Les données révélées par la Cour des comptes sur les dysfonctionnements ou les dépassements survenus lors des élections municipales du 6 mai 2018 en matière de financement de la campagne électorale sont édifiantes quant à l’ampleur du phénomène de l’argent dit politique qui domine, désormais, le paysage politique national et qui touche la quasi-totalité des partis politiques, en premier lieu ceux considérés comme les plus influents.

En réalité, ces révélations n’ont pas surpris les Tunisiens qui savaient déjà que l’argent a coulé à flots lors de la campagne électorale dans le but d’acheter les voix des électeurs et d’influencer les résultats du vote. Sauf que maintenant et au moment où les corrupteurs sont connus et que les partis compromis sont épinglés, l’on se demande comment les pouvoirs publics vont réagir à l’égard des listes qui ont gagné les élections, en utilisant ces procédés illégaux.

En plus clair, les maires et les conseillers municipaux dont les partis ou même les listes dites indépendantes ont bénéficié de financements occultes verront-ils leur élection déclarée caduque et seront-ils remplacés par les candidats d’autres partis ou coalitions classés derrière eux ?

La question est à poser sérieusement dans la mesure où la révélation par la Cour des comptes de tels dépassements et pratiques illégales ne date pas uniquement des municipales de mai 2018. Il est, en effet, significatif de rappeler que les législatives et la présidentielle de 2014 et aussi les élections de l’Assemblée nationale constituante (ANC) du 23 octobre 2011 ont également été entachées de plusieurs irrégularités dénoncées, dans les détails, par la Cour des comptes sans qu’il y ait des sanctions contre les fautifs. On attend toujours de connaître l’identité du candidat à la présidentielle accusé d’avoir reçu un financement étranger de plus d’un million de dinars.

Aujourd’hui que l’expérience démocratique avance à pas sûrs, l’heure n’a-t-elle pas sonné pour que les conclusions de la Cour des comptes deviennent contraignantes dans le sens que les contrevenants aux dispositions légales en vigueur soient sanctionnés à la hauteur de leurs erreurs ?

Et quelle sanction plus dissuasive que de déposséder un escroc d’un bien qu’il a acquis illégalement.

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