Grâce à son rang de deuxième producteur de composants de véhicules en Afrique, le secteur automobile est l’un des secteurs fournisseurs de revenus en devises pour la Tunisie. Toutefois, même si les opportunités abondent dans le pays, la filière nécessite des améliorations tant au niveau des conditions d’exploitation que de la main-d’œuvre qualifiée.


En Tunisie, l’industrie automobile constitue une activité économique importante, amenée à se développer de manière croissante au cours des prochaines années, et ce, malgré un contexte économique difficile marqué par l’absence de reprise conjoncturelle, des taux d’intérêt faibles et un chômage élevé. Tel est le constat d’une étude réalisée en 2018 par le Centre d’études et de prospectives industrielles (Cepi), en collaboration avec l’Agence de promotion de l’industrie et de l’innovation (Apii), sur «La branche des composants automobiles en Tunisie».

Une industrie prospère
L’étude indique que le marché national offre des perspectives de développement soutenu : le parc automobile y est en mutation, l’âge moyen est en baisse et les ventes de véhicules neufs ne cessent de croître depuis quelques années, grâce à une demande soutenue des classes moyennes, une concurrence accrue entre industriels bénéfique aux consommateurs sur un marché essentiellement guidé par le prix et le développement du crédit à la consommation.

L’étude souligne, également, que l’industrie automobile est potentiellement créatrice d’emplois et de valeur ajoutée. La Tunisie gagne à investir dans l’attraction des constructeurs, des équipementiers et des autres fournisseurs du secteur auto. Certes, la proximité géographique de la Tunisie, les coûts et le niveau d’instruction de la population active sont des atouts pour le site tunisien, mais le pays devrait améliorer son avantage concurrentiel clé par la disponibilité de main-d’œuvre qualifiée, en particulier d’ingénieurs en équipement automobile ou en électronique, faire avancer le projet de port en eau profonde, avec un ample espace pour le rangement de voitures, la mise en place d’une zone franche pour le secteur de l’équipement automobile, à proximité du nouveau port en eau profonde, ayant des procédures douanières spéciales permettant de réduire des délais d’expédition vers l’Europe.

D’un autre côté, l’étude indique que les entreprises des composants automobiles ont un bon niveau technologique et une maîtrise des processus de fabrication et de la logistique, mais il existe un décalage entre les grandes et petites entreprises. La certification est répandue le plus dans les grandes unités. La certification des entreprises des composants automobiles a connu une évolution appréciable, de 20 entreprises certifiées en 1999 à 148 en 2016 pour un total de 255 entreprises. A noter que l’ISO 9001 et 14001 sont les certifications les plus généralisées. L’ISO TS 16949 spécifique au secteur automobile est, elle aussi, de plus en plus acquise par ces entreprises.

Quid de la balance commerciale ?
Le taux de couverture des importations par les exportations est positif et évolue de manière constante. Il passe de 189% en 2010 à 253% en 2016. La valeur des importations a évolué entre 2010 et 2016, passant de 1.303 MDT à 1.799 MDT, soit un taux de croissance annuel moyen (Tcam) de 5.3%. Le secteur d’activité relatif aux composants mécaniques pour automobiles est celui dont les importations sont les plus importantes, atteignant 906 MDT en 2016, représentant 50% des importations totales de la branche des composants automobiles, soit un Tcam de 7,3%.

Les importations du secteur d’activité «Fils, câbles et faisceaux de câbles» sont passées de 518 MDT en 2010 à 702 MDT en 2016, enregistrant de ce fait un Tcam positif de 3,27%. La part des importations de ce secteur est de 44% en 2010, soit une baisse de 5% par rapport à 2016. Quant aux importations du secteur d’appareils et dispositifs électriques d’allumage, de démarrage et de signalisation pour matériel roulant, elles sont passées de 85MDT en 2010 à 102 MDT en 2016 (soit 6% du total des importations de la branche). Ce secteur enregistre un Tcam de 3%. Les importations des accumulateurs sont en régression passant de 32 MDT en 2010 à 1MDT en 2016, soit un Tcam négatif de -42.57%. Elles concernent la consommation nationale essentiellement et représentent 0,06% du montant total des importations. L’importation des sièges automobiles est en régression, passant de 1.9 MDT en 2010 à 0.87 MDT en 2016, soit un Tcam négatif de -13,64%. L’importation de pneumatique neufs, en caoutchouc a presque triplé passant de 27.4 MDT en 2010 à 78.8 MDT en 2016.

