façon la plus meurtrière. Barbarie caractérisée, pour ainsi dire ! Au point de voir les forces de l’ordre mobilisées en renfort, usant de tous leurs moyens pour étouffer les voix et les faire renoncer à leurs revendications. Elles sont allées même jusqu’à tirer à la chevrotine sur des milliers de manifestants, tout en procédant illégalement à l’usage excessif et arbitraire des armes et des bombes lacrymogènes jugées alors périmées. Juristes, société civile et activistes des droits de l’homme l’ont vivement dénoncé, considérant de telles interventions musclées comme un crime prémédité contre une population quasiment désarmée. Et l’on se souvient que ces mouvements protestataires se sont malheureusement soldés par 173 blessés dont certains ont été touchés aux yeux. Faute de traitement et de prise en charge médicale à temps, plusieurs parmi eux ont été atteints de cécité, d’autres sont devenus carrément non-voyants. Quand ces victimes seront-elles rétablies dans leur dignité ?

Une année plus tard, le Ftdes avait, déjà, engagé une commission d’enquête et d’investigation sur les évènements de Siliana qui a fini par imputer l’entière responsabilité au gouvernement de la Troïka. Accusé d’avoir donné un tel ordre à ses agents, le nahdhaoui Ali Laârayadh, alors ministre de l’Intérieur, a été pointé du doigt. En guise de recommandations issues de ladite commission, l’on peut citer le dédommagement des victimes, l’identification des coupables et la création de projets de développement au profit de la région. Six ans déjà, ces demandes n’ont pas été suivies d’effet. De son côté, l’IVD (Instance vérité et dignité) avait, elle aussi, procédé à des investigations, des études balistiques et des visites sur terrain, tout en auditionnant des victimes de la chevrotine. Mais, rien de nouveau, jusque-là. L’affaire fait encore du surplace. Seule l’histoire gardera, certainement, ce drame en mémoire. Justice transitionnelle, dites-vous !

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