Sans ministre de la Défense ni des Affaires étrangères, la partie tunisienne était-elle suffisamment aguerrie pour faire face à la délégation turque dans laquelle figurait le chef du « Millî İstihbarat Teşkilatı » (le service de renseignements turc) ? En quoi cette visite inopinée inquiète-t-elle ? La Tunisie servira-t-elle de base arrière pour la coalition anti-Haftar ou de médiateur dans cette crise?


Le président Recep Tayyip Erdogan vient d’effectuer une visite inopinée en Tunisie et s’est entretenu pour la première fois avec son homologue Kaïs Saïed. Accompagnée des ministres des Affaires étrangères et de la Défense nationale, respectivement Mevlut Cavusoglu et Hulusi Akar, ainsi que du chef des renseignements, Hakan Fidan, du directeur de la Communication de la présidence, Fahrettin Altun, et du porte-parole de la présidence, Ibrahim Kalin, la partie turque semble en quête d’un soutien concernant le dossier libyen et tente d’intervenir militairement sur les terres libyennes après avoir renforcé sa coopération avec le gouvernement reconnu de Faiez Essarraj dans sa lutte contre les forces du général Haftar.

Une visite sous haute tension marquée par le déséquilibre flagrant entre les deux délégations.
Celle de la partie turque avec la présence du ministre de la Défense et le chef du service du renseignements turc d’un côté, et celle de la partie tunisienne, novice en la matière et qui titube encore sous l’effet des discordes partisanes qui ont rendu impossible la composition d’un nouveau gouvernement.

Sans ministre de la Défense ni des Affaires étrangères, la partie tunisienne était-elle suffisamment aguerrie pour faire face à la délégation turque dans laquelle figurait le chef du « Millî İstihbarat Teşkilatı » (le service de renseignements turc) ? En quoi cette visite inopinée inquiète-t-elle ? La Tunisie servira-t-elle de base arrière pour la coalition anti-Haftar  ou de médiateur dans cette crise?

La présidence de la République a déjà mis fin à toutes les supputations et expliqué dans un communiqué publié que la Tunisie est un pays souverain et n’acceptera jamais de faire partie d’une quelconque alliance ou d’alignement.
Le président de la République est attaché à la souveraineté et l’indépendance du pays. Toute position annoncée n’allant pas dans ce sens n’engage que la partie qui est à l’origine de la déclaration, ajoute en substance le communiqué de la présidence.
La publication tardive de ce communiqué de la présidence comme ce fut aussi le cas pour le communiqué concernant l’arrivée du président turc a permis la diffusion à grande échelle des thèses les plus saugrenues autour de cette visite surprise.
Lors de son passage sur Mosaique Fm, l’expert en affaires libyennes, Rafaâ Tabib, a répondu à une grande partie des questions précitées. Selon lui, il s’agit d’une course contre la montre pour la partie turque qui a senti le danger venir après la fin de l’ultimatum  depuis le soir du mercredi. Les alliées du gouvernement reconnu d’Essarraj, à savoir la Turquie et le Qatar, tentent par tous les moyens de stopper l’offensive du maréchal Khalifa Haftar sur Tripoli, la capitale libyenne qui risque de tomber totalement aux mains des forces de ce dernier si les Turcs n’intervenaient pas militairement.

La longue frontière tuniso-libyenne inquiète et dérange car elle sert de passage pour des milliers de Libyens, de Tunisiens et d’autres nationalités.
Si le point frontalier de Ras Jedir est fermé c’est l’asphyxie économique pour les habitants du sud tunisien.
Aujourd’hui, la visite surprise du président turc vient rappeler que notre pays ne peut s’extirper de ce bourbier qu’en respectant le principe de la légalité internationale. Un principe qui est malheureusement mis à rude épreuve en raison de la complexité de la situation qui n’est pas sans conséquences directes sur les relations de la Tunisie avec d’autres pays arabes et même occidentaux.

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