Excepté quelques rares émissions valables, les chaînes de télévision connaissent une nette régression. Depuis quelques années, on assiste à un changement à 180° du paysage audiovisuel dont les télévisions qui portent aux nues les nuls, les incultes, les incompétents érigés en stars et idoles. Par contre, ceux qui sont intelligents, éclairés et cultivés sont mis à l’écart s’ils ne sont pas tout juste ridiculisés.

Homophobie, discrimination, violence, haine sont des sujets privilégiés de certaines chaînes tributaires du buzz qui, soi disant pour faire rire la galerie, se moquent des marginaux ou des plus faibles auxquels on n’offre pas les moyens de s’exprimer publiquement et de se défendre. Les sketchs d’«Idhak Maâna» sur Attessia ou encore ceux d’Oumour Jedia sur El Hiwar Ettounsi sont l’illustration du manque de respect des spectateurs.

Si les spectateurs adultes peuvent discerner entre ce qui est bon de ce qui est mauvais, de capter les informations pertinentes en faisant abstraction de celles indécentes, et ce, grâce à leurs aptitudes intellectuelles et leur esprit critique en ayant suffisamment de discernement pour construire leur propre opinion sur ce qui leur est présenté, cela n’est pas valable pour le jeune public. Il en ressort donc la nécessité de souligner l’impact que peut avoir ce genre d’émissions sur les jeunes.

La télévision n’est pas uniquement source de diffusion de l’information ou de divertissement des spectateurs,puisqu’il existe d’autres manières de s’informer, notamment à travers les réseaux sociaux plus réactifs aux événements, mais elle diffuse aussi des messages qui impactent notre vision des choses, notre langage, notre façon de nous comporter, d’agir et d’interagir avec les autres et contribuent grandement à notre développement, voire notre éducation.

Les chaînes télévisées influent grandement  sur la société, sur son éducation, ainsi que sur sa façon de consommer l’information. Cette influence se répercute plus particulièrement chez les jeunes. En effet, la capacité de celles-ci à créer de puissants référents imaginaires permet aux jeunes de partager les expériences culturelles avec les autres. Les mêmes émissions ou spots publicitaires proposés peuvent transmettre des valeurs  érigées en des leçons de vie aux enfants. Le traitement irresponsable des sujets délicats ou controversés peut déstabiliser les enfants et adolescents s’ils ne sont pas pris en charge par les parents appelés à engager des discussions avec eux. Il y a donc nécessité de prendre conscience et d’admettre que la télévision joue un rôle majeur dans l’éducation des enfants, dans la mesure où elle est présente dans notre quotidien, dans nos salons, mais aussi dans nos chambres à coucher et celles de nos enfants.

Pas de formule miracle
Depuis l’avènement de la Révolution, le choix du téléspectateur est devenu de plus en plus diversifié. En effet, avec la multiplication des chaînes privées, le téléspectateur a donc à sa disposition, en principe, une panoplie de choix d’émissions, mais qui sont, pour la plupart, ennuyeuses, répétitives et peu instructives. Le téléspectateur préfère se tourner vers d’autres chaînes arabes  ou occidentales pour bénéficier de programmes plus intéressants et attractifs. Ceci dit, le mois de Ramadan reste une aubaine, puisque le Tunisien se réconcilie avec ses chaînes de télévision pour revenir aux sources et suivre la production dramatique réservée à ce mois sacré.

A cette occasion, les chaînes tunisiennes mobilisent leurs efforts et déploient tous leurs moyens pour créer du contenu qui se veut captivant et attrayant. Or, on se rend compte que la production dramatique proposée est réalisée à la va-vite, notamment les caméras cachées, une spécificité du mois de Ramadan, qui repoussent toute limite éthique et morale. Les scénarios manquent terriblement d’originalité et de créativité. Ils s’appuient sur des situations embarrassantes qui se répercutent indirectement sur le téléspectateur en véhiculant des messages contraires aux valeurs de la société tunisienne.

Néanmoins, on ne peut faire abstraction d’une nette amélioration au niveau du traitement technique des fictions télévisuelles soit en termes de décors, de montage ou encore du jeu des acteurs. Samedi 13 avril, l’émission de variété «Hadra Okhra» sur El Wataniya 1 a donné un avant-goût des séries qui seront diffusées au mois de Ramadan prochain. Les extraits montrés augurent du déjà -vu. Mais n’allons pas vite en besogne et attendons voir si les séries comiques concoctées sont meilleures que «Choufli Hal».

Les dramatiques ne seront pas plus surprenantes, puisque les téléspectateurs vont devoir encore consommer les suites des mêmes feuilletons soit «Wled Moufida» sur El Hiwar Ettounsi et «Chouireb 2» sur Attessia. La Wataniya 1 revient aux feuilletons avec une nouvelle dramatique qui, espérons-le, sera à la hauteur des attentes d’un public qui commence à se lasser de sa télévision et fuit vers d’autres écrans. 

En bref, la formule miracle n’existe pas. Il y a lieu d’innover en créant des contenus qui allient fond et  forme en mettant en perspective des valeurs communes partagées par tous et en évitant l’agressivité, la ségrégation et le langage de charretier qui sévissent dans une grande partie des programmes et des fictions.

Par Neila GHARBI

 

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