Le gouvernement Jamli refusé, Tarak Dhiab ne briguera pas le poste. Mais avec lui ou une autre personne, le système doit changer pour une gestion saine et optimale des affaires du sport et de la jeunesse.


La polémique déclenchée autour de la nomination de Tarak Dhiab à la tête du ministère de la Jeunesse et des Sports a cessé après le rejet du gouvernement Habib Jamli par l’ARP. On ne parle plus de Tarak, de ses qualités et ses défauts, du projet qu’il porte pour son retour. La question pour la majorité des observateurs et des concernés est une question de noms, d’affinités, de sympathie ou de haine même. Ce ne sera pas Tarak Dhiab (à moins que le futur chef du gouvernement proposé par le président Saïed ne décide d’accorder une seconde chance à Tarak Dhiab), ce sera une autre personne. Mais est-ce le plus important? Est-ce que le nom du futur ministre et des deux secrétaires d’Etat (il est fort probable que l’on aille vers la suppression de ces deux postes) est la variable clef? On ne le pense pas. On l’a dit et on le redit, les affaires du sport et de la jeunesse en Tunisie attendent un vrai changement et des politiques concrètes et bien étudiées qui promettent d’attaquer et avec succès les vrais problèmes de fond. On l’a dit et on le redit encore (excusez la répétition), nous avons besoin de vraies politiques de sport. Des politiques qui tiennent compte de ce potentiel fou en jeunesse et en sport, qui mènent la barque à bon port.

Ce pays aime le sport, regorge de talents émergents (et bruts) dans tous les sports presque, avec une place privilégiée du sport en tant que «loisirs» et en tant que «offres» demandées fortement. Celui ou celle qui va diriger ce ministère devra savoir que ce n’est pas un cadeau empoisonné ou que c’est une dévalorisation. Au contraire, et malgré des moyens dérisoires (un budget qui dépasse de peu le 1% par rapport au budget de l’Etat), c’est une noble mission. Il s’agit d’un ministère pauvre en moyens, mais suivi, important, capitalisant, difficile à gouverner (différentes tares de structure et de gestion des ressources humaines) et qui nécessite une intelligence et un cran pour ouvrir les dossiers souvent clos et pour traiter les maux avec succès.

Changement, réformes…

On va parler plus sport que jeunesse. Les deux volets si proches et complémentaires, mais qui ne se ressemblent pas. Le sport tunisien, si confus dans sa gestion, doit changer d’arborescence classique qui s’articule autour d’un ministère lourd en procédures, qui gère des commissariats régionaux (quelle calamité et quel argent public jeté dans la mer !), et des fédérations «autonomes» et qui n’ont pas le même traitement (certaines fédérations sont marginalisées et pauvres, d’autres favorisées, d’autres lésées…). Avec des associations et des clubs ayant différents statuts, mais qui opèrent financièrement et juridiquement par les décrets 1995 et 2011 (élections).

Et ce fameux projet de loi sur les structures sportives ? Où est-il passé ? Comment se fait-il que 4 ministres des Sports travaillent sur ce projet et font réunir des spécialistes (même si les fameux juristes étaient les dominants comme d’habitude) et finissent par le ranger dans les archives? Pour créer de vraies politiques sportives, il faut un nouveau cadre pour les clubs et les fédérations (un nouveau modèle de gouvernance). Il faut qu’on puisse capitaliser des fonds pour ces clubs, il faut les obliger à donner les bons comptes et  à garantir un équilibre financier et une transparence. C’est le premier volet de ces nouvelles politiques du sport qui devront allouer les fonds publics selon la performance et la gestion saine et non sur la popularité ou le nom du sport ou du sportif. Nous n’avons pas beaucoup de moyens, oui, mais une gestion intelligente de ce qui est disponible et surtout des réformes qui peuvent apporter beaucoup de bien. Au prochain décideur sportif de faire le ménage au sein d’un ministère tiraillé par les guerres en coulisses et par l’ego des cadres. Passons enfin à l’action, osons changer ce défectueux système qui gère le sport depuis des années. Ça demande une bonne couverture politique, c’est-à-dire un chef de gouvernement qui croit au sport, qui aime les sportifs et qui partage les soucis des acteurs sportifs. C’est l’art de passer par le top de la structure pour changer de direction, et non par une base effritée et  hétérogène. C’est une question de politiques sportives  qu’on attend avec ferveur et impatience.

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