C’est l’enseignement primaire qui devrait bénéficier de plus d’intérêt. Cela ne veut, nullement, dire qu’il faille négliger les autres niveaux. Car ce sont les écoliers qui constituent le plus gros des effectifs. En effet, il y a près de 1.100.000 élèves dans le primaire sur un total dépassant les 2.170.000. D’où la nécessité d’agir, en priorité, sur ce niveau en mettant en place une véritable stratégie qui tranche avec les mesurettes appliquées depuis ces longues années.
Le signal d’alerte a, déjà, été donné concernant une augmentation subite et qui devrait se poursuivre pour atteindre les 3 millions dans les prochaines années. Cet accroissement anormal est en contradiction totale avec la politique du planning familial, suivie strictement par la Tunisie depuis les années 60. Un relâchement certain serait à l’origine de ce baby-boom enregistré après 2011. Aujourd’hui, c’est l’école qui est appelée à en subir les conséquences.

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Les problèmes très nombreux que connaît notre système éducatif seront, encore, plus compliqués à résoudre avec l’arrivée massive de nouveaux scolarisés.
Il s’agit, là, d’un vrai fardeau auquel il faudra trouver une parade. Une reprise en main de la maîtrise des naissances s’impose. Les autorités politiques sont les plus indiquées à s’investir dans cette entreprise. Il est temps de remettre la machine du planning familial en marche. Il est vrai que tout a été fait pour freiner les efforts de notre pays pour maintenir un taux de natalité raisonnable. Mais au cours des événements de 2011, l’infrastructure mobilisée pour assurer la santé reproductive a largement souffert des exactions et des actions de sabotage. Mais on note, aussi, un manque de volonté politique pour redonner à ces programmes leur efficacité.

Pourtant, tout concourt à corroborer la nécessité de revenir à une plus grande implication de l’État dans un tel projet.
L’impact de la limitation des naissances n’est pas bénéfique, uniquement, au niveau de la diminution ou de l’augmentation des effectifs scolaires. Il a, également, des répercussions positives sur les équilibres socioéconomiques. Tout montre, donc, qu’il y a une défaillance à ce niveau.

À côté de cette grave anomalie on constate d’autres problématiques qui le sont tout aussi. A savoir le statut de l’école et de l’enseignant, le manque de stratégie avec la dispersion des efforts et la multiplication des ministres au cours de la décennie en cours, l’amateurisme dont ont fait preuve certains responsables, la démission de certains parents ou leur forte implication dans le processus, l’ingérence de parties étrangères dans l’élaboration de la politique éducative et l’inefficacité des réformettes prônées par-ci, par là…
Autant de préoccupations qui ne manquent pas d’affecter le rendement de notre institution éducative.

Rupture affective
Il n’est que de voir le rapport qui existe, aujourd’hui, entre l’école et l’élève. Il n’est plus question d’un rapport affectif mais plutôt celui d’un rejet. L’élève (écolier, collégien ou lycéen) n’éprouve plus ce lien sentimental entre lui et son établissement. Aucune nostalgie ne les effleure quand ils passent devant leur ancien établissement. C’est comme s’ils ne gardaient aucun bon souvenir de leur passage par leur école, collège ou lycée.
Cela est d’autant plus vrai qu’il n’y a plus cette ambiance conviviale, malgré tout, qui pouvait exister dans un temps pas très lointain. Il est vrai que, ces derniers temps, ces rapports sont devenus, carrément, conflictuels. Le cadre enseignant a perdu de son aura d’antan. Il n’est plus considéré comme la source unique du Savoir et le vrai maître des lieux.

Tout le monde peut s’en prendre à lui pour un oui ou pour un non parmi les parents qui sont mécontents. Les divers épisodes de violences contre les institutions éducatives en disent long sur le sort lamentable auquel ils sont, actuellement, réduits.
L’enseignant ne jouit plus de ce statut privilégié et de ce respect quasi sacré qui lui permettait de s’affirmer et de s’imposer. L’introduction en masse des cours particuliers a fini par porter le coup de grâce à l’image qu’on avait de l’enseignant et, plus précisément, de l’instituteur. Ce dernier se serait transformé en un simple commerçant ! Le phénomène s’est tellement amplifié qu’il est devenu un fléau rongeant le budget des familles et portant préjudice à la crédibilité de notre système.

