Les problèmes économiques de notre pays sont à tous les niveaux. Ils peuvent être soit structurels soit conjoncturels. C’est sur ce dernier point qu’il faudra, peut-être, s’interroger. Bien sûr, tout ce qui est structurel, comme la restructuration de certains secteurs productifs, la relance
de l’économie, etc. ne peut ne pas requérir l’intérêt. Toutefois, ce qui est conjoncturel peut avoir des répercussions non négligeables sur les équilibres stratégiques de notre économie. D’ailleurs, ce qui se passe à nos frontières, et plus précisément du côté de la frontière libyenne, a de quoi retenir l’attention.


Le conflit ouvert qui ne semble pas finir en Libye est une véritable menace pour la Tunisie. La sécurité de ce pays voisin est strictement liée à notre sécurité. Tout ce qui s’y passe doit nous inciter à nous préparer à toute éventualité y compris un scénario catastrophe. Les événements de 2011 sont encore dans nos mémoires. On se rappelle l’afflux massif de réfugiés suite aux troubles qui ont résulté de la chute de l’ancien pouvoir libyen.

Afflux de réfugiés
Ce qui pourrait se passer, aujourd’hui, risque d’être encore plus grave. Car il s’agit d’une véritable guerre entre deux fronts. Le tout est alimenté par des interférences étrangères évidentes. Si, en 2011, l’arrivée, massive de déplacés à nos frontières, a enregistré la migration d’une population importante, l’évolution actuelle des événements n’augure rien de bon. Les chiffres connus parlaient alors de près de 100.000 familles libyennes qui se sont installées pendant plusieurs mois chez nous en attendant que les choses se décantent dans leur pays.
On estime que ces réfugiés représentaient pas moins d’un demi-million de personnes. On pense même que ce chiffre pouvait dépasser le million si on compte les autres refugiés de différentes nationalités qui fuyaient les violences. On n’avait même pas hésité à parler d’un million et demi, voire 2 millions au plus fort des événements de 2011. De ce fait, notre pays s’est transformé, depuis, en un pays d’asile pour des centaines d’étrangers qui vivent encore dans le camp de « Choucha » au Sud du pays.

Le risque que de tels événements se répètent n’est pas à exclure. D’où la nécessité de se demander si les autorités ont pris au sérieux de tels risques et si des plans appropriés ont été élaborés pour affronter la situation. Aussi, la question de prendre les précautions qui s’imposent devant une telle hypothèse se repose-t-elle de nouveau.
Dans ce cas, il y a lieu de tenir compte, dans les paramètres à adopter, du nouveau profil des réfugiés possibles. Si, en 2011, on avait affaire à des familles assez aisées (puisque la Libye bénéficiait, encore, d’une conjoncture économique très favorable, malheureusement, ce n’est plus le cas, aujourd’hui. Les Libyens passent, en 2019, par une situation plus difficile que celle d’il y a 8 ans. La population libyenne connaît une paupérisation certaine. Donc, les futurs réfugiés ne seront plus nantis comme avant. Il est évident que les impacts économiques ne seront pas les mêmes.
L’Est libyen jouissait d’avantages existant entre les deux pays conclus depuis 1973 qui permettaient aux habitants des zones limitrophes de se déplacer en toute liberté des deux côtés de la frontière. Mais depuis le développement des risques sécuritaires la donne a changé. C’est ce qui pose de nombreuses questions liées à la contrebande et aux différents trafics (marchandises, armes, humains…).

Devoir de solidarité
Lors de la première vague de réfugiés, les Libyens pouvaient s’offrir les meilleures prestations et acquérir des biens dans les meilleurs endroits. L’apport économique n’était pas négligeable puisqu’on l’estime aux alentours de 2 milliards de dinars/an. Un vrai coup de fouet avait été donné aux hôtels, restaurants, cliniques et écoles privées… Ce qui a eu, revers de la médaille, des retombées sur le niveau de vie des Tunisiens. Les subventions dirigées vers les populations tunisiennes profitaient, aussi, à ces nouveaux consommateurs, qui, du coup représentaient environ 10 à 15% de la population totale au point qu’un responsable tunisien aurait demandé aux autorités libyennes d’intervenir pour diminuer le prix du pétrole vendu à la Tunisie. En effet, les carburants tunisiens sont subventionnés et les Libyens séjournant en Tunisie en profitaient largement. Sans parler des autres produits subventionnés comme les denrées alimentaires.
Les prix des loyers, de l’immobilier, de certaines marchandises et prestations se sont enflammés. Et, depuis, ces hausses continuent.

Que va-t-il se passer dans le cas où un autre vague de refugiés venait à s’installer chez nous ? Apparemment, ce problème ne semble pas inquiéter, outre mesure, nos responsables politiques. Ces derniers se querellent, encore, sur les postes ministériels et la place de leurs partis sur l’échiquier politique sans accorder la moindre place, dans leurs discours, à la question des éventuels réfugiés libyens.
Pourtant, les enjeux sont de taille. Il est question du pouvoir d’achat des Tunisiens, de changements de comportements face à la promiscuité, des incidences immédiates sur les divers indices économiques. En 2011, la réaction des Tunisiens a été, relativement, favorable. La solidarité a, certes, joué mais jusqu’à un certain degré. A l’époque, un sondage avait révélé que 90 % de la population tunisienne pensait que la crise en Libye avait des répercussions négatives sur notre économie.
Dans le cas où le conflit actuel venait à dégénérer (hypothèse très probable), la Tunisie pourrait courir un risque réel de voir affluer des milliers, voire des millions, de réfugiés sur le sol national. Un tel phénomène risque de déclencher un processus irréversible de faits et d’effets dont il sera difficile de se sortir.
C’est pourquoi il y aurait lieu de prévoir des scénarios catastrophes pour diminuer l’impact et diminuer les conséquences économiques d’un éventuel nouveau chaos en Libye.

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