La Tunisie est tenue de respecter ses engagements à l’égard du FMI pour pouvoir bénéficier d’une nouvelle tranche des crédits contractés même si les réformes prévues sont impopulaires et risquent de créer une tension sociale dans le pays.

Les relations entre la Tunisie et le Fonds monétaire internationale (FMI) ont toujours été excellentes dans la mesure où notre pays était considéré comme un bon élève qui applique à la lettre les recommandations sans rechigner pour pouvoir bénéficier de crédits. Ce Fonds intervient au niveau de tous les pays qui font la demande de crédit pour assurer les grandes réformes de leur économie. On se souvient du Plan d’ajustement structurel engagé par la Tunisie en 1986 et qui a nécessité la mobilisation de fonds colossaux de ce bailleur de fonds pour effectuer un ensemble de réformes de l’économie sur recommandations de ce dernier. Les fonds sont ainsi débloqués par tranches en fonction de l’état d’avancement des réformes convenues et qui sont souvent impopulaires comme, à titre d’exemple, la suppression des compensations pour le carburant et les produits de consommation.

Certes, le FMI ne voit pas d’inconvénient à ce que l’Etat fournisse une aide aux catégories démunies qui seront touchées par la suppression de ces compensations.
Cependant, au cours des derniers mois, le FMI a constaté après visite d’une délégation du Fonds et le suivi de l’état d’avancement des réformes convenues, que l’Etat n’a pas totalement tenu ses engagements dans ce domaine. En tout cas, un retard a été enregistré au niveau de ces réformes, ce qui a obligé le Fonds à ne pas débloquer la 4ème tranche des crédits contractés par la Tunisie. D’ailleurs, le ministre chargé des Grandes réformes, M. Taoufik Rajhi a affirmé que le Fonds monétaire international posera de nouvelles conditions pour débloquer la nouvelle tranche des crédits. En ce sens, le FMI demandera la réalisation de certaines mesures convenues avec la Tunisie pour débloquer ces fonds, dont notamment une augmentation du prix de vente des carburants.

La cherté de la vie se poursuit

Une telle augmentation peut avoir des répercussions négatives sur les prix des différents produits de consommation. Car les carburants sont utilisés dans presque tous les secteurs liés à l’industrie alimentaire, le transport et l’agriculture. Ainsi, si cette recommandation est appliquée, le consommateur risque de voir les prix de ces produits connaître une flambée. D’ailleurs, actuellement le pouvoir d’achat des citoyens appartenant à la catégorie moyenne a été érodé vu la hausse des prix de plusieurs produits. Plusieurs fonctionnaires n’arrivent pas à joindre les deux bouts et sont obligés de limiter leurs achats pour pouvoir maîtriser leur budget.

Cette nouvelle hausse des prix des carburants, réclamée par le FMI, est destinée à faire face à au déficit du budget de l’Etat causé en partie par les mécanismes de compensation. De plus, le Fonds exige des réformes des subventions destinées aux carburants en rationalisant les salaires et en augmentant les recettes fiscales.
L’une des importantes recommandations du FMI relative à l’allègement de l’effectif administratif a été déjà appliquée à travers le mécanisme de la retraite anticipée et du départ volontaire des fonctionnaires tout en suspendant le recrutement dans la Fonction publique sauf dans les secteurs stratégiques comme la Défense, l’Intérieur et la Santé. L’objectif de ces mesures est de réduire, un tant soit peu, le déficit du budget qui ne cesse de gonfler.

Meilleur recouvrement fiscal

Mais le FMI exige davantage de réformes notamment au niveau des salaires qui font l’objet régulièrement d’une majoration en fonction de l’augmentation des prix avec la participation des partenaires sociaux, à savoir l’Ugtt et l’Utica. Mais les syndicats n’accepteront pas de suspendre ces augmentations salariales qui sont nécessaires pour pouvoir acheter les produits de consommation vitaux. En l’absence de ces majorations, la classe moyenne risque de s’appauvrir davantage.

Des efforts ont déjà été déployés par la Tunisie pour améliorer le recouvrement fiscal des contribuables. Ainsi, les revenus du pays se sont améliorés grâce à la contribution des citoyens, particuliers et chefs d’entreprises, à s’acquitter de leur devoir. A noter que la fiscalité constitue la principale source d’approvisionnement du budget qui a recours également aux crédits intérieurs et extérieurs ainsi qu’aux bons du Trésor. Malgré cet effort, le déficit budgétaire demeure important et les efforts vont se poursuivre au cours des prochaines années en vue de le réduire davantage.

Il est à rappeler que le représentant résident du FMI en Tunisie, Jérôme Vacher, a déclaré mi-décembre dernier, que le Fonds a suspendu l’attribution à la Tunisie d’une nouvelle tranche de crédits estimée à 1,2 milliard de dollars faute d’avancement suffisamment rapide du programme et des réformes économiques à certains moments. La situation économique demeure difficile à cause notamment de la détérioration des échanges commerciaux, du manque de la productivité. Plusieurs fonctionnaires souhaitent avoir des avantages, des primes et des majorations salariales sans donner en contrepartie des résultats probants en matière de productivité.

La valeur ajoutée de l’industrie tunisienne demeure également faible en comparaison de celle des autres pays concurrents. Les produits mis sur le marché ne sont pas assez innovants. A part l’huile d’olive, les agrumes et les produits biologiques, la Tunisie n’a pas une palette de produits qui peuvent être commercialisés à large échelle. Même les investisseurs étrangers n’ont pas afflué massivement pour créer des projets malgré les avantages prévus par la loi de l’investissement. Les investisseurs ont besoin d’une vision stratégique à moyen et long terme pour pouvoir décider de fructifier leurs capitaux dans notre pays.

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2 Commentaires

  1. Liberte

    07/01/2020 à 11:04

    Encore un crédit à la FMI ? On nous annonce jamais le remboursement total d’un crédit , bref on rembourse les intérêts d’un crédit par un autre crédit et ainsi de suite. Si on n’a pas les moyens on se sert la ceinture ( on augmente les impôts. La TVA, on gèle les salaires ..), on fait avec ce les moyens de bord, vous savez il y a plein de tunisiens qui ont les moyens financiers pour placer une partie de l’Eure richesse à l’état. Alors cherchez des solutions internes.

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  2. kadaf

    16/04/2020 à 09:44

    on en vient petit a petit a un credit permanent ou on ne rembourse que les interets a se rytme la tunisie ne sera proprietaire de rien Elle travaillera pour les autres ceux qui lui auront preté de l’argent.Les generations futures sont a plaindre.

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