C’est un voyage dans les souvenirs, l’émerveillement du retour, c’est la manière de toujours se rappeler d’où on vient.


D’abord, il y a eu « Famille nombreuse », un premier ouvrage qui raconte le départ de ses parents pour la France dans les années 70. Ce livre sorti en 2017 et qui a remporté le prix Sgdl (Société des gens de lettres) du premier roman, Chadia Loueslati le voulait comme un hommage à ses parents, à leur combat, qui arrivent à Paris en 1969 accompagnés de trois enfants qui deviendront au fil des années 11 enfants.
«Notre famille, c’est une part de la Tunisie qui débarque en France, quand j’y pense, maintenant que je suis adulte, je me dis quel courage de prendre une telle décision, quitter la famille et les proches pour aller vivre dans un pays où ils ne savaient ni lire ni écrire la langue et arriver tout de même à élever dignement et correctement 11 enfants», dit-elle.

Et d’ajouter : « Mon père, en France, balayait les stations de métro, mais il m’a mis un stylo à la main pour qu’un jour je puisse avoir de meilleures chances».
Avec son deuxième ouvrage qui s’inscrit aussi dans la même lignée que le premier, Chadia Chaibi Loueslati a réalisé un rêve, celui de faire un retour en Tunisie en présentant son dernier-né «Nos vacances au Bled » à la Fnac puis à la librairie El Kitab jeudi et vendredi derniers.
Cette illustratrice de livres pour enfants a trouvé dans sa famille la source d’inspiration, les personnages et les évènements et dans la bande dessinée la liberté et la forme qu’il fallait pour raconter ce périple, celui de ses parents, mais aussi des milliers d’immigrés partis en France pour construire une nouvelle vie. Elle raconte aussi la France de ces années-là, mais aussi la Tunisie de sa jeunesse, le regard de l’autre, l’appartenance, l’identité, la curiosité, la chaleur humaine et l’attachement aux racines et aux gens qu’on aime.
«Dans ‘‘Nos vacances au Bled’’, je raconte ma Tunisie à moi, quand nous étions 18 personnes dans la maison de ma grand-mère à Radès, comment les choses se géraient, et le bonheur qui m’envahit aujourd’hui à chaque fois que mes souvenirs me portent vers ces temps-là », nous raconte-t-elle.

Pour Chadia, ses parents, décédés il y a 10 ans, étaient son lien avec la Tunisie, c’est avec eux qu’elle parlait arabe par exemple, goûter aux senteurs du pays natal. Les livres sont un hommage à eux et aussi des réponses à toutes les questions stupides, de mauvaise foi, ou celles qui cachent le rejet de l’étranger.
C’est avec autodérision que Chadia traite plein de questions sérieuses comme l’intégration, l’immigration, le racisme et le rejet de l’autre. Les scènes de vie qu’elle illustre dans ses livres sont loin des caricatures et expriment tant d’affection et d’amour. «Nos vacances au Bled » est un voyage dans ses souvenirs, l’émerveillement du retour, c’est sa manière de toujours se rappeler d’où l’on vient. Car elle fait partie de ces gens qui ne sont ni totalement Tunisiens, ni parfaitement Français, ceux qui doivent s’adapter là où ils seront, jouer au caméléon, se fondre dans les deux sociétés. « Aujourd’hui, mes deux enfants s’intéressent à ce que je fais, c’est ma manière à moi de leur permettre de garder un lien avec leurs grands-parents. De ne jamais oublier qui nous sommes et de s’affirmer tels que nous sommes », conclut-elle.

A.D.

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