Deux cimetières sur trois sont dans un piteux état.Messieurs les maires, ayez pitié de nos morts, sauvez leurs dernières demeures…

Aller aujourd’hui dans un cimetière c’est attraper un malaise. C’est subir, la mort dans l’âme, des moments de désarroi au lieu d’instants de recueillement. C’est que le constat est amer, affligeant  : deux cimetières sur trois que compte le pays sont devenus dans un piteux état. En effet, les tombes sont difficiles à identifier, à localiser, tellement les herbes sauvages sont envahissantes.

Une… petite forêt, quoi ! Les allées, parlons-en. Elles sont si impraticables pour la circulation des visiteurs qu’à la première pluie, elles se transforment en bourbiers, outre leur étroitesse  et les saletés qui en jonchent le sol. En été, c’est pire avec l’invasion des moustiques qui y font leurs nids et l’apparition, de temps à autre, d’un… serpent assoiffé venu menacer les rongeurs qui y pullulent!

Quand Bacchus s’invite

Dans certains cimetières, il n’est plus rare de voir… Bacchus s’inviter puisque des bandes de délinquants alcooliques, et sans foi ni loi viennent souvent s’y défouler à leur manière, aidés en cela par le calme du lieu et son inaccessibilité par les badauds et les policiers. Même son de cloche pour les soulards dits  «lève-tôt», ceux-là même qui s’y amènent aux premières heures de la matinée pour s’adonner à leur inchangeable bacchanale de l’aube! Et le gardien du temple! Eh bien, s’il n’est pas aux abonnés absents, il a d’autres chats à fouetter. Et, faute de contrôle de la part de ses employeurs (comprenez la municipalité), il semble s’y complaire. Quant aux cortèges funèbres, le rythme est quasiment au surbooking, la plupart des cérémonies d’enterrement se déroulant souvent dans le désordre total. La bousculade est reine, et tant pis pour ceux qui ne savent pas jouer des coudes. Dans certains cas, les familles et amis du défunt venus pour les obsèques éprouvent de la peine pour «dénicher» leur cortège !

Constat d’échec ?

Pour en avoir le cœur net, nous avons contacté des municipalités du Grand-Tunis. Il en résulte un constat d’échec. En effet, si nos sources reconnaissent, dans un aveu mi-voilé, que «les abus ne manquent pas», et qu’«on fait de notre mieux pour les éradiquer progressivement», elles évoquent, en revanche, à l’unisson, «un cas de force majeure» qu’elles imputent à «la saturation de nos cimetières dont le nombre réduit ne répond plus aux besoins d’une nation de plus en plus surpeuplée». Et, ma foi, il y a du vrai dans cet argument qui met sur la table le dilemme entre l’offre et la demande. Autrement dit, il est clair que la Tunisie manque aujourd’hui de cimetières. Oui, mais, en attendant que leur nombre se corse, il est inadmissible qu’ils demeurent si délaissés et manifestement abandonnés de la sorte. Allo, messieurs les maires, ayez pitié de nos morts, déterrez leurs tombes, sauvez leurs dernières demeures…

Mohssen ZRIBI

Cimetière le Djellez de Tunis – Crédit Photo: © Chekib Bach-Hamba
Cimetière le Djellez de Tunis – Crédit Photo: © Chekib Bach-Hamba
Cimetière le Djellez de Tunis – Crédit Photo: © Chekib Bach-Hamba
Cimetière le Djellez de Tunis – Crédit Photo: © Chekib Bach-Hamba

 

Mohsen ZRIBI

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