Bien qu’une très bonne saison se profile à l’horizon, les problèmes perdurent à l’instar du manque de main-d’œuvre et des conditions socioéconomiques difficiles des ouvriers et des ouvrières agricoles.

L’oléiculture est l’un des secteurs stratégiques de l’économie tunisienne en raison de sa dimension socioéconomique. En effet, le secteur, qui emploie de très nombreuses familles d’une façon permanente ou occasionnelle, a des effets positifs sur d’autres domaines productifs et rapporte chaque année des devises de ses ventes à l’étranger où notre huile est très appréciée, vu son excellent goût, son absence d’acidité et sa couleur d’or.

Outre les régions de Sfax et du Sahel, le gouvernorat de Kairouan compte environ 9 millions de pieds d’oliviers dont 6 millions en pleine production. Cet arbre cité par le Coran et béni par toutes les religions monothéistes constitue la base de l’arboriculture.

En fait, l’importance de l’olivier pour le Kairouanais est d’ordre social, affectif et culturel avec l’organisation annuelle de festivals en l’honneur de cet arbre menée par les fellahs.

C’est également un bon fixateur du sol et on apprécie ses huiles aux bienfaits nutritifs indéniables, notamment auprès des insuffisants hépatiques, des hypertendus et des insuffisants rénaux.

Les délégations les plus productrices sont Bouhajla, Chebika, Nasrallah, Hajeb, El Ala et Haffouz. Elles sont célèbres pour la qualité irréprochable de leur huile d’olive avec un taux d’acidité très bas ne dépassant pas 0,3 degré. D’où la forte demande des consommateurs au niveau local, régional et national.

Démarrage de la campagne oléicole

Le coup d’envoi de la campagne de cueillette des olives a été donnée, au début du mois de novembre par le gouverneur de Kairouan, Mohamed Bourguiba. Et la récolte d’olives est estimée, cette saison, à 180.000 tonnes (contre 82.000 l’année dernière et 128.000 en 2017-2018., soit l’équivalent de 35.000 tonnes d’huile de plus). Des mesures ont été prises afin de garantir les meilleures conditions de cueillette qui devra durer jusqu’au mois de mars 2020. Ainsi, l’on a sensibilisé les fellahs quant à la question de la bonne méthode de cueillette afin qu’ils évitent le gaulage et utilisent des caisses pour le transport des olives et non des sacs en plastique.

En outre, l’on a décidé de faciliter le déplacement des ouvriers qualifiés et de contrôler convenablement tous les souks d’olives tout en luttant contre la présence nuisible des étourneaux.

Outre la valorisation du grignon (fitoura) pour les utilisations fourragères ou la production d’engrais, l’intensification du contrôle sécuritaire pour réduire les vols, un plan de gestion de la margine a été mis en place et des propositions ont été formulées pour créer de nouveaux dépôts et chercher des solutions pour le traitement de la margine.

Notons que le gouvernorat de Kairouan dispose de 145 hectares dont la plupart sont équipées de chaînes continues.

Des problèmes malgré tout

Face à cette bonne production record qui s’annonce, les producteurs et les transformateurs se font beaucoup de soucis, d’une part à cause de la chute des prix en raison d’une offre abondante et d’autre part à cause de la pénurie de la main-d’œuvre, et ce, malgré l’augmentation du salaire journalier des ouvriers (de 20 à 30 D la journée), sachant que la plupart de ces derniers sont des femmes. Ces difficultés suscitent beaucoup d’interrogations sur les vrais mobiles de l’incapacité des responsables à tous les niveaux à gérer la surabondance dans le secteur agricole.

Une ambiance de fête

Dans la plupart des délégations du gouvernorat de Kairouan, on peut remarquer ces jours-ci beaucoup de remue-ménage et une activité fébrile : des femmes ayant pris position sous les pieds d’oliviers procèdent à la cueillette à l’aide de cornes naturelles pour éviter le plus possible la chute des feuilles de l’ombre. Des hommes font le même travail sur des échelles, le tout agrémenté par des chansons traditionnelles, des youyous de joie et l’odeur du thé noir, dénotant le bonheur des uns et des autres.

Après la cueillette, on dépose les olives dans des caisses aérées et permettant la filtration des éventuels résidus et on les achemine vers les unités de transformation. Et chaque agriculteur kairaounais consacre une petit partie de sa production pour extraire l’huile «ennoudhouh», très prisée pour ses vertus curatives. Ayant un goût un peu piquant, cette huile est extraite manuellement sans l’aide de presse, ni de centrifugeuse

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