Que peut bien ressentir l’usager du train en lisant la toute dernière ligne du communiqué de la Fédération générale des cheminots relevant de l’Ugtt et daté du 23 avril ? ‘’Nous présentons nos excuses à nos honorables clients pour ce mouvement auquel nous avons été obligés d’observer afin de défendre la pérennité de notre société’’, dit texto le communiqué.
Des excuses qui ne valent pas grand-chose pour tous ces usagers qui se retrouvent coupés de leurs destinations et éprouvant toutes les peines du monde à s’arranger autrement.

Des usagers piégés 
Ils sont loin d’avoir l’embarras du choix, en vérité. D’abord, les taxis à cause du prix de la course, sont évidemment évités pour les longs parcours, justement ceux que dessert la Sncft. Malgré tout, nous avons assisté, hier, au spectacle maintes fois répété de prise d’assaut des taxis à chaque fois qu’ils s’arrêtent au voisinage de la gare de Tunis pour déposer leurs clients.
Les taxis ne sont pas la seule cible de nos concitoyens qui semblent aux abois à chaque grève de n’importe quel secteur des transports. Il suffit de voir ce qui se passe dans les rues adjacentes à la gare pour s’en convaincre. C’est ainsi que l’avenue de la Gare, du côté de la place Mongi-Bali où trône le buste du fondateur du scoutisme tunisien, a été le théâtre d’échauffourées à l’ouverture des portes de ces minibus jaunes qui font la liaison entre Tunis et ses grandes banlieues satellites. Des hommes et des femmes qui essaient de se frayer un chemin, pratiquement à la force du poignet, vers les précieux véhicules.
Il reste une alternative, les bus. Mais il y a un problème. La Fédération des chemins de fer avait fortement critiqué le ministère du Transport pour avoir assuré des bus pour le transport des passagers lors de sa grève de septembre 2018, l’accusant de tenter de saper la grève et fustigeant la mise en place de ces bus comme une mesure illégale dont le seul but est de porter atteinte à l’unité des agents ! Résultat, hier, quand nous avons posé la question au chargé de presse de la Sncft pour lui demander si la société a prévu des bus pour les usagers au cours de la grève actuelle des 24 et 25 avril, il nous a très sérieusement affirmé qu’il n’était pas question d’une telle mesure.

Poursuite du dialogue de sourds
C’est dire que le bras de fer entre la tutelle et les syndicalistes a avant tout touché les usagers qui se retrouvent piégés entre les deux camps !
Pourtant, quand nous avons vérifié auprès des gens de la Transtu à la station de la place Bercelone (juste en face de la gare de Tunis), ils nous ont informé qu’ils mettaient à la disposition des usagers du train privés de leurs lignes habituelles leur propre numéro 17, en nous expliquant que celui-ci est chargé de parcourir toute la ligne jusqu’à Radès. Une foule s’était déjà agglutinée à l’emplacement du n°17 pour attendre d’en bénéficier quand nous étions sur place.
Tout ce que nous espérons, c’est que ce n°17 ne se transformera pas en motif supplémentaire d’échanges d’accusations comme ce fut le cas l’année dernière. Une question qui viendrait compliquer une situation déjà très embourbée dans les détails alors que la Fédération générale des chemins de fer tunisiens relevant de l’Ugtt a décrété cette grève de deux jours (24 et 25 avril) justifiée par l’échec du dialogue tutelle-syndicat. Pour noyer un peu le poisson, comme il est devenu d’usage à chaque fois que l’on reproche à des grévistes de prendre nos concitoyens en otage, le SG de la Fédération, Larbi Yaâkoubi, a clamé que ‘’les revendications des agents de la Sncft ne sont pas matérielles, mais concernent la viabilité de la société et l’avenir de la ligne 13 qui a causé des pertes estimées à 470 millions de dinars depuis 2012’’, ne s’arrêtant que le temps d’un clin d’œil à ce qu’il appelle ‘’le problème des effectifs’’. En vérité, il s’agit pour la plupart de ces revendications de très gros dossiers qui ne pourront certainement pas être résolus par une grève, mais chacun fait la sourde oreille en s’accrochant, au défi de tout bon sens, à l’illusion des passages au forceps.
Nous voici donc en plein dans un dialogue de sourds où les syndicalistes dénoncent l’absence de volonté politique de promouvoir le transport ferroviaire et l’incapacité de l’Etat devant les sit-in douteux et les barons du phosphate, le retard d’intégration des agents de la société des travaux ferroviaires (Sotrafer) au sein de la Sncft…
Quant à cette dernière, elle ne veut pas entendre parler de la réintégration des 19 agents qu’elle considère avoir été renvoyés dans les règles pour faute grave. Elle affirme qu’elle ne peut intégrer qu’une centaine d’agents sur les 850 de la Sotrafer, assurant qu’elle collabore avec la tutelle pour la réouverture de la ligne 13 et qu’elle a déposé plusieurs plaintes contre les fameux sit-inneurs…
Dans tous les cas de figure, le dossier est loin d’être clos alors que chacun des protagonistes parle un langage incompris par les autres et c’est certainement pour cela que personne ne semble vraiment entendre, ni comprendre, la nature du calvaire que sont obligés de vivre les usagers qui se retrouvent finalement livrés à eux-mêmes et qui en payent le prix.

 

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Sarrah O.BAKRY

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