Le timing de la récente  rencontre de Rached Ghannouchi avec le président turc, qui survient quelques heures après l’échec subi par son parti au Parlement suite au rejet du gouvernement Habib Jemli, a fini par créer la polémique et enfler les débats autour des objectifs dissimulés derrière cette visite que ses collaborateurs les plus proches s’échinent à défendre

La petite victoire mi-figue, mi-raisin du parti Ennahdha aux élections législatives, le revers subi par son candidat à la présidentielle, Abdelfattah Mourou, l’appel à la démission de Rached Ghannouchi de la présidence du parti sont autant de facteurs qui ont  approfondi les divergences au sein du Conseil de la choura.

La question est même posée à mezza-voce par certains dirigeants nahdhaoui qui préfèrent aller tout doucement et attendre l’organisation du prochain congrès: Ghannouchi peut-il cumuler la présidence de l’ARP et celle d’Ennahdha et continuera-t-il à faire la sourde oreille devant le message lancé par la majorité des parlementaires qui ont rejeté le gouvernement Habib Jemli ?    

La  démission du député et ancien ministre Ziad Laâdhari, l’un des membres les plus «soft» du secrétariat général et du bureau exécutif du parti, en raison de plusieurs divergences inhérentes notamment à la formation du gouvernement reflète le malaise que connaît le parti. Avant cette démission, Zoubeïr Chehoudi  avait mis fin à ses fonctions en tant que directeur de cabinet de Ghannouchi et au sein du Conseil de la choura. Coupant court avec les discours panégyriques, il a demandé au président du parti de «quitter la politique et de rester chez lui».

Omniprésent sur le devant de la scène politique suite au vide créé par le décès de Béji Caïd Essebsi et l’éclatement de la coalition démocrate progressiste dans le pays qui s’en est suivi, le président de l’ARP ne cache plus des ambitions longtemps étouffées et parvient ainsi à cristalliser les oppositions, les inquiétudes et les haines. Le timing de sa récente  rencontre avec le président turc, qui survient quelques heures après l’échec subi par son parti au Parlement suite au rejet du gouvernement Habib Jemli a fini par créer la polémique et enfler les débats autour des objectifs dissimulés derrière cette visite que ses collaborateurs les plus proches s’échinent à défendre.

Pris dans la spirale infernale du pouvoir, obnubilé par un soutien qui frise l’immixtion, Rached Ghannouchi a du mal, du moins pour le moment, à céder du terrain et à quitter la présidence d’un parti qu’il a créé au profit de la présidence du Parlement. «La nature impose toujours aux êtres cet impérieux dilemme : s’adapter ou disparaître», s’adapter à l’évolution et laisser la place aux autres en temps opportun, un exercice démocratique bien difficile pour nos dirigeants et présidents qui ont pris l’habitude de s’accrocher mordicus au pouvoir.

Au moment de l’élection du deuxième vice-président du Parlement le 14 novembre 2019, il n’a pas hésité à déclarer qu’il était désormais «le président de tous les Tunisiens». Ghannouchi est jusqu’à ce jour le président du parti Ennahdha, mettant ainsi en doute ses propres paroles. A 79 ans, il est plutôt appelé à démissionner de la présidence du parti et laisser la place aux jeunes, comme l’avait souligné le 21 avril 2019 Cheikh Abdelfattah Mourou dans un entretien accordé à une chaîne de télévision privée. 

En dépit de tout cela, Ghannouchi semble obnubilé par ses priorités et objectifs incongrus sans se soucier des déontologies politiques et des critiques émanant de ses propres compagnons de lutte. La démission du jeune Haithem Larridh avant-hier du Conseil de la choura et de Zied Boumakhla, le même jour, du parti sonne peut-être le glas d’une époque révolue qui a été marquée par la clandestinité.

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