Un moment décisif qui a mis toute cette équipe de guerrières face à un énorme défi : raconter l’intime, le rendre public, créer le rêve et l’émotion des éléments les plus simples de la vie…


C’est un road trip, mais ses éléments sont autobiographiques. « Rawa7 » est un retour aux sources, à soi, à ses détails qui font ce que nous sommes.
De Regueb, vient la comédienne Fatma Felhi, et c’est vers sa terre qu’elle fait ce voyage. Sa rencontre avec Khaoula El Hadef qui signe la mise en scène et Yosr Galai qui assure l’assistanat n’est pas fortuite, autour d’un texte écrit à trois, ce trio de femmes apporte chacune une part de cet univers auquel nous avons pris part samedi dernier à El Teatro.

Le récit est personnel, l’écriture est collégiale. Et c’est avec le soutien d’un autre duo Zeineb Ferchichi et Taoufik El Ayed qui produisent ce spectacle et accueillent les prochains cycles dans leur espace Be Actor à El Manar.
La première est aussi offerte par des amis et des incontournables soutiens : El Teatro. C’est pour dire que le théâtre, c’est aussi une histoire d’amitié. Car quand Fatma Felhi a rêvé de faire ce spectacle, le groupe s’est formé autour d’elle pour mettre tout savoir-faire et toute créativité pour le réaliser.
« Rawa7 », c’est une marche, une route, ou même plusieurs avec des poses, des escales, des déambulations, des trébuchements mais c’est une marche continue.
Tout le long de ce parcours, la comédienne se pose un tas de questions, la nécessité de rompre le lien, de tourner le dos à tous et tracer son chemin ailleurs, s’affranchir des relations familiales, tuer père, mère, terre et patrie…en somme, larguer toutes les amarres… mais les sentiments s’embrouillent, les désirs s’entremêlent.

Fatma raconte sa vie par bribes, durant ce long voyage de Tunis vers son village du centre du pays, des images défilent, le paysage dessine les contours d’un conte magique où sublimation, rêve et réalité se mélangent.
Sous l’impulsion d’un texte qui ne se laisse pas abandonner au mélo, le réalisme cède naturellement la place à la fantaisie. Les contours des personnages, que Fatma raconte, se tracent à l’aquarelle, ils sont amples, dilués, colorés et presque translucides… On y retrouve des espaces étendus, des vignes et des oliviers, du soleil ardent, du vent sec, de l’aridité et de la générosité.
Le personnage de la maman rejoint le mythe, une sorte de totem protecteur qui, à son passage, remue la terre et fait trembler le ciel…Fatma l’évoque comme une matrice qui la fascine et la façonne toute sa vie durant. Le père, Baba Lazhar, est tel ce figuier qui rassemble la famille sous son feuillage ombragé.

Ce monodrame, écrit avec humour et autodérision, nous transporte aussi dans les lieux où la fiction prend toute la place, et l’imaginaire l’emporte vers un village fantôme ou au fond d’un encrier posé sur un pupitre d’une école primaire.
Fatma Felhi, qui a porté longtemps ce projet, un hommage rendu aux siens qui prend la forme, à la fois, de règlement de compte et d’une déclaration d’amour, a choisi les meilleures des alliées. Khaoula El Hadef et Yosr Galai n’ont pas cédé à la facilité, ni mis en avant les acquis et le savoir-faire de la comédienne, elles l’ont poussée dans des retranchements improbables et nous l’avons retrouvée bien loin d’où nous l’attendions.
Une nouvelle peau, un nouveau souffle, Fatma s’est révélée à nous avec ce travail sous une optique autre, et elle s’est révélée à elle-même comme si elle renaissait de nouveau.
« Rawa7 » était un moment décisif qui a mis toute cette équipe de guerrières face à un énorme défi : raconter l’intime, le rendre public, créer le rêve et l’émotion des éléments les plus simples de la vie…
Prochaines représentations : 24,25 et 31 janvier, 1er, 7 et 8 février à Be Actor el Manar, 13 et 14 février à l’Agora et 13, 14 mars à El Teatro.

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