Nos enfants fument de plus en plus jeunes. Ils imitent en cela leurs parents ou l’entourage ou les deux à la fois. La propagation du tabagisme est alarmante. Elle touche toutes les catégories sociales et d’âges. D’ailleurs, on estime, aujourd’hui, que 23.5 % des Tunisiens sont fumeurs. Parmi cette population on compte 45 % d’hommes et 3 %de femmes. Il y a, aussi, 20 % d’adolescents. À côté de ce fléau, il en est venu s’ajouter d’autres comme la consommation des drogues qui a envahi le milieu scolaire.


Nos jeunes sont, donc, menacés de tous les côtés de façon que les parents se sentent de plus en plus démunis face à la propagation continue du tabagisme et de la toxicomanie. On assiste, alors, à l’extension du tabagisme aux couches les plus vulnérables de nos enfants. Ce n’est plus, seulement, dans les collèges et lycées qu’on relève ce mal, mais, également, dans les écoles. L’exemple est donné par des rôdeurs (anciens élèves ou délinquants) qui abordent les écoliers pour les entraîner dans ces mauvaises pentes. Il y a, d’autre part, la très grande facilité pour ces enfants de se procurer des cigarettes. En effet, n’importe qui peut acheter des cigarettes dans un débit ou chez les «hammassas». Pis encore, certains parents donnent le mauvais exemple à leurs enfants en les envoyant leur acheter des cigarettes. Ceci sans parler de ceux qui fument, normalement chez eux et devant leurs enfants.

De ce fait, l’acte de fumer est banalisé. Les mesures de protection contre ce fléau sont insignifiantes. L’interdiction imposée dans certains espaces a fait long feu. Il n’y a pas de respect des espaces non-fumeurs. Les espaces publics sont livrés à eux-mêmes. En somme, les moyens pour appliquer de nombreux textes de lois limitant ou interdisant l’usage du tabac dans les espaces communs demeurent inefficaces.

La sensibilisation n’a pas dépassé le cap des bonnes intentions. L’adhésion populaire n’est pas, encore, acquise. Bien plus, le fumeur n’a pas trop conscience de son geste. Pour lui, il n’y a rien de plus normal.

L’école peine à trouver sa place dans un contexte marqué par des contradictions et des carences. La tâche de prévention et de sensibilisation dont on veut la charger est trop lourde. Les programmes scolaires officiels ne sont pas conçus de manière à permettre cette action.

Par ailleurs, les activités parascolaires sont absentes ou, dans le meilleur des cas, insuffisantes. Certes, il existe des structures au sein des établissements scolaires pour procurer aux élèves des opportunités de rencontres et d’échanges dans le cadre de clubs. En matière de lutte anti-tabac, ce sont, généralement, les clubs de santé qui se chargent d’organiser des campagnes en vue d’expliquer aux élèves les méfaits du tabagisme ou des drogues.

Mais là, on peut se demander si les programmes d’animation proposés dans ces espaces ont cette capacité de parvenir à convaincre les participants aux activités de ces clubs. Et ces derniers ont-ils suffisamment de crédibilité auprès des élèves ?

Il n’est pas étonnant de voir des collégiens sortir de leur établissement la cigarette à la bouche comme pour défier l’autorité. Ce type d’élèves ne fait qu’inciter les autres camarades à en faire de même. Et, c’est, justement, le but de ces quasi-délinquants. L’absence totale de personnels aux environs de l’établissement scolaire encourage ces comportements. De plus, ces mêmes agents ne disposent plus de l’autorité morale ou administrative pour agir. N’importe quelle intervention de la part d’un surveillant ou de n’importe quelle autre partie pourrait prendre des tournures inattendues. C’est pourquoi il existe cette grande indifférence de la part des uns ou des autres. Personne n’a les moyens lui permettant de jouer le rôle qu’il est censé jouer.

Dans nos établissements scolaires, aujourd’hui, chacun se limite au strict minimum. Et on peut comprendre cette attitude quand on se remémore les nombreuses affaires survenues en milieu scolaire et les conflits avec les parents concernant l’application du règlement scolaire ou le rappel de la discipline dont doit se prévaloir chaque scolarisé.

Pour tout dire, la lutte contre le tabagisme  en milieu scolaire n’est pas une sinécure. Elle n’est pas, uniquement, du ressort de l’École ou des parents. Beaucoup d’actions seraient envisageables dans cette voie. Il y a, bien sûr, l’aspect législatif qu’il faudrait prendre en compte. Mais il y a, également, d’autres dispositions plus terre à terre. L’implication des jeunes dans des occupations plus motivantes et plus intéressantes serait l’une des solutions à imaginer. Le fonctionnement actuel des clubs scolaires serait, lui aussi, à revoir. Il faudrait penser à multiplier les activités parascolaires (sportives, de divertissement, de compétition,d’excursions…). En effet, c’est l’oisiveté qui mène, souvent, aux dérives ou à la délinquance.

On estime, à ce propos, que 77.6% des scolarisés touchés par le fléau de la drogue, par exemple, ne se sont jamais adonnés à une activité parascolaire. D’ailleurs, la population scolaire victime de la drogue se situerait autour de 9.2%.

Ceci, si on n’ajoute pas l’alcool. Sur ce point, il y aurait lieu de mener plus d’une enquête.

Ainsi dans le cadre de la surveillance épidémiologique de l’usage de drogues et de la toxicomanie chez les adolescents scolarisés âgés de 15 à 17 ans, deux enquêtes épidémiologiques nationales ont été réalisées en 2013 et 2017.

Les résultats de ces deux enquêtes ont souligné d’une part une augmentation considérable de la consommation du tabac et de l’alcool, et d’autre part une augmentation de la consommation des substances psycho-actives.

Une autre enquête menée en 2017, a révélé que près d’un tiers des adolescents scolarisés âgés de 15 à 17 ans, soit 31% des lycéens, ont déclaré avoir consommé au moins une drogue autre que le tabac et l’alcool, au moins une fois durant leur vie.

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