La contribution des entreprises privées dans la création de nouveaux postes d’emploi n’est pas aussi dynamique qu’on pouvait l’espérer. Les raisons qui expliquent ce manque d’implication sont nombreuses et objectives. Le privé, comme on peut le deviner, ne s’aventure pas facilement dans des opérations dont il n’est pas sûr, à l’avance, de la réussite.


L’hésitation, avant de passer à l’action, fait partie de ses traditions. Il faut, d’abord, calculer les risques et les enjeux. Pour l’heure, la conjoncture économique ne se prête pas, facilement, à l’investissement dans la quasi-totalité des secteurs. Il n’est pas dans l’esprit de quelque entrepreneur tunisien que ce soit de mettre son argent en jeu sans des garanties minimales. Ce qui, malheureusement, n’est pas le cas, actuellement. Déjà, plusieurs entreprises existantes éprouvent toutes les difficultés du monde pour survivre ou pour continuer à produire. En effet, le climat social est, toujours, très tendu et les grèves et menaces de grèves sont très fréquentes. Les unités de production qui restent peinent à assurer leur pérennité au prix, parfois, de grands sacrifices et de compromis fragiles.

Collusion
Le pessimisme ambiant est la caractéristique de la majorité des chefs d’entreprise.
Depuis 9 ans, au moins, l’économie rencontre tous les obstacles et est confrontée à tous les blocages au point que les détenteurs de capitaux privés n’osent plus mettre leurs projets en œuvre. L’argent, même, n’est plus disponible dans les banques. Il circule en dehors des circuits bancaires. Certains secteurs industriels s’acoquinent avec le commerce parallèle pour éviter les charges fiscales et résister à la concurrence déloyale que leur livrent les commerçants du marché parallèle. Se sentant menacés et mal protégés par les autorités, ils se voient acculés à recourir aux mêmes procédés que leurs concurrents déloyaux.

Quand on regarde la situation, dans son ensemble, on constate, qu’à exception des secteurs des Tic, des industries automobiles ou, en général, des entreprises exportatrices, tous les autres domaines se débattent dans des difficultés insurmontables. Du coup, c’est l’investissement ou les intentions d’entreprendre qui en pâtissent. Sur ce volet, 35% des chefs d’entreprise auraient déclaré avoir une stratégie pour un futur développement de leurs activités en 2019. Ce chiffre est de loin inférieur à celui de l’année précédente qui était près de 48%.

A cela, ils invoquent plusieurs problèmes dont, notamment, la situation économique en Tunisie, la dévaluation du dinar, la qualité de service des administrations tunisiennes et la pression des organisations syndicales. Pour le premier point, il y a lieu de souligner que toutes les données à disposition ne sont guère rassurantes. Ajoutons-y le flottement incessant des politiques engagées et le manque (voire l’absence) de visibilité. Le climat électoral perdure depuis plusieurs mois sans que l’on sache où le pays se dirige en matière d’économie et d’investissement. Il n’est de meilleur exemple que de voir ce scénario sans fin pour constituer un gouvernement. Depuis octobre, on n’est pas arrivé à constituer une équipe gouvernementale en raison de caprices et de calculs inconscients. Et, la peur pour le prochain gouvernement, c’est qu’il sera formé et obtiendra le vote de confiance sans même être sûr des compétences réelles qu’il pourrait comprendre. Car les députés sont contraints d’accorder leur vote sans quoi ils pourraient être confrontés à une dissolution de l’Assemblée et, par conséquent, être poussés à la porte en attendant de nouvelles élections. Dans ce cas de figure, beaucoup de ces élus risquent de perdre leur siège et de se retrouver hors jeu. Ce qui, en définitive, n’est pas leur programme.

