Pierfrancesco Favino dans la peau de Bettino Craxi, aux côtés du réalisateur Gianni Amelio
(Photo : Claudio Iannone)

Dans le nouveau film de Gianni Amelio, sorti cette semaine dans toutes les salles de cinéma en Italie, il reste très peu de choses sur le politicien Bettino Craxi, interprété par le grand acteur italien Pierfrancesco Favino.

Il faut souligner que la ville de Hammamet s’est fait connaître en Italie, grâce à l’exil de B. Craxi, aujourd’hui enterré au cimetière de la ville du Cap Bon.

Hammamet nous redonne la dimension la plus intime et privée du leader du PSI (Parti Socialiste Italien) les derniers mois de sa vie pendant l’exil tunisien.

Le réalisateur, Gianni Amelio, raconte que l’idée d’un film sur Craxi lui est venue à l’esprit presque comme un jeu: «J’étais avec le producteur Agostino Saccà qui voulait faire un film sur Cavour et la relation avec sa fille, mais à ce moment-là, je me suis dit: Pourquoi ne pas parler de Craxi et de sa fille? Il est resté silencieux, ensuite il a accepté».

L’AGONIE DU POUVOIR

L’urgence qui a poussé Gianni Amelio à tourner «Hammamet» n’en est qu’une : «Je considère Craxi comme un homme politique sur lequel un silence injuste et assourdissant est tombé depuis des décennies», souligne le réalisateur lors de la présentation du film à la presse. Ce n’est pas un hasard si l’histoire, à l’origine d’un bref iléon qui le dépeint au plus fort de son ascension lors du 45e Congrès socialiste, se concentre sur les derniers mois du leader politique du PSI, lors de l’exil à Hammamet où il s’était réfugié depuis 1994 après avoir été reconnu coupable de corruption et de financement illicite du parti. «Ce n’est pas un film sur la superstar des années quatre-vingt, mais sur le Craxi de la fin du siècle dernier. C’est l’histoire de la longue agonie d’un homme qui a perdu le pouvoir et qui va vers la mort. L’atmosphère est crépusculaire et décadente, l’ancien leader du PSI oscille entre maladie, remords, orgueil blessé». Le passé revient aussi à l’ermitage parmi les oliviers et les collines de Hammamet, où le président cultive ses regrets, ses remords, ses désirs et ses rancunes. C’est un homme lacéré et sur le point de l’auto-destruction.

Un portrait, dans lequel Gianni Amelio ne veut pas céder à l’idée de l’homme d’Etat comme un exilé ou un fugitif : «Ce n’est ni l’un ni l’autre, explique-t-il, fugitif est celui qui est recherché par la loi et on ne sait pas où il est ; d’un fugitif, on ne connaît pas son domicile, de Craxi tout le monde connaissait même son numéro de téléphone, et des journalistes et des amis allaient le voir. Je ne parlerais même pas d’exil, mais plutôt de «contumace»; même les juges italiens ne lui ont jamais rendu visite en Tunisie, cela n’aurait été qu’inutile. En Italie, personne  ne s’attendait à ce qu’il comparaisse devant les juges… La fierté et la présomption d’avoir raison sont l’une des choses pour lesquelles Craxi a perdu, son obstination à croire qu’il aurait dû être jugé par le Parlement italien et pas par le tribunal ».                                                                                                                     Dans ce film on se pose beaucoup des questions. La question est toujours ouverte : criminel ou pas ?

Le président (Pierfrancesco Favino) dans Hammamet, de Gianni Amelio (Photo : Claudio Iannone)

Hammamet est un film fait avec le cœur et strictement sans nom. Craxi est tout simplement «le président»: «Ces noms, je les ai abolis parce que ces gens se connaissent trop bien entre eux. Je n’aime pas appeler les personnages de mes films par leur nom, j’aime le dialogue clair et net qui va au fond de la question. J’ai le droit de les appeler comme je veux, par exemple j’ai donné le nom d’Anita à sa fille, Anita comme Anita Garibaldi, c’était une façon de parler d’une figure historique que le président vénérait. J’ai donc voulu donner aux personnages quelque chose de plus que leurs prénoms de baptême».                                                                                                                                      

Ce film n’est pas un procès contre l’opération «mains propres» ou «mani pulite» en italien, qui désigne une série d’enquêtes judiciaires réalisées au début des années 1990 et visant des personnalités du monde politique et économique italien. Ces enquêtes visaient à dénoncer un système de corruption et de financement illicite des partis politiques surnommé Tangentopoli (de tangente, « pot-de-vin »). Le film raconte une histoire, un morceau d’histoire de l’Italie et le conflit inévitable entre Craxi et les juges italiens, notamment le juge Di Pietro.  Personne n’est donc insulté dans ce film, ni les juges, ni la lutte contre Tangentopoli, ni Craxi. 

Pierfrancesco Favino a su donner à Craxi la stature humaine et décadente d’un chef resté seul face à son pays, proche de sa fin. Une performance, grâce au minutieux travail de maquillage quotidien de cinq heures et demie : «Nous avons utilisé le maquillage, mais nous l’avons aussi combattu, parce que le maquillage doit être alimenté par quelque chose qui vient de l’intérieur du personnage. Au cas contraire, le maquillage peut devenir un piège», commente l’acteur.

Le masque est souvent ce qui vous permet d’entrer en contact avec quelque chose de beaucoup plus fort…plus intime.

En Italie, le film continue à créer la polémique autour de l’homme d’Etat, peut-être le dernier vrai politique que l’Italie ait connu… il y a ceux qui le vénèrent, ceux qui lui ont pardonné et ceux qui continuent à le considérer comme le plus grand voleur de la Première République !

Charger plus d'articles
Charger plus par Alfonso Campisi
Charger plus dans Culture

Laisser un commentaire