Il s’agit de l’un des pires accidents de l’histoire de la Tunisie. Selon un bilan toujours provisoire, 26 jeunes ont péri dans le renversement, dimanche dernier, de leur bus et sa chute dans un oued ( délégation de Amdoun, gouvernorat de Béja). Un drame de la route qui soulève de nouveau les manquements dont souffrent le réseau routier et le système hospitalier tunisiens

Un accident dramatique, dimanche 1er décembre, dans cette région intérieure du pays, qui a provoqué un état de choc chez l’opinion publique et déclenché un malaise social et un sentiment d’angoisse et de tristesse généralisé. Le bus, transportant 43 personnes, qui assurait une excursion  entre Tunis et la région montagneuse d’Aïn Draham, a chuté dans un ravin, tuant en effet 26 personnes et en blessant 18 autres, selon un nouveau bilan délivré par le ministère de la Santé. Toutes les victimes sont âgées entre 17 et 30 ans, et sont originaires en majorité des gouvernorats du Grand Tunis.

Les 18 blessés de l’accident de Aïn Snoussi à Béja, survenu dimanche, sont dans un état stationnaire et deux d’entre eux devaient quitter, hier (lundi) l’hôpital, selon des sources auprès du ministère de la Santé.  Dans une déclaration à l’agence TAP, Chokri Nafti, chargé de l’information au ministère de la Santé, a souligné que les blessés sont actuellement sous assistance médicale dans différents hôpitaux de la République dont l’hôpital Charles Nicolle, La Rabta, le Centre de traumatologie et des grands brûlés de Ben Arous et l’hôpital El Kassab à la Manouba. «Les services concernés à l’hôpital Charles Nicolle ont commencé dimanche soir à délivrer les dépouilles aux familles des défunts après la réalisation des rapports du médecin légiste et l’identification des identités», a-t-il ajouté.

Le directeur régional de la Protection civile de Jendouba a indiqué que la cause de l’accident était due à une perte du contrôle du bus de la part du chauffeur à l’approche du dangereux virage au niveau d’Aïn Snoussi à Amdoun, précisant au passage que le bus avait fait au moins quatre tonneaux avant d’arriver dans le ravin. Même son de cloche chez le ministre de l’Equipement, Noureddine Selmi, qui est revenu, hier, dans des déclarations médiatiques, sur les causes de l’accident affirmant que selon les premières données, «l’excès de vitesse et l’état du bus sont à l’origine du drame». Mais il a également évoqué une panne au niveau du système de freinage. D’après ses dires, une seule roue a répondu au système du freinage alors que le bus était engagé dans un virage et sur une pente raide.

Ce même ministre n’a pas nié le fait que l’infrastructure dans ces régions est défaillante, et de reconnaître que le virage où a eu lieu le drame est connu pour être un point noir. «Une étude pour la réalisation d’un pont au niveau de Aïn Snoussi, délégation de Amdoun, d’un coût de 200 millions de dinars sera entamée, immédiatement, suite à l’accident catastrophique de la route survenu dimanche», a-t-il encore affirmé.  Mais ces mesures tardives qui interviennent à l’issue de chaque drame national sont-elles à même de résoudre les problèmes ? N’était-il pas nécessaire d’agir plutôt que de réagir pour éviter un tel drame ?  En tout cas, le réseau routier en Tunisie souffre de nombreux manquements et d’une défaillance de son infrastructure nécessitant toute une stratégie nationale pour l’entretenir, l’améliorer et prévenir de nouveaux accidents mortels.

La situation hospitalière pointée du doigt

Ce drame qui a coûté la vie à 26 jeunes à la fleur de l’âge dévoile également la fébrilité de l’infrastructure sanitaire et de la situation hospitalière non seulement dans le gouvernorat de Béja, mais dans tout le Nord-Ouest du pays, puisque la majorité des blessés de cet accident ont été transportés d’urgence aux hôpitaux de la capitale. Le constat a été fait même par le président de la République Kais Saied qui était en visite, avec le chef du gouvernement chargé d’expédier les affaires courantes, Youssef Chahed, à l’hôpital régional de Béja. Indigné, le chef de l’Etat a sévèrement critiqué le manque d’équipements dans cet hôpital qui ne dispose même pas d’un scanner.

Une situation défaillante qui a poussé l’hôpital en question à transporter certains cas dans des cliniques de Béja pour manque d’équipements.  A cet effet, la ministre de la Santé par intérim, Sonia Ben Cheikh, a déclaré que le scanner de l’hôpital de Béja, où les blessés de l’incident mortel d’Amdoun ont été transportés, a été endommagé il y a trois mois. Elle a confirmé que le ministère avait lancé une demande d’offres depuis avril dernier pour l’acquisition de 11 scanners qui seront distribués en décembre. L’hôpital de Béja sera doté de l’un d’eux, assure-t-elle.
En Tunisie, une forte inégalité entre les régions est enregistrée au niveau du système hospitalier. Qu’il s’agisse du manque d’équipements, de l’absence du cadre et staff médicaux ou de l’insécurité, du vol et du saccage de certaines structures, le secteur de la santé publique dans les régions intérieures du pays et parfois au cœur de la capitale peine à remédier à ses multiples maux et suscite de vives critiques. Parmi ces nombreux problèmes chroniques, on cite en effet l’accès inégal entre régions aux services sanitaires.

Le drame de Amdoun témoigne parfaitement de cette situation désolante, d’autant plus que si le Nord-Ouest disposait d’une seule structure hospitalière performante, des vies auraient été sauvées, et on n’aurait pas eu besoin de transporter ces blessés, dont deux ont perdu la vie en route vers l’hôpital, vers la capitale, Tunis. Mais qui blâmer ? Lorsque la responsabilité est partagée et lorsqu’il s’agit d’un lourd héritage de plusieurs décennies il est difficile de trouver l’origine du mal et le plus important, aujourd’hui,  est de se pencher sur la réforme de tout le système de la santé publique.

Absence de communication

Un manque de communication inadmissible a également marqué ce jour de drame qui a choqué tous les Tunisiens. En effet, les familles des victimes de cet accident, qui souffraient déjà d’une situation psychologique déplorable, ont été doublement sanctionnées. Jusqu’à la rédaction de ces lignes, aucune liste nominative officielle des blessés et des morts de ce drame n’a été publiée par le ministère de la Santé, d’autant plus que certaines familles des victimes étaient toujours à leur recherche. D’ailleurs, le jour du drame, d’innombrables appels à témoignages pour avoir plus d’informations sur les victimes ont envahi les réseaux sociaux. Des familles ont dû se déplacer de Tunis vers Béja pour chercher leurs enfants, qui étaient déjà transportés vers les hôpitaux de la capitale.

Une confusion et un manque d’information ont en effet aggravé davantage la situation, pourtant le centre des opérations stratégiques du ministère de la Santé avait activé un plan de gestion des crises en coopération avec la Protection civile, quelques heures après cet accident.

En tout cas, même si rien ne peut alléger la souffrance des familles des victimes et blessés de ce drame national, elles auront, selon l’affirmation des autorités, accès à des indemnisations financières, d’autant plus que l’agence de voyages en question et le bus emprunté sont en situation régulière.

 

(crédit photo : Abdelfatah BELAÏD)

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