«On la refait ! » était au départ une performance proposée à la coproduction à la deuxième édition de Carthage Dance, l’idée était de faire une réflexion sur le théâtre mais cette performance n’a pas cessé d’évoluer pour aboutir au travail qui a été présenté récement à El Hamra.


Mouna Ben Haj Zekri

Décidément, Essia Jaïbi est une artiste prolifique, elle se réinvente et se renouvelle avec chaque nouveau projet. Le théâtre semble, pour elle, un espace ludique, inventif et plein de ressources.
Bien qu’elle ne soit pas la première à tenter l’expérience d’abolir les personnages, de théâtraliser le théâtre sur la scène et de faire une introspection de cet univers complexe, Essia Jaïbi, avec la complicité de Majd Mastoura, apporte fraîcheur, humour et légèreté dans cette belle manière de raconter l’intime.

«On la refait !» était, au départ, une performance proposée à la coproduction à la deuxième édition de Carthage dance, l’idée était de faire une réflexion sur le théâtre mais cette performance n’a pas cessé d’évoluer pour aboutir au travail qui a été présenté samedi dernier à El Hamra.
Deux comédiens et une comédienne enfermés, coincés dans un théâtre, condamnés à répéter indéfiniment pour une pièce qui n’arrive pas à démarrer… jeux de mensonges et de vérités sur soi, le métier, le théâtre à coup d’introspection et de questionnement… pourquoi le théâtre ? Quel théâtre et pour qui ?

Mouîne Moumni

Mouîne Moumni, Talel Ayoub et Mouna Ben Haj Zekri travaillent chacun sur sa performance, il n’y a point de personnages, ils installent peu de relation entre eux. A chacun sa bulle qu’il partage à l’occasion avec les autres.
Parfois, c’est le visuel qui l’emporte, parfois, c’est le travail du corps, et parfois, c’est le texte. La trame de la pièce se construit autour de ces éléments. La voix off, elle-même, 4e protagoniste ramasse le tout et recadre l’ensemble.
Chacun des acteurs met à plat sa relation avec le théâtre, la souffrance, la passion, l’attachement, le bien-être, la découverte de soi… Viennent par la suite d’autres couches, ce qui fait évoluer le jeu et «on la refait», cette expression si familière dans le monde du théâtre, fixe les contours et l’énergie se diffuse dans ce lieu.

Talel Ayoub

Les comédiens racontent aussi ce que leur apporte le théâtre, et de leurs questionnements nous déduisons les réponses…si la réflexion sur le métier n’est pas une idée originale, elle reste une question récurrente qui définit l’essence même du travail. Mais l’équipe de «on la refait » apporte beaucoup… cet aspect magique et à la fois absurde de ce métier. Parmi les moments les plus pertinents reste la performance de Mouna Ben Haj Zekri, cette discussion entre ce qu’elle dit et sa voix intérieure. Son texte et ce qu’elle pense réellement, ce va-et-vient entre la scène et l’intime, entre l’exprimé et le non-exprimé. Remplir le vide, combler le trou, remplir le blanc et enchaîner sans savoir où l’on va. Le rythme, le ton, l’énergie circulent. Et l’on répète à l’infini tant que l’enfermement persiste. Un enfermement consentant dans le métier qu’ils ont choisi de faire.

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