Quant au second point relatif à la dévaluation du dinar, les éventuels investisseurs restent sceptiques. Ils ne croient pas en un redressement de la valeur de notre monnaie nationale dans un futur proche. Ce qui, à leurs yeux, est de nature à renchérir les produits et les matières premières importées. L’autre volet est lié aux prestations administratives que d’aucuns jugent handicapantes. C’est l’un des plus grands obstacles devant les investissements privés. Les procédures et les formalités sont tellement lourdes et lentes qu’elles dissuadent plus d’un. Malgré les «incitations» ou la promulgation d’un nouveau code, les intéressés par la création de projets en Tunisie n’éprouvent pas le désir de se lancer dans des aventures à haut risque. Ils mettent, en effet, en exergue, les pressions incessantes des organisations syndicales et le rôle «négatif» qu’elles ne cessent de jouer.

Salaires fictifs
Aussi, préfèrent-ils le repli sur soi en attendant des jours meilleurs. Pendant ce temps, les conditions économiques se détériorent à vue d’œil devant l’incapacité de l’Etat à prendre la relève et assurer ce rôle de locomotive qu’il avait il y a quelques années. Actuellement, il est contraint de subventionner des entreprises publiques pour les aider à ne pas sombrer dans la faillite alors que ces mêmes entreprises étaient productrices et productives et, même, excédentaires avant 2011. L’Etat n’est plus capable de créer de nouvelles entreprises pour résorber le chômage. Les pressions sociales, pourtant, le forcent à embaucher dans des secteurs improductifs. Les dizaines de milliers de postes qui ont été créés ces dix dernières années sont dans l’administration ou dans des secteurs qui ne créent pas de richesses. C’est ainsi qu’il y a des salaires qui sont versés à des personnes qui ne produisent rien. On parle, même, de salaires fictifs versés à des gens qui s’adonnent à d’autres activités !

Toujours est-il que l’économie nationale continue de supporter ce lourd fardeau sans qu’il y ait l’ombre d’un espoir de s’en sortir. A ce propos, une enquête menée par l’Apii (Agence de promotion des investissements et de l’innovation) révèle que le climat des affaires est plus que morose puisqu’il y aurait plus de 45% des PME qui seraient en régression, 16% montreraient des signes d’amélioration tandis que d’autres (39%) stagnent.

Les entreprises privées, dans leur majorité, ne prévoient pas de nouveaux recrutements. Pas même pour combler les postes vacants ou ceux qui le seront dans le futur. L’idée d’étendre leurs activités ne les effleure plus. Car tant qu’ils n’ont pas d’assurance de trouver un climat propice aux affaires, ils ne penseront, jamais, à mette la main à la poche pour investir et améliorer la capacité de leurs unités de production. Ils ne font que se contenter de ce qui reste.

Il faut, en outre, dire que les intentions d’investissement sont loin de s’intéresser aux régions de l’intérieur. Un sondage auprès de quelques entrepreneurs montre, justement, que 39% d’entre eux envisageraient d’y investir. Par contre, 23% des dirigeants interrogés estiment que la conjoncture actuelle n’est pas favorable à un investissement dans les régions de l’intérieur alors que 15% évoquent le fait que ces régions ne sont pas attractives économiquement.

Que reste-t-il, alors ? L’initiative privée ?
On serait tenté d’y croire. Mais les obstacles sont incalculables. Tous les jeunes qui y ont cru ont dû baisser les bras. On parle trop d’encouragements à l’entreprise privée lancée par les jeunes, mais dans la réalité, les problèmes rencontrés sont tellement rebutants qu’on y renonce. Que de salons et de journées d’information sont réalisés par des organisations qui prétendent s’adresser aux jeunes promoteurs ! Le tout, en fin de compte, se limite à un effet d’annonce. Pas plus. Il ne dure que le temps d’organiser cette manifestation. Rares, très rares sont ces rencontres qui sont suivies d’effet et aboutissent à la conclusion de contrats ou au lancement d’un projet.
Pendant ce temps, des dizaines de postes d’emploi sont supprimés à cause de la faillite. De plus, des centaines de milliers de chômeurs attendent, indéfiniment, de trouver un emploi.

Ils ont dit…

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