La défaite essuyée, mardi 10 décembre, par Ennahdha au palais du Bardo en voyant les députés rejeter sa proposition relative à la création du fonds de la zakat et en l’obligeant aussi à retirer son initiative concernant l’activation du fonds Al Karama pour l’indemnisation des victimes de la dictature constitue-t-elle un message fort et chargé de signification adressé aussi bien au parti nahdhaoui, vainqueur des législatives, qu’à Habib Jemli, le chef du gouvernement désigné par le même parti, en vue de la formation du prochain gouvernement ?

En d’autres termes, comment Ennahdha va-t-il saisir le message que véhicule le vote intervenu mardi dernier à l’hémicycle et quelles en seront les retombées sur le processus mis jusqu’ici en œuvre par Habib Jemli, sous la supervision discrète de Rached Ghannouchi, pour la constitution de son équipe ministérielle ?

Et pour être plus clair, faut-il comprendre que le score assez décevant concernant la proposition de création d’un fonds de la zakat (74 votants sur un total de 184) va-t-il obliger Habib Jemli et les ténors nahdhaouis qui orchestrent les consultations interminables de Dar Dhiafa à revoir leur stratégie de négociation en vue de la formation du prochain gouvernement en acceptant et en reconnaissant qu’ils n’ont pas d’autre choix s’ils veulent réussir que d’amadouer et de séduire le parti Qalb Tounès et ses 38 voix dont Ennahdha aura besoin au cours des cinq prochaines années (au cas où le Parlement actuel aurait à parachever son mandat législatif issu des élections du 6 octobre dernier), sans oublier les 14 voix de Tahya Tounès et les 15 députés constituant le bloc parlementaire «la réforme nationale» présidé par le député Hassouna Nasfi ?

Et si certaines voix se sont élevées pour affirmer qu’Ennahdha a subi une défaite cinglante et que le vote a montré clairement que beaucoup de travail l’attend au niveau du Parlement dans le but d’élargir l’assise la soutenant et adhérant à ses approches ou initiatives législatives même au cas où les parties en question ne prendraient pas part au prochain gouvernement, d’autres observateurs et analystes considèrent que le palais du Bardo a vécu, mardi dernier, un véritable exercice démocratique consacrant la volonté du peuple exprimée à travers le vote de ses élus qui ont dit leur mot, haut et fort, en toute liberté, conscience et responsabilité.

Et loin de semer le doute sur les intentions ou objectifs des auteurs de l’initiative sur le fonds de la zakat, d’accuser les députés ayant rejeté le projet de mécréance ou de déni de la religion islamique ou enfin d’adopter un comportement excessivement triomphaliste comme si le rejet du fonds de la zakat résolvait tous les problèmes des Tunisiens, l’heure n’a-t-elle pas sonné pour que la voix de la raison l’emporte sur celle de la sédition, des accusations gratuites et des agendas partisans ?

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