Beaucoup d’observateurs et d’analystes politiques ont pressenti les retombées le moins qu’on puisse dire inquiétantes des défaites essuyées par Ennahdha au Parlement lors de l’adoption de la loi de finances 2020 sur la vie intérieure du parti de Montplaisir, dans le sens du renforcement de l’esprit de fronde et de contestation des décisions du président du parti, d’une part, et dans le sens, d’autre part, du processus de formation du prochain gouvernement piloté par Habib Jemli, le chef du gouvernement désigné, sous la supervision discrète d’Ennahdha et les «bons conseils ou interventions de recadrement des négociations» produits à un rythme quasi quotidien par les différents leaders nahdhaouis.

Et ce qu’on disait à voix basse dans les coulisses ou entre amis ou alliés sûrs est désormais divulgué et à la portée de tout un chacun.
Ainsi, Ennahdha et son poulain, Habib Jemli, se sont-ils trouvés dans l’obligation, en dépit des déclarations faussement optimistes sur l’imminence de la révélation de la nouvelle équipe gouvernementale, de reconnaître que le processus de négociations entamé depuis le 15 novembre a officiellement vécu et que le chef du gouvernement désigné a besoin de recourir «au deuxième mois constitutionnel» que lui accorde la Constitution afin de former son gouvernement et solliciter la confiance des députés.

Autrement dit et pour plus de clarté, Ennahdha est revenu à la case départ en reprenant le dialogue, la concertation, les propositions et en prenant compte des revendications capricieuses de ses potentiels alliés dans le but de parvenir, cette fois, à une éventuelle solution consensuelle qui éviterait au pays, au parti nahdhaoui et à ces mêmes parties le spectre «du gouvernement du président», voire celui de l’organisation de législatives anticipées dont personne ne veut pour le moment, les uns et les autres étant convaincus qu’ils y laisseront des plumes, pour ne pas dire qu’un tel rendez-vous sonnera peut-être leur faillite définitive.

Faut-il observer qu’Ennahdha, en sa qualité de parti conduisant l’ensemble du processus engageant l’avenir du pays se trouve dans une situation assez particulière dans la mesure où le vent de la division y souffle de plus en plus fort et les discours contestataires s’y développent, désormais, à découvert, au point que toutes les lignes rouges ont été franchies y compris la mise en cause, par l’un des chefs de la faction contestataire, en l’occurrence Abdellatif Mekki, de la légitimité de la position qu’assume Rached Ghannouchi en tant que président du parti.

Et même certaines parties, principalement nahdhaouies, considèrent qu’il s’agit d’un débat démocratique qui traverse tous les partis politiques, en particulier ceux se trouvant dans la situation actuelle d’Ennahdha, l’on est en droit de s’interroger : la solidité des rangs nahdhaouis, la discipline partisane qui y règne et les intérêts et ambitions personnelles peuvent-ils résister indéfiniment à l’implosion qui guette le parti, où règnent crise et sédition ?

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