A Gaza, le festival de cinéma «Tapis Rouge» a démarré par une projection dans la rue, alors que l’accès à une salle de cinéma a été refusé à la dernière minute.


Tapis rouge, flashes et «vedettes» étrangères… A Gaza, les salles de cinéma sont fermées depuis trois décennies. Mais dans cette enclave palestinienne sous blocus israélien et dirigée par le Hamas islamiste, de rares projections dans les rues viennent réchauffer le cœur des cinéphiles.
A l’ouverture du festival local de films sur les droits humains, les amateurs de cinéma pensaient qu’ils allaient assister à la projection prévue dans la salle Amer, abandonnée depuis une trentaine d’années. Mais la séance a été déplacée à la dernière minute dans une rue à l’arrière du cinéma.

«Je suis humain»
Le directeur de ce festival baptisé Tapis rouge, Muntaser al-Sabaa, dit avoir été prévenu à la dernière minute par les propriétaires du cinéma Amer qu’ils ne pouvaient pas utiliser la salle. «D’un seul coup, on nous dit : “nous sommes désolés, mais la situation est dangereuse”. Ils nous ont dit qu’ils avaient peur», explique-t-il. «C’est incompréhensible. Nous ne savons pas qui a dit à notre partenaire de faire barrage au permis pour ouvrir la salle», a ajouté Muntaser al-Sabaa. Il assure avoir obtenu au préalable l’autorisation pour ouvrir la salle pendant une semaine complète, ce qui aurait été une première depuis la fin des années 1980.
Le festival des films sur les droits de l’Homme, qui a choisi cette année pour slogan «Je suis humain», doit présenter au cours de la prochaine semaine environ 45 documentaires. Il est en partie financé par l’Autorité palestinienne, établie en Cisjordanie et dominée par le mouvement Fatah, rival du Hamas.

Un lieu symbolique
«Nous avions choisi le cinéma Amer car c’est un lieu symboliquement fort et que cela envoyait le message qu’il y a encore des cinémas à Gaza et que les gens ont le droit d’en profiter», souligne Muntaser Al-Sabaa. Mercredi soir, le 4 décembre, les quelque 200 spectateurs n’ont pas boudé leur plaisir malgré le déplacement illico de la séance hors de la salle Amer. Titre du documentaire : Gaza. Un film réalisé par les Irlandais Andrew McConnell et Garry Keane qui raconte sur plusieurs années le quotidien des Gazaouis et qui a été salué par la critique.
Certains rêvaient d’une soirée dans une salle de cinéma : «Je suis venu voir le film avec mon épouse et ma fille. J’espérais voir le film d’ouverture à l’intérieur. Lorsque nous allons en Egypte, nous allons toujours voir des films au cinéma. Il y a une touche particulière à voir un film dans une salle», note Fathi Omar. «Je suis heureuse mais j’aurais été encore plus heureuse si j’avais pu voir le film à l’intérieur», souligne Dania Ziara, une actrice et metteuse en scène palestinienne. «Dans la rue, c’est vraiment très bruyant».

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