A travers le programme de la première édition de Gabès Cinéma Fen, qui s’est tenue du 13 au 18 avril, le cinéma d’auteur indépendant avait sa place et tentait de survivre face à un public clairsemé. Hélas, cette première édition ne s’est pas imposée comme un rendez-vous populaire.

L’ancienne version du festival arabe de Gabès a pris fin pour céder la place à une nouvelle expérience animée de bonnes intentions : faire émerger le cinéma d’auteur et lui donner une meilleure visibilité dans le cadre d’un festival qui lui est consacré à part entière. Mais ce nouveau festival a du chemin à parcourir.

L’équipe d’organisation formée de jeunes cinéphiles dynamiques et ambitieux a tenté le pari d’organiser une édition inaugurale alliant à la fois une programmation de films d’auteur et des festivités avec tapis rouge, stars et paillettes. Deux mondes qui s’opposent et s’entrechoquent. Les vedettes qui s’exhibent ne sont pas forcément celles qui jouent dans les films proposés. Dorra Zarrouk, Rym Ben Massoud, Maram Ben Aziza, Ilham Chahine, Hichem Rostom… ont fait de la figuration sans plus.

Pourquoi tant de célébrités dans un  festival qui défend un cinéma marginalisé ? Des célébrités volant la vedette à des acteurs et réalisateurs qui ne le sont pas. Il y a là un paradoxe auquel on ne trouve pas d’explications réelles sauf si cette manifestation, dont la marraine et présidente d’honneur, Hend Sabri, est sous la pression d’un sponsor officiel d’hommes d’affaires de la région qui imposent leur diktat.

Joindre divertissement et création indépendante n’est pas une sinécure. C’est l’un aux dépens de l’autre. A preuve : les cérémonies d’ouverture et de clôture ont interpellé davantage le public. La séance de master class présentée par Hend Sabri sur «le rôle de l’acteur», organisée à l’Ecole des beaux-arts de Gabès, a également réservé un bon moment et drainé un grand nombre d’étudiants.

Par contre, l’ambiance dans les salles était tiède. Les films sont restés orphelins de leur public hormis quelques exceptions : «Yaoumeddine» projeté en présence de son réalisateur ou peut-être un ou deux autres films ayant échappé à notre attention. «Bidoun 3» de Jilani Saâdi n’a attiré qu’une poignée de spectateurs, à la projection de «Molenbeek à l’angle» documentaire du cinéaste kurde Sahim Omar Khalifa n’étaient présents que le jury et deux journalistes.

Mais où est passé le public ? Pourquoi boude-t-il les films d’auteur ? Gabès Cinéma Fen, qui a pour vocation première de promouvoir le cinéma d’auteur, n’a, visiblement, pas réussi à mobiliser le public gabésien. Si les salles de projection sont restées vides malgré la gratuité de l’entrée aux projections, il y a lieu de s’interroger sur l’existence d’un tel festival et le profit que peuvent tirer les cinéastes d’une manifestation sans public.

Pour ne pas être rabat-joie, distribuons quelques bons points à l’adresse des organisateurs qui ont fait l’effort au niveau de l’accueil, de l’hébergement, du programme parallèle (master class, panel, performance, exposition, etc.), du catalogue et surtout des projections qui démarraient à l’heure.

Quels enseignements faut-il tirer d’une manifestation qui en est à ses débuts ? Avouons que les débuts sont laborieux malgré la persévérance et l’abnégation de l’équipe de l’organisation appelée à travailler davantage sur le public en l’incitant à fréquenter les salles de cinéma. L’Agora est la seule salle digne de ce nom, le Centre culturel est dans un piteux état et nécessite une restauration de fond en comble.

Au niveau de la programmation officielle, notamment des longs métrages, on a noté l’absence de l’Algérie, du Maroc, de l’Arabie Saoudite, du Koweit, des Emirats Arabes Unis entre autres. Omission ou choix ? Le critère d’auteur nécessite d’être défini clairement. Comment se fait-il que des films comme «Weldi» de Mohamed Ben Attia, «Bidoun 3» de Jilani Saâdi ou encore «Fatwa» de Mahmoud Ben Mahmoud ne font pas partie de la compétition officielle ? Il y avait une poignée d’œuvres prometteuses dans une sélection inégale mais qui avait le mérite de mêler les genres et de laisser une place aux films d’auteur. La deuxième édition devrait être mieux structurée.

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