Concernant les exportations des composants automobiles, elles ont augmenté de manière très significative entre 2010 et 2016 avec un Tcam positif de 10,74%, passant de 2.460 MDT à 4.547 MDT, soit le double. C’est toujours la branche des «Fils, câbles et faisceaux de câbles» qui arrive en tête des secteurs exportateurs. La valeur des exportations a progressé entre 2010 et 2016, passant de 1.850 MDT à 3.348 MDT. Le Tcam sur la période est positif de 10,35%. La part dans les exportations totales de la branche est de 74%. Les composants mécaniques enregistrent la même tendance que la branche citée auparavant, à savoir une hausse des exportations entre 2010 et 2016, passant de 427 MDT à 1.072MDT. Le Tcam est de 16,5%. La part de ce secteur représente 24% des exportations totales de la branche en 2016. C’est l’exportation des aimants et embrayages qui prend le plus d’ampleur dans la branche avec un Tcam positif de 43,07% entre 2010 et 2016. Elle a évolué de manière importante passant de 0.9 MDT en 2010 à 7MDT en 2016. Une chute des exportations des accumulateurs est marquée, oscillant entre 61 MDT en 2010 et 0.016 MDT en 2016. La même tendance est à noter pour le secteur des pneumatiques en caoutchouc avec une valeur d’exportation passant de 38 MDT à 4 MDT entre 2010 et 2016. Le Tcam est négatif à -30%.

Opportunités de développement
La position de la Tunisie dans le secteur du câblage et des faisceaux de câbles est compétitive à l’échelle mondiale. Les domaines connexes comme les commutateurs et connecteurs sont bien développés. On enregistre également une demande croissante pour la technologie de l’électricité. L’avenir est donc pour la voiture électrique avec notamment une utilisation accrue d’appareils électriques et les défis de câblage deviennent plus complexes.
Les systèmes électroniques contribuent aujourd’hui à plus de 90% des innovations et des nouvelles fonctionnalités des véhicules actuels. Cette innovation conduit les constructeurs automobiles à collaborer avec des fournisseurs non traditionnels, tels que des sociétés de logiciels (Apple, Google, Android). Les nouveaux produits à développer dans le futur sont la technologie avancée des câbles, les systèmes d’alimentation 48v, les moteurs électriques, les batteries pour véhicules électriques, l’éclairage, la mécatronique…

L’étude ajoute que plusieurs entreprises tunisiennes sont compétentes dans la production d’éléments de transmission des cardans, des arbres et des moteurs, dans les châssis, des systèmes de suspension, des systèmes de freinage, les composants de direction,… Mais le montage des véhicules en Tunisie n’a pas eu un grand essor. Cette activité est restée marginale au vu des quantités annuelles produites et peu développées. Il faut renforcer les entreprises locales en appuyant leurs activités d’exportation et en les aidant à augmenter leurs volumes de production. Il demeure aussi primordial d’attirer de nouveaux constructeurs de véhicules commerciaux et les véhicules de petite série ayant un potentiel de production à grande échelle.
Dans l’ensemble, l’histoire industrielle et l’expertise dans l’équipement automobile nous mènent à conclure que ce segment a un potentiel intéressant pour développer davantage ses produits, en présence de nouveaux fournisseurs étrangers. Et il est recommandé actuellement la mise en place d’un cluster pour accélérer son développement.

Mettre en exergue les potentialités existantes…
Pour conclure, l’étude indique que l’industrie automobile constitue l’un des piliers de l’industrie tunisienne en termes d’emploi et de contribution aux exportations. Elle est considérée comme l’un des secteurs prioritaires et bénéficie de plusieurs avantages dans le cadre de la nouvelle loi d’investissement. La position géographique stratégique de la Tunisie et le développement d’avantages comparatifs importants dans cette industrie ainsi que l’engagement dans un processus continu d’amélioration de la compétitivité et du climat des affaires permettent au pays de se repositionner sur des activités à forte valeur ajoutée. De ce fait, il s’avère nécessaire d’accroître les activités industrielles en volume et d’en faire une montée en gamme.

Cela passe par une offre territoriale bien structurée tout au long de la chaîne de valeur. La Tunisie dispose, également, d’un potentiel de ressources humaines compétitives et novatrices, permettant l’implantation de sociétés innovantes complémentaires aux activités existantes. Ce qui justifie son classement au 46e rang parmi le top 50 des pays les plus innovants au monde, selon «Bloomberg Innovation Index 2016». De plus, les accords de partenariat avec l’Europe, le Maghreb, l’Afrique et le monde arabe renforcent et multiplient les opportunités pour investir en Tunisie. A cet égard, une campagne promotionnelle de site tunisien demeure nécessaire pour mettre en exergue les potentialités existantes du secteur des composants auto en Tunisie, afin d’illustrer les opportunités et les avantages réels qu’offre le site Tunisie aux investisseurs potentiels. Ainsi, les analystes sont plutôt confiants à l’avenir du secteur automobile en Tunisie malgré les quelques défaillances de cette filière. Mais tout dépend de la possibilité de l’Etat à mettre en place un vrai plan d’action pour la promotion de ce secteur. Si les constructeurs trouvent un terrain favorable à leur exploitation, ils s’implanteront.

Charger plus d'articles
Charger plus par Meriem KHDIMALLAH
Charger plus dans Supplément Economique

Laisser un commentaire