C’est officiel. Chedly Bouallègue, gouverneur de Tunis, a annoncé hier la dissolution du conseil municipal du Bardo après avoir informé le ministère des Affaires locales et de l’Environnement ainsi que l’Isie. Une mesure extrême qui révèle la profondeur des inimitiés causées par les appartenances partisanes.
Pour comprendre la décision du gouverneur de Tunis, il faut retourner quelques mois en arrière quand, en novembre 2017, Zied Laâdhari, ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale, et Flavia Palanza, directrice des opérations de prêt dans les pays de voisinage à la BEI, avaient paraphé une convention de financement de 83 millions d’euros destinés à la construction et la mise en service du nouveau réseau ferroviaire rapide de Tunis qui s’étend sur 85 km répartis sur 5 lignes ; projet dont le coût global caracole sur les 3 milliards de dinars.

Le ver était dans le fruit !
Pour toutes sortes de raisons, le projet a été tout de suite considéré par beaucoup comme un projet d’Ennahdha. Et c’est autour de ce projet que la tension est montée au sein du tout nouveau conseil municipal du Bardo mené par une présidente nahdhaouie et issue des dernières élections municipales.
Mais pourquoi ce parti pris a-t-il eu une telle ampleur alors qu’Ennahdha fait partie de l’équation dans de nombreux autres projets où tout se passe dans le calme et l’unité des intentions ? C’est probablement à cause d’une vidéo publiée sur les réseaux sociaux où la maire du Bardo, Zeïneb Ben Hassine, est apparue au public (friand de ce genre de choses) comme passablement chauviniste. Des termes regrettables ont été entendus dans la séquence, traçant une ligne ségrégationniste entre celle qui se décrit comme “native du Bardo” et ceux qui viennent de “W’raa Leblayek” (de «derrière les panneaux de signalisation») avec une connotation pour le moins insultante.
Certes, Lotfi Zitoun, l’un des dirigeants de première ligne d’Ennahdha, s’est tout de suite inscrit en faux et a sommé Zeïneb Ben Hassine et le mouvement à présenter des excuses au peuple tunisien, mais le ver était désormais dans le fruit !
Ce n’est pas tout, car Ben Hassine a poursuivi sur sa lancée en accusant les polémistes de n’avoir toujours pas digéré la victoire d’Ennahdha aux élections municipales au Bardo.

Dépassement des délais légaux de 15 jours
L’ennui, c’est que, malgré la position tranchante de Lotfi Zitoun, la dame avait récidivé en annonçant fièrement que le bureau local d’Ennahdha n’avait pas exigé qu’elle présente sa démission ; ce qui n’a fait qu’envenimer les choses. Un climat de tension s’est installé à demeure au sein de la municipalité du Bardo sur fond d’appels de certains partis à la démission de la maire.
Pris dans la bourrasque des antagonismes partisans, les membres du conseil municipal étaient évidemment sur les dents et n’importe quel dossier pouvait devenir une source de disputes intra-muros. Le résultat, c’est une explosion extra-muros le 26 mars dernier quand 18 membres du conseil municipal ont présenté leur démission collective, accusant Zeïneb Ben Hassine de mauvaise gestion, non seulement sur le projet controversé du RFR, mais également sur les travaux d’aménagement du complexe Hedi Ennaifer dévolu à l’équipe du Stade Tunisien.
Et même si les démissionnaires avaient assuré que la cause de leur départ est une prise de position contre le projet du Réseau ferroviaire rapide de Tunis (RFR) qu’ils disent présenter une menace contre le tissu social, notamment les commerçants, il reste que les luttes intestines sont probablement la cause principale.
Après cette démission, les délais légaux de 15 jours ayant été dépassés sans que les multiples blocages soient dépassés, le gouverneur de Tunis, Chedly Bouallegue, n’a pas eu d’autre perspective que de dissoudre le conseil municipal du Bardo dans les règles en veillant à en informer officiellement le ministère des Affaires locales et l’Isie pour qu’ils prennent les dispositions légales idoines.
Maintenant, s’il n’est plus question que la première ligne du Réseau ferroviaire rapide de Tunis (RFR) puisse être inaugurée en cet avril 2019, ce n’est pas seulement à cause de la crise de la municipalité du Bardo, mais aussi à cause du retard intervenu après la résiliation du contrat du premier entrepreneur chargé du projet.

 

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