Après avoir laissé entendre, lors de sa conférence de presse de vendredi dernier et aussi dans sa déclaration livrée aux médias, samedi 25 janvier à l’issue de sa rencontre avec le Président Kaïs Saïed, qu’il a réussi à planter le décor dans lequel il mènera les négociations en vue de la formation de son prochain gouvernement et qu’il a déjà sélectionné les acteurs qui meubleront son équipe ministérielle, voilà Elyes Fakhfakh obligé de vivre, à ses dépens, sa première épreuve, au cas où il s’obstinerait à camper sur ses positions ou à s’accrocher à respecter les «instructions» amicales et les «conseils avisés» .

Le rappel à l’ordre que lui a lancé le Conseil de la choura  d’Ennahdha et la phrase sèche et tranchante que lui a adressée Abdelkrim Harouni le sommant de «chercher la légitimité de son gouvernement au palais du Bardo» et non à Carthage sont édifiants quant à la décision d’Ennahdha d’obliger le chef du gouvernement désigné à réviser radicalement l’approche qu’il s’est fait sienne et qu’il envisageait d’appliquer lors de la deuxième étape de ses négociations quand il sera question de répartition des ministères entre les partis appartenant à la coalition qui présidera au gouvernement Fakhfakh.

Ainsi, pour Rached Ghannouchi, Abdelkrim Harouni et les membres du Conseil de la choura, resté en session ouverte jusqu’à ce que Fakhfakh prenne la décision de revenir sur son plan initial, les choses sont claires. Si le chef du gouvernement désigné veut que son futur gouvernement obtienne le soutien du parti de Montplaisir et arrache donc le vote de ses députés au Parlement, il se doit «d’élargir ses consultations afin qu’elles touchent les différents blocs parlementaires et ce dans le but d’assurer une ceinture politique large au prochain gouvernement conformément au contenu de la lettre de désignation émise par le président de la République».

La déclaration publique répercutée à l’issue de la réunion du Conseil de la choura d’Ennahdha ne précise pas expressément que Qalb Tounès doit être associé aux négociations mais elle insinue le plus clairement du monde que son exclusion décidée par Elyes Fakhfakh est en contradiction avec l’esprit même de la lettre de désignation signée par le chef de l’Etat. Un signal et une invite adressés au chef du gouvernement désigné lui faisant comprendre que prétendre puiser sa légitimité dans celle de Carthage et le crier sur tous les toits ne peut en aucune manière lui baliser la voie pour voir son approche triompher aux dépens des calculs et des attentes des partis représentés au Parlement et s’estimant «incontournables» dans toute opération de gestion des affaires de l’Etat au risque de recourir aux solutions de rechange qu’autorise la Constitution.

Charger plus d'articles
Charger plus par Abdelkrim DERMECH
  • Au travail !

    MAINTENANT qu’Elyes Fakhfakh, chef du gouvernement désigné, a fini par livrer au Président…
  • Une question de confiance

    LA polémique ayant opposé, depuis les dernières élections législatives, l’alliance Attayar…
  • Le message du courage et de la clarté

    IL est des moments dans le parcours historique d’un peuple où sonne l’impératif de remettr…
Charger plus dans Editorial

Laisser un commentaire