Privé contre public
Du coup, s’est créé un engouement inégalé pour l’enseignement privé. Les parents sont de plus en plus inquiets du rendement de l’école publique qui n’est plus, totalement, sous le contrôle de l’Etat puisque n’importe qui peut se prétendre intervenant et acteur immédiat.
La superpuissance des syndicats n’est plus à démontrer. L’enseignement est, ainsi, pris en otage. On n’est plus à l’abri d’un boycott ou d’une grève. A chaque année scolaire, il y a plusieurs risques que l’on note des actions de contestation syndicale touchant au bon déroulement des cours et, par conséquent, il s’ensuit des conséquences néfastes sur le niveau et la qualité de nos enfants. D’ailleurs, on estime qu’un élève perd plusieurs mois (sinon des années) tout au long de son cursus.

C’est pourquoi on assiste, de plus en plus, à cette migration de nombreux élèves vers le privé. Ils désertent le public parce que leurs parents n’ont plus confiance dans ce secteur. Ces derniers consentent, à cet effet, de lourds sacrifices qui viennent grever leurs budgets déjà en souffrance.
On ne peut pas oublier, non plus, la baisse fulgurante du niveau de certains de nos enseignants et l’intégration forcée de ces enseignants suppléants pour raison sociale et politique beaucoup plus que pour des impératifs, strictement, pédagogiques et professionnels.  D’un autre côté, la détérioration de l’image de l’école est un fait accompli. Le simple citoyen n’accorde aucune attention à ces lieux du Savoir. Les preuves de cet irrespect abondent. On peut citer de multiples exemples allant dans ce sens. Que d’écoles ont subi des exactions et des actions de sabotage et d’incendies ! Souvent ce sont des mineurs qui sont incriminés. Comme par hasard ! Mais il faut savoir que ces mineurs n’agissent pas sans véritable mobile. Il y a derrière eux toute une mentalité et attitudes de leurs parents et de l’entourage.

Entretien des établissements scolaires
Un grand nombre d’établissements scolaires font l’objet d’« agressions » environnementales scandaleuses en toute impunité. Dans tous les quartiers, nos institutions éducatives sont devenues des dépotoirs ! Les riverains viennent déverser leurs ordures à même les murs d’enceinte où sont installés, parfois, des conteneurs. L’indifférence des autorités semble totale. Et, comme par hasard, aussi, c’est sur les murs de nos établissements que l’on écrit les tags les plus violents et les plus obscènes. Tout le monde laisse faire sans bouger le petit doigt. D’autres établissements deviennent inaccessibles en temps de pluie. Ils deviennent des îlots entourés d’un lac de boue.

Pour y arriver, il faut se munir de bottes ou entrer trempés dans l’établissement. Ce spectacle n’est pas propre aux régions de l’intérieur mais on le retrouve aussi dans le Grand-Tunis. Un exemple flagrant existe dans un collège de cette zone où l’accès devient impossible par la porte principale sauf si on le fait en voiture. Au niveau de la porte d’entrée une flaque d’eau importante se forme empêchant l’entrée ou la sortie. Et, le plus grave, c’est que cela dure depuis des années. Où est le responsable de l’établissement ? Que fait le commissariat régional à l’éducation concerné ?

L’autre volet a trait, à l’absence de stratégie à moyen et long terme. La succession des ministres à la tête de ce Département a freiné la volonté d’avancer des projets viables. A chaque changement, on devait marquer une pause avant de redémarrer lentement. Les remises en cause des programmes et des options sont, également, à l’origine des retards de mise en place de mesures décisives susceptibles de faire bouger les lignes.
A ce propos on pense à la fameuse réforme dont on a tant parlé et qui n‘a pas pu, encore, voir le jour. Des obstacles insurmontables sont érigés de partout pour empêcher toute tentative de modernisation.

En vérité, la vraie réforme n’est pas encore prête. Chacun la voit à sa manière. Le ministère qui a, déjà, organisé un long processus sur cette voie n’a pas les moyens de mettre à exécution ses plans. Tant du point de vue matériel que politique. La très forte opposition syndicale est omniprésente.
Ce qui gêne le plus c’est qu’au niveau de l’enseignement primaire rien n’a pu être fait pour améliorer le quotidien des élèves ou des cadres enseignants. Tout manque. Les outils pédagogiques font défaut et les commissariats régionaux (ou du moins quelques-uns) semblent briller par leur absence de réaction. Les relations parents-écoles se dégradent irréversiblement. La soi-disant société civile est loin de s’acquitter de la tâche qu’elle s’est assignée. Pour certains intervenants, l’implication est, souvent, dictée par une opération publicitaire. C’est pour faire le buzz et obtenir des vidéos à mettre sur les réseaux sociaux. Ni plus ni moins !

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